Two Lost Worlds

Category: Films Comments: One comment

twolostteaser

L’aventure, c’est l’aventure ! Et dans les années 50, cela signifiait quelques petites pelloches indépendantes comme Two Lost Worlds (1951), où l’on croise amoureux transis, pirates nés avec le couteau entre les dents, volcan en éruption, mondes perdus et dinosaures tout sauf herbivores. Enfin, vite fait pour les dinos, hein…

 

 

Si les dinosaures ont goûté à l’extinction après s’être mangé un gros caillou tombé du ciel, nos amis les grosses bébêtes tiennent bon la barre dans le septième art. Ainsi, depuis les années muettes jusqu’aux gros blockbo pétés de thunes chapeautés par le Spielby, le jurassique n’a jamais vraiment eu de cesse de se glisser dans les foyers. Avec des fortunes diverses, et  quelques périodes peut-être un peu plus creuses de-ci de-là, mais pour peu que l’on sache puiser ses plaisirs dans le puits de la Série B, il y avait généralement toujours la possibilité de remonter une bande forte en reptiles. Avec son titre laissant imaginer des vacances agitées sur un îlot sur lequel le temps n’a pas d’emprise, et sa belle affiche montrant deux iguanes grands formats s’échanger quelques morsures, Two Lost Worlds promet monts et merveilles. Et il y a de grandes chances que le bon cinéphile portant une casquette Jurassic Park et un slibard Godzilla aura un beau jour acquis le DVD. Faut dire qu’il y a le choix en la matière, le film de Norman Dawn étant aussi bien disponible chez Bach Films, en double-programme avec King Dinosaur, ou chez Artus dans leur coffret Les Dinosaures attaquent !, avec à nouveau King Dinosaur mais aussi The Beast of Hollow Mountain et Lost Continent. Difficile de passer à côté lorsque l’on a gardé ses dinos en plastique creux de son enfance, ou même si l’on est tout simplement un amateur de B-Movies fantastiques en noir et blanc. Du coup on n’y réfléchit pas à deux fois : on fait notre sac et on rejoint ces deux mondes perdus.

 

twolost1

 

Tout débute en mer, alors que quelques marin, dont le navigateur Kirk Hamilton (James Arness du The Thing original et Des Monstres attaquent la ville), essuient quelques boulets tirés par une embarcation de pirates, bien sûr pressés de leur piquer vivres et cargaisons. Blessé dans la bataille, Kirk doit être abandonné sur une île australienne pour y faire soigner sa jambe, ses compagnons promettant de venir le récupérer deux semaines plus tard, une fois leurs devoirs accomplis. Pas un problème pour le bel Américain, qui ne devrait pas trouver le temps trop long puisqu’il s’amuse à fricoter avec la jolie Elaine (Kasey Rogers), pourtant fiancée à l’homme fort de la région qu’est Martin Shannon (Bill Kennedy). Pas super content que l’on vienne palper une marchandise sur laquelle il avait posé une option, Martin s’en va bien évidemment mettre une droite à Kirk, tandis qu’Elaine ne sait plus trop où donner de la tête. Doit-elle écouter son coeur et rejoindre la couchette du yankee ? Ou serait-il préférable de jouer la sécurité et rester dans les bras de Martin, puisque Kirk repartira bientôt arpenter les océans ? Le ménage à trois semble dans tous les cas compromis, vu la mésentente des deux poilus. Elaine tranche alors pour son premier amour Martin, mais à peine se décide-t-elle à lui donner l’autorisation d’annoncer leur mariage que les pirates se rappellent à notre bon souvenir, kidnappant la belle et sa servante. Intolérable pour les rivaux de coeur, bien forcés de s’unir et partir à la poursuite des félons, qu’ils affronteront à grands renforts de stockshots d’autres films. Autant vous dire que votre bonne vieille Tata Germaine essuiera une petite larmichette devant cet impossible triangle amoureux, tandis que votre grand oncle Ernest se souviendra avec émotion de ses premières séances en assistant à ces échanges de politesses entre marins d’eaux douces et vils corsaires. Mais qu’en-est-il du pauvre spectateur venu dans l’espoir d’assister à une rixe entre un T-Rex et un carnotaurus ? Car nous en sommes déjà à la 40ème minute d’un film qui n’en compte que 58, et on n’a toujours pas vu la queue d’un lézard…

 

twolost2

 

Que les hommes des cavernes parmi vous se rassurent : ils arrivent les gros reptiles, puisque les survivants de la bataille navale échouent sur une île déserte. Certes, c’est à 15 minutes de la fin du film que déboulent les dinosaurus, mais faut avouer qu’ils avaient du chemin à faire puisqu’ils proviennent de Tumak, fils de la jungle, bobine sortie 10 ans auparavant. Eh oui, c’est encore une fois aux stockshots qu’aura recours Norman Dawn, les deux iguanes se mettant sur la gueule étant donc issus de One Million BC. De quoi faire crier à l’arnaque le cinéphile qui aura patienté jusque-là et aura supporté les bluettes des uns et des autres, pour au final se retrouver devant du déjà-vu à base d’animaux agrandis à la Bert I. Gordon. Non seulement le baroudeur du fantastique déjà passé par la grotte de Tumak connaît déjà la séquence, mais en plus celle-ci ne dure que trois minutes montre en main et sera la seule à montrer des dragons sortir les crocs. Autant dire que ça fait peu et que l’éruption volcanique qui s’en suit, là encore en bonne partie rafistolée à partir de bouts d’autres productions, ne rattrape jamais le coup, l’escroquerie étant désormais avérée. Dès lors, à moins d’être un fanatique des romances poussiéreuses et de la piraterie des fifties, l’expérience se trouve dénuée d’intérêt, si ce n’est celui de se reprendre une louche de propagande pro-américaine, le narrateur ne manquant jamais une occasion de nous expliquer que les Ricains, ben c’est quand même autre-chose que les cons peuplant le reste du monde. En bref, si c’est Kirk et compagnie que l’on voit planter leur tente sur un lost world, c’est bien nous qui avons perdu notre temps. Et Elaine dans tout ça, qui c’est qu’elle a choisi comme boyfriend ? Si elle était au départ bien décidée à passer sa vie avec Martin, blessé par balle lors de sa petite entrevue avec les forbans, la perspective de passer un peu de bon temps avec le courageux Kirk devint de plus en plus tentante. Mais comment abandonner le pauvre Martin, à l’article de la mort pour avoir voulu la sauver ? Qu’à cela ne tienne, le scénario fait bien les choses et notre souffreteux rendra son dernier souffle, persuadé qu’il ne pourra pas s’en sortir et qu’aucune embarcation ne passera à proximité de leur continent paumé. Evidemment, trois secondes plus tard (sans rire hein, c’est vraiment trois secondes plus tard), les amis de Kirk passent dans le coin et viennent les sauver le sourire aux lèvres. Tant pis pour Martin, qui n’avait qu’à s’accrocher à la vie quelques instants de plus. Et tant mieux pour Elaine, enfin débarrassée de ses troublantes hésitations ! Ca serait touchant si c’était pas aussi con, tiens.

Rigs Mordo

 

twolostposter

 

  • Réalisation: Norman Dawn
  • Scénarisation: Tom Hubbard
  • Production: Boris Petroff
  • Pays: USA
  • Acteurs: James Arness, Kasey Rogers, Bill Kennedy, Gloria Petroff
  • Année: 1951

 

One comment to Two Lost Worlds

  • Trapard  says:

    C’est vrai qu’il est un peu bancal celui-là. Je l’ai aussi découvert dans le coffret Artus. Je l’aime bien parcequ’il situe une partie de son action en Australie. Hollywood y a beaucoup tourné de films après-guerre (Les amants du capricorne d’Hitchcock, Le dernier rivage…), et dans toute la région Pacifique et Asie-Pacifique qui fut un véritable champs d’exploration pour les repérages de films pendant la « guerre du pacifique ». Les soldats y sont revenus par la suite en civiles cette fois, profitant notamment du blocus américain en Asie, pour y tourner des films. Le cas le plus connu est celui d’Audie Murphy, notamment aux Philippines.
    Mais c’est vrai que les films de dinos post-King Kong ont explosé à cette période-là, situant toujours les histoires à l’est de Java, comme pour cette énigmatique Skull Island cachée sous une brume épaisse (s’il y avait de la brume dans la région ça se saurait^^). Et puis comme il y a des varans et de gros lézards dans la région, un petit coup de superposition à la Bert I. Gordon comme tu dis et hop ! le tour est joué.
    « Two Lost Worlds » n’est vraiment pas très original en effet. Et il y a toute une partie documentaire qui montre l’Australie rurale et le bush dans le film, peut-être un autre stock-shot, mais d’actualités celui-ci. Du coup, ça donne au film un côté bancal, bricolé et pas très classique qui me plait assez.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>