Le Fantôme de l’Opéra

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L’opéra, c’est chiant, on est tous d’accord. Mais si vous tapez un fantôme un peu pervers sur les bords parmi les barytons et les danseuses, ça devient un peu plus intéressant. Mais vraiment un peu, hein…

 

Alors que certains monstres du bestiaire classique du fantastique ne sortent de leur sommeil qu’à de rares occasions comme l’homme-poisson ou la momie, certains ont l’air de ne jamais fermer l’œil. C’est le cas du fantôme de l’opéra, créé par le romancier français Gaston Leroux, et depuis adapté très régulièrement, chaque décennie ou presque ayant son incarnation de cette ombre vivant sous les planches. Tout a commencé par la plus mythique de toutes, celle avec Lon Chaney en 1925, aujourd’hui tombée dans le domaine public, suivie par celle, plus romantique, de 1943 avec Claude Rains. Vingt ans plus tard, il était inévitable que Terrence Fisher s’approprie le sujet, lui qui avait déjà ramené Dracula et Frankenstein à la vie. Le fantôme se mettra ensuite à la page dans les années 70, des années plus rock, avec l’excellent Phantom of the Paradise de Brian de Palma, puis reviendra sous les traits de Robert « Freddy Krueger » Englund à la fin des années 80 dans une version aux maquillages plus impressionnants et réalisée par Dwight H. Little (Halloween 4). Les années 2000 auront, elles, été placée sous le signe de la comédie musicale pure et dure sous la supervision de Joel Schumacher (Génération Perdue) avec Gerard Butler (le Léonidas de 300) dans le rôle du fantôme. Et les années 90 dans tout ça? C’est Dario Argento qui s’y colle, lui qui désirait adapter le roman depuis belle lurette, à l’époque de Suspiria pour être précis, ce qui remontait déjà à vingt ans… Excitant, non? L’un des meilleurs metteurs en scène projeté dans une pareille histoire, il n’y a pas à chier, ça fout la gaule. Enfin, ça nous l’aurait foutue si l’on était encore dans les années 70 et que Dario était toujours au sommet de son talent. Mais non, nous sommes en 1998 et ce Fantôme de l’Opéra craint. Un max.

 

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Argento fait partie de ces cinéastes à être passés par tous les stades et voir leur carrière se transformer de décennie en décennie. Un renouvèlement qualitatif constant, malheureusement dans le mauvais sens. Après des débuts en fanfare dans les années 70 avec des chefs d’œuvre absolus comme L’Oiseau au Plumage de Cristal, Les Frissons de l’Angoisse ou Suspiria, le maître chute un peu dans les années 80. Car après un début tonitruant dans les eighties (Inferno est une merveille absolue, Ténèbres est très réussi), le maestro de l’horreur commence à perdre un peu pied avec un Phenomena et un Terreur à l’Opéra qui souffrent de la comparaison avec leurs ainés. Pas de mauvais films, juste des films moins bons. La chute continue, les années 90 ne permettant pas réellement à Argento de remonter la pente. Trauma et Le Syndrome de Stendhal ne sont pas mauvais non plus, mais ils déçoivent et font polémique, les fans attendant bien plus du père de la Trilogie des Enfers (entamée par Suspiria et Inferno). Les années 2000 sont par contre le point de non-retour, une débâcle totale constituée de téléfilms ennuyeux (The Card Player) et de retours aux sources risibles (Giallo et Mother of Tears, ce dernier étant la dernière partie honteuse de la trilogie infernale). Et les années 2010 ne vont pas être plus agréables pour le pauvre homme, son Dracula 3D se prenant une volée de bois vert un peu partout. Le bon temps des images dantesques et de l’effroi est désormais bien loin et a laissé place à une réalisation passe-partout et un ridicule involontaire qui envoie Argento dans la catégorie des nanardeurs. Et croyez moi, dire ça du gus qui vous a fourni vos meilleures expériences horrifiques (Suspiria et Inferno), ça vous scie le fion. Mais quand est-ce que cette déchéance a commencé, au juste ? En 1998, avec Le Fantôme de l’Opéra.

 

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Trauma et Le Syndrome de Stendhal ont leurs détracteurs, leurs déçus, mais ils ont aussi leurs qualités, leurs petits fans. Bref, ils font polémique lors des débats, ce qui n’est pas vraiment le cas du Fantôme de l’Opéra, le faux pas qui fit tomber Dario Argento des escaliers et le poussa dans une dégringolade sans fin qui finit par le faire atterrir aux cotés de Bruno Mattei et Claudio Fragasso, les pires réalisateurs de films d’horreur que l’Italie enfanta. Alors bien entendu, cette relecture du roman de Leroux n’est pas aussi catastrophique qu’un Mother of Tears, mais on peut légitimement se demander s’il s’agit bien du réalisateur des Frissons de l’Angoisse derrière la caméra. Rien ne le laisse transparaître dans ce film, qui met en vedette Asia Argento, fille de son père. Elle incarne Christine, jeune chanteuse de remplacement, dont tombe éperdument amoureux le fantôme (Julian Sands, le Warlock). Ce dernier va dès lors tout tenter pour s’approprier la jeune fille et l’amener sur les planches, la faire briller devant un auditoire abasourdi. L’histoire assez classique du fantôme de l’opéra, en somme, Argento ne se sentant pas obligé de se distinguer par un script par ailleurs assez mauvais. Les situations sont prévisibles et les dialogues particulièrement mauvais, le débit de conneries du fantôme étant par ailleurs assez impressionnant (même ses derniers mots avant de mourir vous donnent envie de rire, je me bidonne encore d’ailleurs), à base de philosophie à deux balles sur la part des ténèbres que nous avons tous en nous. Bon, la scénarisation n’a jamais été le point fort des films d’Argento, on le sait tous et on s’en contentait. Ou plutôt nous l’oublions, tous éblouis que nous étions devant une réalisation parfaite et intemporelle. Mais face à celle toute en fadeur du Fantôme de l’Opéra, nous avons bien le temps de faire gaffe à ce que raconte ces idiots de personnages…

 

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Oubliez Suspiria et les autres bombes que l’italien fou a pu nous offrir au fil du temps, tout ça, c’est terminé. Place à une réalisation téléfilmesque, sans recherche, sans couleur, sans saveur. C’est bien simple, Dario Argento ou Lamberto Bava derrière la caméra, c’est pareil, tant le produit (car c’est bel et bien d’un produit dont il s’agit ici) est lambda, anonyme. Tout juste pouvons-nous nous raccrocher à l’arrivée du fantôme sur scène lorsqu’il veut kidnapper sa bien-aimée ou les quelques ballades en barque dans les catacombes. Quelques secondes, peut-être une minute, en tout et pour tout. Dans un film qui en dure quatre-vingt-dix. Autant dire un pet de chauve-souris dans la nuit. Le seul moment où Argento se réveille, c’est lorsqu’il s’agit de filmer le cul de sa fille, ce qui semble être son passe-temps favori vu comme il manie sa caméra incestueuse dans ces cas-là, éclairage soigné à la clé. Mais à part ça, c’est le vide. Alors devant un tel ennui visuel, on observe les personnages. Et on se rend compte qu’ils ne sont pas sympathiques. Le fantôme, d’abord. On ne ressent jamais vraiment sa détresse et il est assez difficile à cerner, quelque-part entre le manipulateur, le sauveur de ces dames (il tue un pédophile qui voulait s’attaquer à une petite fille) et l’assassin qui décime des pauvres ouvriers qui n’avaient rien demandé. Julian Sands peine à lui donner de l’épaisseur et le pauvre homme ressemble plus à un chanteur ringard qu’à un effrayant spectre. Il n’est par ailleurs pas dévisagé comme dans les précédents films, une idée d’Asia Argento que son père finira par épouser (l’idée hein, pas sa fille, même si je suis sûr qu’il dirait pas non) lorsqu’il se prendra un refus de la part de John Malkovich (une sage décision, John) d’interpréter un fantôme au visage proche de celui des rats.

 

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Mais le fantôme n’est pas l’attraction principale du film. Non, la star, c’est bien entendu Asia Argento, que son père tente désespérément de nous faire passer pour une déesse. Ici, les avis divergent encore, certains étant totalement sous le charme d’Asia Argento, d’autres la trouvant d’une vulgarité exemplaire. Votre serviteur tombe plutôt dans la deuxième catégorie, même si je dois avouer qu’elle ne faisait pas encore trop vulgos à l’époque. Il lui arrive même d’avoir l’air jolie, oui oui. Pas très bonne actrice par contre, mais ça son père s’en fout, de toute façon. Qu’elle se rassure, nous ne prêterons guère attention à tout cela, bien trop subjugués par le manque total de sympathie que nous accordons à son personnage. Passant d’un amour à un autre en un claquement de doigt (elle aime le fantôme cinq minutes, puis un baron beau gosse qui lui envoie des fleurs, puis encore le fantôme, et ainsi de suite), elle n’est pas non plus à une contradiction près. Lorsqu’elle apprend que le fantôme a tué des gens pour qu’elle puisse obtenir le premier rôle de la pièce, elle est d’abord écœurée et refuse. Deux minutes passent et la voilà en train de chanter le rôle en question avec un grand sourire devant une foule compacte. On ne peut pas dire que l’image de la femme (ou du moins des jeunes filles) sort grandie par l’interprétation d’Asia et ce rôle, mais bon, nous ne sommes plus à ça près…

 

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Car des scènes ridicules et connes, le film nous en offre avec une belle régularité. Difficile de ne pas être abasourdi devant la scène de rêve du fantôme. Perché sur le toit de l’opéra, il regarde le ciel, rêveur et y voit deux choses. La deuxième, c’est Asia Argento à moitié à poil dans une lumière bleue. Bon… Déjà là c’est pas mal mais soyons honnêtes, on a vu pire, et juste avant. Car quelques secondes auparavant, notre fantôme imagine un attrape-souris géant capturant des gens à poil, le tout dans des flammes numériques qui faisaient déjà rire en 98! Wow… Je ne suis même pas sûr que Bruno Mattei aurait osé, c’est dire. Et Argento ne compte pas s’arrêter là, pensez-vous! Il prend aussi son temps pour nous montrer l’originale manière utilisée par l’un des employés de l’opéra pour chasser les rats. Flanqué d’un assistant nain, c’est à deux qu’ils chevauchent une machine ressemblant à un gros aspirateur et qui roulent à toute berzingue dans les catacombes, aspirant les rongeurs et les décapitant. Une machine bizarre et un nain, voilà qui fait penser aux délires de Jean-Pierre Jeunet dans La cité des enfants perdus, sorti trois ans avant Le Fantôme de l’Opéra et donc toujours dans les mémoires. Argento serait-il sous influence? Il est en tout cas sous celle de Tim Burton, repiquant au père de Beetlejuice la scène d’intro de Batman, le défi. Le Pingouin est abandonné par ses parents qui déposent son landau dans une rivière qui mène aux égouts? Ceux du fantôme font de même, le bambin étant recueilli par des rats. Rats auquel le fantôme s’attache vite puisqu’il est plus que suggéré qu’il couche avec eux (il enlève son pantalon quand ils viennent sur lui, quand même). Le fantôme a d’ailleurs un petit coté Batman, avec sa grande cape et son coté justicier. Même s’il tue aussi des innocents, mais bon, allez comprendre…

 

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On se moque mais toutes ces petites bêtises permettent tout de même de garder notre esprit éveillé. Les déambulations de tous ces bourgeois dans l’opéra ne passionnent guère alors un peu de ridicule ne fait pas de mal. Si ça sauve les films de Bruno Mattei, ça sauvera bien ceux d’Argento. Dommage que les conneries ne soient pas plus fréquentes… Heureusement, le gore est là pour sauver les meubles. Faisant appel à son vieux copain Sergio Stivaletti (qui s’est occupé des effets spéciaux sur nombre de productions Argento, comme Terreur à l’Opéra ou les Demons réalisés par Lamberto Bava), il nous concocte quelques scènes assez marquantes, comme l’arrachage d’une langue avec les dents, un empalement sur stalagmite ou un doigt rongé par les rats. Pas mal. Moins impressionnant, on a aussi droit à la griffure de seins énormes, ce qui est l’occasion de voir des gros nichons et du sang dans le même plan. Que demande le peuple? Un meilleur film? Oui, c’est bien votre droit… Mais j’ai envie de vous dire que si Le Fantôme de l’Opéra est terriblement médiocre, il fait presque figure de bon film par rapport à la suite de la carrière d’Argento. Ca ne veut pas dire qu’il est conseillé de se l’enfiler, ça veut juste dire que vous pourriez tomber plus mal. Une maigre consolation mais on en est réduit à ça avec Dario…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Dario Argento
  • Scénarisation: Gérard Brach
  • Titre Original: Il fantasma dell’opera
  • Production: Medusa Films
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Julian Sands, Asia Argento,Andrea di Stefano
  • Année: 1998

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