Lady Stay Dead (Le Tueur de Malibu)

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L’Australie… Ses compètes de cricket, ses déserts désertiques, ses marsupiaux tout beaux, son opéra de Sidney, sa grande barrière de corail… et puis Terry Bourke : réalisateur mal connu du quidam, et pourtant père fondateur de cette Ozploitation revenue à la mode ces derniers temps. Remember Night of Fear en 1972 (bientôt chez Bach Films), petit bombe de survival pré-Massacre à la Tronçonneuse, ou même Inn of the Damned en 1975, western horrifique totalement improbable (mais nous en reparlerons)… A l’entame des 80’s, le bonhomme remettait le couvert et plongeait de nouveau dans les psychés troubles de la gent meurtrière, avec le très obscur Lady, Stay Dead.

 

 

 

Un film du cru là encore, tourné aux alentours de Sidney, sur les plages nord de la mégalopole, mais qui n’eut pas l’heur de plaire aux antipodes puisque Lady, Stay Dead (1981) ne sortit qu’en vidéo sur ses propres terres… Nul n’est prophète en son pays, ni même en ceux des autres d’ailleurs : même destin aux Etats-Unis (passé directement par la case VHS, en 1986), et même (in)fortune par chez nous : les vidéophiles francophones se souviendront peut-être de la K7 MPM Production, titrée alors Le Tueur de Malibu. C’était donc mieux que rien… malgré l’entourloupe d’un titre absolument baroque : un tueur, oui, mais point de Malibu dans Lady, Stay Dead. Seulement voilà : la Californie, le rhum, les Barbies… Ca fait rêver quoi, et les distributeurs français n’en étaient pas à ça près, même quand les bagnoles du film ont le volant à droite. Pas très grave donc, mais plus embêtante l’erreur parfois commise quand on cause du film comme d’un énième slasher de la période… Non et re-non, car Lady, Stay Dead naviguerait plutôt dans les eaux troubles du psycho-killer comme on disait alors, dans une façon de cinéma misogyne – pardon pour les belles âmes -, du moins si l’on embrasse les souffrances intérieures de notre antihéros… Oui, les affres de la frustration sexuelle et du désir mâle inassouvi, qui sont l’un des fondements du rayon et prospèrent sur le fumier d’humiliations mal digérées.

 

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L’histoire ne fait donc pas dans la dentelle, qui raconte les crimes de Gordon Mason, factotum barbu du Rocky Beach Motel : là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté comme chanterait le poète ; comprendre la splendide villa, l’océan à deux pas, le soleil brûlant, la piscine, et la chanteuse à succès Marie Coleby, dont est fou amoureux notre jardinier. Le mec a même un mannequin à l’effigie de sa muse, qu’il serre plus que très fort dans ses moments d’intimité… Scopophile patenté et névropathe des familles, Gordon Mason serait un peu le tueur de Night of Fear qui aurait dégotté un job et aurait normalisé sa situation. C’est vite dit quand même, car après avoir déclaré sa flamme à la donzelle (qui lui renvoie à la gueule sa condition de manutentionnaire minable), le mec viole Marie puis la noie dans le grand aquarium de la villa. Sauf que le voisin a surpris Mason en train de dissimuler le corps. Cercle vicieux parfait donc, tracé au compas même, puisque Mason doit aussi se débarrasser du témoin (et de son chien…). Tout se complique encore lorsque Jenny débarque dans la demeure pour rendre visite à sa sœurette Marie. La maison est vide évidemment, et Jenny découvre bientôt le pot aux roses. S’engage alors un combat à mort entre le tueur et la jeune femme, prisonnière dans son huis alors que le taré est bien décidé à la massacrer elle aussi… Eh oui, la bourgeoise ne mouille pas toujours devant la force brute du prolétaire, ou du palefrenier ; elle peut même s’essuyer les pieds dessus. Lady, Stay Dead, c’est un peu l’antonyme de Lady Chatterley, et Gordon Mason n’est pas Oliver Mellors. Pourtant, Chard Hayward arbore les signes de virilité qu’il faut (muscles saillants, pilosité assumée), mais sa condition sociale lui interdit toute relation sexuelle avec des femmes de la haute, surtout quand elles sont aussi méprisantes et arrogantes que Marie Coleby.… D’où cette violence qui explose, et ce viol par l’arrière, pour rétablir ce qu’il croit être l’ordre des choses. La levrette, ou la revanche sociale des opprimés ! Et l’identité du mâle réaffirmée.

 

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Enfin bon, ne nous emballons pas trop : Lady, Stay Dead n’a pas grand-chose de politique et l’on se dit surtout que ça va sexploiter sec. Dès l’entame, l’héroïne est à poil, et le mec se branle dans le sable en fantasmant dru sur la jolie Marie. Rebelote avec Jenny, qui prend sa douche sous l’œil concupiscent du voyeur. Entre les deux, ces images mentales de bondage (gentillettes hein) et de femmes offertes, quand Gordon se remémore peut-être ses conquêtes passées… A moins que ce ne soit sa folle de mère ? Mais voilà, Lady, Stay Dead n’a pas l’intensité glauque d’un Maniac (film dont il s’inspire clairement) ni la densité sexuelle d’un Cauchemars à Daytona Beach, ou même d’un The Toolbox Murders… En réalité, le film n’aurait pas juré en téléfilm, dans une manière de cinéma normalisé, presque policé vu le sujet. Longuet parfois, un peu plat, le film se perd ainsi dans la contemplation de son joli décor : on a pourtant vite compris que le sel du propos reposait justement sur la distorsion établie entre le cadre – paradisiaque – et la cruauté des meurtres. Et puis Terry Bourke fait trop long dans la mise en place de ses enjeux, qui fait basculer le film dans la catégorie des thrillers un peu malsains certes, mais sans la radicalité d’un Night of Fear ou la bizarrerie d’un Inn of the Damned… L’académisme de la mise en scène rompt franchement avec les tentatives quasi expérimentales de ses films précédents. Dommage. Et si le tueur est un maboule fétichiste, adepte des mises en scène macabres, on regrettera l’absence criante d’hémoglobine. Il faudra d’ailleurs attendre la 20ème minute pour que le film s’emballe un peu et prenne le tour du home invasion à l’ancienne… La dernière demi-heure – avec Jenny – se contente d’ailleurs de ce jeu du chat et de la souris, qui tourne vite au systématisme creux : sans feu ni passion, Terry Bourke enfile les passages obligés (invasion par la porte, la fenêtre, le toit…) et donne l’eau à la bouche sans jamais servir le plat (armes par destination qui promettaient pourtant entre les mains du tueur, comme la tronçonneuse…). Et puis les bleus débarquent enfin, commandés par Roger Ward (le Fifi moustachu de Mad Max) : gunfights et cocktail-Molotov, jusqu’à ce pugilat photogénique en piscine, entre le flic et Gordon, sans qu’on ne doute jamais de l’issue à triple fond (mort le cinglé ? Pas mort ! Mais mort quand même à la fin).

 

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Bref, on est à mille lieues du film d’horreur espéré, comme si Terry Bourke n’avait jamais vraiment décidé ce qu’il voulait tourner, comme s’il n’avait jamais trouvé la bonne fréquence : psycho-killer, thriller, home invasion, rape and revenge ? Tout cela à la fois… Et rien de tout cela au final. En fait, l’intérêt primordial de Lady, Stay Dead tient dans cette duplicité du tueur, psychopathe capable de prendre le masque de la normalité – charmant et empathique même -, avant de passer à l’acte dans un moment de folie meurtrière… A sauver tout de même, l’interprétation plutôt juste de Chard Hayward en maniaque de la culotte, mais le bilan est très mitigé.

 

 

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  • Réalisation: Terry Bourke
  • Scénarisation: Terry Bourke
  • Production: Terry Bourke
  • Pays: USA
  • Acteurs: Chard Hayward, Louise Howitt, Deborah Coulls, Roger Ward
  • Année: 1981

2 comments to Lady Stay Dead (Le Tueur de Malibu)

  • Roggy  says:

    Même si le film semble laisser sur sa faim, cette production australienne des années 80 me donne quand même envie.

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