The Creeps

Category: Films Comments: 3 comments

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On parie combien qu’un beau jour Charles Band, comme chacun sait maître ès Série B à la tête de feu Empire et de Full Moon, s’est installé devant Monster Squad et s’est dit que ce serait pas con de copier l’excellent cocktail de monstres de Fred Dekker ? Et donc de foutre dans le même film les streums classiques que sont Dracula, la créature de Frankenstein, la momie et le loup-garou. Problème : les siens chaussent du 28.

 

Certains ont tout de même de ces idées. Prenez Winston Berber (Bill Moynihan) par exemple : génie incompris – mais ne le sont-ils pas tous ? – il parvient à créer une machine capable de transformer la littérature en des personnages de chair et de sang. Mais alors que tout mâle normalement constitué aurait déjà entassé toutes sa collection de Playboy dans l’engin, Berber décide de récupérer les manuscrits originaux des grands mythes de l’épouvante, dans l’espoir que les démons s’y trouvant pourront l’aider à conquérir le monde.  Encore faut-il pouvoir mettre la main sur les écrits de Bram Stoker, Mary Shelley et compagnie, a priori conservés dans une banale bibliothèque où bosse la blonde Anna (Rhonda Griffin, vue dans Hideous, toujours chez Full Moon), suffisamment naïve pour laisser le félon repartir avec les pages de Frankenstein. De mauvais augure pour cette simple employée, déjà fréquemment rabrouée par sa supérieure, Miss Christina (Kristin Norton). S’agit donc de ne pas laisser ce vol impuni si elle désire garder son job… Histoire de mettre toutes les chances de son côté pour retrouver le bouquin, Anna engage David (Justin Lauer), gérant de vidéoclub le jour mais détective privé la nuit. Un peu tard cependant, car pendant que ce gentil idiot enquête maladroitement, Berber revient kidnapper la bibliothécaire, qu’il compte bien sacrifier pour donner vie à Dracula, l’homme-loup, le tas de cadavre assemblé par le célèbre baron et le zombie égyptien enroulé dans ses bandelettes. Comme toujours, rien ne se passe comme prévu, et Anna, aidée par David, parvient à se libérer de ses liens alors que la machine est déjà en route. Résultat : les quatre monstruosités en sortent en modèle réduits. Mécontents de leur sort, ils comptent bien mettre la main sur celle qu’ils appellent « la donzelle » pour retrouver leur taille normale.

 

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Si le pitch de The Creeps (1997) semble de prime abord plutôt cavalier, et il est vrai que le Prince des Ténèbres et ses potes ne sont pas souvent présentés comme des gens de petite taille, cette volonté de miser sur des menaces rétrécies n’est en rien neuve pour Charles Band, qui depuis le succès de Dolls et Puppet Master n’en finissait plus de grossir ses rangs monstrueux de petites bestioles. Dans cette logique, pourquoi effectivement ne pas faire perdre quelques centimètres, voire même un ou deux mètres, aux classic monsters ? Pour ainsi dire une routine, que ce soit pour un Band désormais habitué à faire joujou avec les miniatures, comme pour son homme à tout faire Benjamin Carr, qui scénarise The Creeps entre trois autres projets. C’est que le gaillard connaît la chanson, lui que l’on trouve déjà au poste sur les « classiques » (hum…) Le Cerveau de la Famille, Hideous, Zarkorr ! The Invader, et plus tard sur Shriek, Talisman, Ragdoll ou Totem. Un rouage important de Full Moon, le Benjamin, de ces frappes rapides qu’apprécie Charles-le-bandit pour la rapidité à laquelle elles ramènent leurs scripts. Et sans doute parce qu’elles ne sont pas trop gourmandes question rémunération… D’ailleurs, sans doute parce qu’il est payé au lance-pierre, Carr ne se foule jamais vraiment derrière son clavier, se contentant le plus souvent d’aligner les dialogues longs comme un jour sans Chipitos, histoire de permettre à Band de meubler facilement sans avoir à débourser un sou. C’est que ça coûte moins cher de filmer en gros plan ce bon vieux Phil Fondacaro (Bordello of Blood, Land of the Dead, Blood Dolls…) réciter ses lignes que de sortir le faux sang ou les prothèses pour y aller de sa petite scène gentiment trashos. Du coup The Creeps, totalement exsangue question gore, rejoint le canapé du Cerveau de la Famille, c’est-à-dire celui des zéderies pénibles dans lesquelles il ne se passe rien ou pas grand-chose.

 

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Ainsi, si ce n’est une ou deux scènes amusantes (Miss Christina refuse que ses clients touchent les manuscrits les plus précieux de sa bibliothèque… mais les frotte contre ses seins et son bas ventre une fois la nuit tombée!) et l’apparition d’une guerrière viking sortie d’un trou dimensionnel, c’est la misère pure et simple, Band ne tentant à cette époque même plus de mettre quoique ce soit sur la table. Les deux œufs au plat de Kristin Norton, c’est vrai, mais c’est bien tout : pas de coulis de framboise, pas de meurtres, pas de poussées de violence. Les nains maléfiques kidnappent les blondes, leurs bavent dessus et rideau ! La malédiction de la pleine lune frappe donc à nouveau : appâtés par une belle jaquette, des monstres plutôt coolos (Gabe Bartalos de Basket Case et From Beyond se charge des maquillages, sans doute car il est habitué à bosser avec des acteurs touchés par le nanisme depuis les Leprechaun) et un pitch fou promettant monts et merveilles, on oublie que nos dernières incursions dans le monde du Charlie s’étaient soldées par de cuisants échecs. Et de longues soirées d’ennui, un comble pour des bandes dépassant rarement les 75 minutes. Rebelote une fois entré dans la caverne de ce bestiaire riquiqui, avec ses acteurs à côté de la plaque (seul Fondacaro, très pro, parvient à tirer quelque-chose de ce marasme), sa réalisation paresseuse (mais Band n’a jamais été un grand faiseur, et fait même partie des pires de sa propres écuries), ses tunnels de dialogues dont on ne voit jamais le bout, son humour jamais drôle, ses effets spéciaux moches à en faire gerber une Gameboy Color et son absence totale d’action. Pour dire, les quatre petits monstres repartent d’où ils étaient venus de leur propre souhait, réglant le tout le plus pacifiquement du monde. Et donc le plus simplement du monde aussi. Fainéantise, quand tu nous tiens… Vous l’aurez compris, The Creeps c’est de la merde, et Charlie n’a une fois encore rien à vous offrir. C’est donc en toute logique qu’il vous est  conseillé d’aller chercher votre poids en Série B dans de plus verts pâturages.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Charles Band
  • Scénarisation: Benjamin Carr
  • Production: Charles Band
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rhonda Griffin, Phil Fondacaro, Justin Lauer, Kristin Norton
  • Année: 1997

3 comments to The Creeps

  • Trapard  says:

    Celui-ci je l’ai en DVD, acheté complètement au pif. Jamais pu le regarder en entier, je le trouve trop chiant et indigeste avec ce genre de psychologie mongoloïde des série B actuelles. En revanche, ton article m’a bien fait rire, au moins le film de Charles Band aura servi à un truc positif 😀

    Je n’avais jamais fait le lien avec MONSTER SQUAD, il y en a tellement de ces petites séries B qui ont voulu réunir les monstres de la Universal, déjà rien qu’avec le cinéma mexicain ça en fait une grosse pelletée. Puis LE CLUB DES MONSTRES en Angleterre ou BUENAS NOCHES, SEÑOR MONSTRUO en Espagne.

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