La Maison qui Tue

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Les éditions ESC ne pouvaient décemment zapper La Maison qui Tue dans leur déclinaison de l’épouvante anglaise, d’autant que le film compte parmi les plus célèbres de la Amicus, considéré souvent comme le top de l’omnibus et chaleureusement accueilli lors de sa sortie, en 1971. Pas toujours un signe de bonne tenue, mais quand même…

 

 

Au diapason des autres British Terrors, l’édition qui nous occupe coche donc toutes les cases attendues. Mais si ESC fait sacrément bien le taf, nous ne balancerons pas pour autant notre VHS American Video et notre petit DVD Bach Films. Nostalgie et fétichisme, surtout quand on cause fantastique anglais… Un très bel écrin donc, mediabook reprenant en vitrine le motif parfait de l’affiche française (notamment), combo DVD / Blu-ray (VF ou VOSTF), petits bonus vidéo animés par Laurent Aknin, puis livret explicatif commis par Marc Toullec. Toujours les mêmes guides donc, gage d’une ligne éditoriale homogène qui permet de savoir précisément où l’on met les pieds. Sans nul doute, les habitudes ont du bon. Alors, La Maison qui Tue : le dernier du lot chez ESC ? De cette première série plutôt, car la boîte prépare d’autres éditions du même bois semble-t-il, toujours sacrifiées à l’horreur britannique. On piaffe d’impatience et l’on en bave du sang. A suivre donc…

 

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Pour l’heure, la lecture attentive d’Un Petit Coin de « Paradis » – titre ironique du livret, homothétique à la tonalité générale du film – fournit une jolie preuve du travail effectué :  Marc Toullec y narre dans le détail la genèse de La Maison qui Tue, revenant en particulier sur le choix du casting et d’un réalisateur très impliqué dans le processus créatif, insistant aussi sur les atermoiements de la production à propos du titre définitif ou sur l’originalité absolue du dernier segment – The Cloak -, le plus connu du film… Bref, comment en apprendre des masses sans trop se forcer, et retrouver le confortable giron du fantastique anglais, depuis son fauteuil et dans ses chaussons.

 

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Confortable et délicieux même, car Robert – Psychose – Bloch tient encore la barre du scénario dans La Maison qui Tue, rédigé d’après ses propres short stories. Et l’on sait qu’en la matière, il y a rarement photo : au rayon Amicus, citons par exemple Le Jardin des Tortures et Asylum… Le nom de l’écrivain se confond presque avec l’âge d’or de la firme, cette deuxième moitié des 60’s et ce début des années 70, qui survalide encore l’idée qu’un bon film, c’est d’abord une bonne histoire. Et de bons acteurs ajouterons-nous : coup double en l’espèce, avec Peter Cushing et Christopher Lee à l’affiche, augmentée de la très craquante Ingrid Pitt (canines et poitrine en avant, il va sans dire…), de Denholm Elliott (qu’on retrouvera dans Le Caveau de la Terreur), et de John Pertwee (le Docteur Who de la BBC)… Bref, que du beau monde dans cette maison, mais l’on est habitués avec la Amicus, qui fit aussi sa renommée par l’affiche et marcha sur les plates-bandes de la grande rivale en lui empruntant ses stars. Dans ces conditions, point n’est besoin d’un nom ronflant à la direction : ni Freddie Francis ni Roy Ward Baker donc, mais le méconnu Peter Duffell, télé-réalisateur dont La Maison qui Tue fut d’ailleurs le premier film cinéma, et la seule œuvre fantastique.

 

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Une bonne histoire disions-nous, ou plutôt des bonnes histoires puisque La Maison qui Tue se décline en quatre fragments, cousus par un fil narratif des plus simples : missionné par Scotland Yard, l’inspecteur Holloway enquête sur la disparition d’une star de cinéma. Il apprend que la dernière demeure de l’acteur fut le théâtre d’autres méfaits, « coupable » d’autres crimes… A chaque fois donc, et selon les principes bien connus du film à sketches, un conte cruel dévolu à l’un, une histoire insolite sacrifiée à l’autre… Avec au centre, The House that Dripped Blood donc – littéralement, la maison qui fait couler le sang – et qui exploite cet impérissable décor de la baraque maléfique, cette coutume fantastique du huis maudit. Le générique d’entame et l’épilogue en disent long, d’ailleurs, sur la tradition générale à laquelle se rattache le film, prémisse d’autres célèbres demeures fantastiques dans le cinéma de la trouille : maison perdue dans la verte, ombres menaçantes inside, statuaire étrange qui décore les lieux, bibliothèque idoine (Poe, Hoffmann…), et caveau en cave. Tout y passe dans cette hutte maléficiée, les motifs les plus classiques afférents au genre : l’apparition fantomatique dans la première portion – Method for Murder – née de l’imagination d’un nouvelliste en fantastique (Bloch lui-même ?), le traditionnel musée de cire et sa chambre des horreurs (dans Waxworks justement), l’enfant démoniaque pré-Damien Thorn (Sweets to the Sweet) et le faux vrai vampire dans un fameux The Cloak.

 

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Si Laurent Aknin souligne à raison que tous les sketches ne sont pas d’égale valeur, convenons que le niveau est particulièrement relevé dans La Maison qui Tue. En réalité, le film propose une palette de couleurs contrastées, une matrice d’ambiances diverses, et celle du premier segment est à couper à la hache tant la peur est épaisse ici : sifflements du vent, bruits inquiétants, surgissements spectraux du tueur, ténèbres conquérantes… Un récit psychanalytique dira-t-on, à matière schizophrénique (d’où l’importance des reflets dans l’histoire) qui se conclut par une double chute sur le principe de l’arroseur arrosé. Changement de ton avec Waxworks, interprété par un Peter Cushing tout en sobriété, qui plonge dans la mélancolie d’un amour perdu et dans l’onirisme macabre d’un homme en pleine confusion mentale, fasciné par la figure de cire de Salomé dans le musée alentour. De la fille d’Hérodiade à la décollation du héros, il n’y a qu’un coup de hache comme l’on sait, et l’on comprend dès lors bien mieux le motif central de l’affiche. Le troisième segment, Sweets to the Sweet, prend les airs d’un drame familial plein d’incertitudes : John Reid est-il un père trop sévère avec sa blondinette de fillette, ou légitimement précautionneux avec sa progéniture prétendument maléfique (pratiques vaudou et tout le tremblement) ? On appréciera tout particulièrement la présence d’un Christopher Lee utilisé ici à contre emploi, tourmenté par les affres de la paternité… Enfin, The Cloak rompt un peu avec l’ambiance très sérieuse des trois autres sketches, segment beaucoup plus léger – du moins en apparence : épisode pittoresque à souhait même, mise en abyme amusante qui stigmatise malicieusement les travers et les caprices d’une star de l’horreur, insupportable et égocentrique. Paul Henderson paiera bien sûr sa fatuité au prix fort, et peut-être même cette sentence trop définitive : s’extasiant sur les monstres classiques de l’horreur, le comédien chante les louanges de « Dracula… celui de Bela Lugosi« , car « les autres ne valaient rien. » On a le sens de l’autodérision dans La Maison qui Tue… et du petit tacle à la Hammer ?

 

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Maniant avec brio la référence à tout-va, le clin d’œil cinglant et la citation idoine, The House that Dripped Blood est de ces films discrètement littéraires pourrait-on dire, donnant un peu plus d’épaisseur et de profondeur à ses personnages : en son cœur, le film interroge en effet les apparences (trompeuses), le sens de l’être et du paraître ; d’où ce choix d’un écrivain et d’un comédien comme personnages principaux, et ce motif du cabinet de cire… Quoi qu’il en soit, encore une réussite majeure de la Amicus, et l’un des titres les plus emblématiques du fantastique anglais, de cette cruauté toute aristocratique et courtoise dont les charmes nous manquent beaucoup en ces temps vulgaires.

David Didelot

 

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  • Réalisation: Peter Dufell
  • Scénarisation: Robert Bloch
  • Production: Amicus
  • Titre original: The House that Dripped Blood
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Peter Cushing, Christopher Lee, Ingrid Pitt, Jon Pertwee
  • Année: 1971

8 comments to La Maison qui Tue

  • Trapard  says:

    Pas revu depuis très longtemps celui-ci. C’est l’un des premiers films anglais que j’avais en VHS quand j’étais adolescent, avec « Les cicatrices de Dracula ». Mes premières armes avec la Amicus et la Hammer se sont faites avec ces deux films-là. Pas un bon début pour la Hammer, mais pour la Amicus, « La Maison qui tue » reste un bon départ. Un bon film à sketchs dans la lignée des suivants.

  • Trapard  says:

    Ben, pourquoi pas. Certains trouvent les films de Terence Fihser trop classiques. Donc, à chacun son monde et pas de pensée unique.
    En 1987, les parents d’un copain de ma classe avaient récupéré plein de cartons plein de VHS d’un vidéoclub qui a fait faillite. Et un jour que j’ai passé l’après-midi chez le copain, et il m’a filé un carton vide en me disant : « prends ce que tu veux et remplis ce carton ».
    J’en connaissais aucun, donc j’ai pris au feeling des jaquettes (souvent minimalistes) « Les cicatrices de Dracula », « La Maison qui tue », « Satan’s blood », « Exorcisme tragique », « Les yeux de l’enfer » (le film canadien en 3D), et d’autres dont je ne me souviens plus.

  • Trapard  says:

    Ah !!
    (Nord) (Picardie) (Champagne) (Belgique) Dire ce qu’il en est, donner la réponse, informer, tenir au courant.
    -Je ne serai peut-être pas là samedi. Je te dirai quoi !

    Ok, merci.

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