The Devil’s Candy

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Nous n’avions plus de nouvelles du prometteur Sean Byrne depuis la sortie du vrillant The Loved Ones (2009), film de séquestration faisant l’effet d’un bon coup de perceuse dans le crâne. Comprendra qui l’a vu. Huit ans après ce premier long, et autant d’années de galères à ne rien faire, Byrne nous était revenu via un The Devil’s Candy shooté en 2015 mais qui n’atterrit dans les collections des fans qu’en 2017. L’attente en valait-elle la peine ?

 

Le heavy metal serait-il de nouveau dans le coup ? On peut le croire puisque question cinoche, notre art favori n’en finit plus de se glisser dans les salles de répét’ de quelques mordus de Slayer et Morbid Angel. Quelquefois pour des comédies (Heavy Trip) ou pour retracer les évènements dramatiques de la scène black metal norvégienne (Lords of Chaos), mais souvent pour verser dans l’épouvante, qu’elle soit teintée de second degré (Deathgasm, Dead Ant) ou mise à l’inverse sur un sérieux quasi-absolu. C’est bien évidemment le cas de The Devil’s Candy, qu’imagine un Sean Byrne alors loin d’être au mieux de sa forme. Bientôt papa et terrifié à l’idée que ses jumeaux naissent dans un monde de plus en plus violent et sombre, le metteur en scène souffre également de ne voir aucun de ses projets se concrétiser, chacun d’eux en restant au stade de script enterré à jamais au fond d’un tiroir. Pas étonnant avec ces noires idées en tête que l’auteur nous mette en bouche un bonbon du diable des plus acidulés, et parfaitement représentatif de son état d’esprit du moment. On retrouve donc beaucoup de lui dans le personnage de Jesse Hellman (excellent Ethan Embry de Cheap Thrills et Motel), peintre n’ayant que deux passions dans la vie : le metal et sa jolie petite famille, composée de sa femme Astrid (Shiri Appleby, la série Roswell) et de sa fille Zooey (Kiara Glasco, Maps to the Stars), elle aussi une grande fan de Metallica et Motörhead. Et tout ce beau monde de déménager dans une petite maison isolée, rendue pratique par l’énorme hangar pouvant servir d’atelier à Jesse pour y fignoler ses toiles. De plus, parce que deux personnes sont décédées sur place peu avant, le prix de la bicoque a sacrément baissé et fait office d’aubaine pour ce couple alors en proie à des difficultés financières, l’art du patriarche ne se vendant pas aussi bien que prévu…

 

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Néanmoins, ces décès présentés comme sans importance par l’agent immobilier ne le sont pas tant que ça, ceux-ci cachant en vérité les meurtres de Ray Smilie (impressionnant Pruitt Taylor Vince, vu dans Identity), gros balourd qui faisaient hurler sa guitare électrique jusqu’à pas d’heure pour tenter d’étouffer la voix raisonnant dans sa tête. Celle du Diable en personne, suffisamment convaincant pour pousser Ray à tuer ses deux parents. Toujours en fuite, le bonhomme revient chez lui alors que les Hellman y sont installés et semble s’intéresser à Zooey, tandis que Jesse commence lui aussi à entendre les murmures du Démon… Si The Devil’s Candy vous a attiré dans son antre de par son affiche original montrant son héros rabattre sauvagement une Flying V (là où l’édition française de chez Synergy opte pour un truc tout moche et passe-partout), vous laissant donc supposer que c’est à un véritable metal movie à la Black Roses ou Rock’n Roll Nightmare que vous allez avoir affaire, vous risquez fort de tirer la tronche devant le résultat final. C’est que les sonorités acérées du style qu’enfanta Toni Iommi ne sont jamais au centre de l’intrigue et servent ici de simple trait de caractère à Jesse et Zooey, en vue de leur injecter une personnalité les éloignant de ces familles typiquement ricaines et sans âme comme les productions Blumhouse s’aime à les imaginer. De quoi frustrer le hardos venu dans l’espoir que sa musique favorite y revête une importance capitale, d’autant que quelques indices allaient dans ce sens en début de partie. En utilisant des riffs lourds et pesant typiques du metal pour repousser l’influence de Satan himself, Ray laissait entendre que la soi-disant musique du Diable était aussi la meilleure arme pour le dominer, comme au bon vieux temps des Séries B avec Jon Mikl Thor.

 

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A la place, c’est à une imagerie nettement plus classique dans le film de possession que l’on fait appel ici-bas : maison hantée faisant perdre pied au chef de la tribu, croix renversée pour mettre la tête en bas au petit Jésus parce que ça lui va bien, personnage contrôlé par une entité paranormale le poussant à dessiner d’horribles fresques, apparition d’un bouc noir révélant la présence de Lucifer dans les parages… Dans les grandes lignes, The Devil’s Candy n’est pas très éloigné d’un Amityville, auquel il emprunte plus d’un motif et dont il récupère la lourdeur, l’anxiété d’un père se sentant glisser tout doucement vers des ténèbres prêtes à sauter sur sa famille. Malin et conscient que tout cela a déjà été fait, Byrne complète son œuvre en y injectant de l’ADN de thriller, et si Ray était sorti de Mindhunters ou d’un film à la Prisoners, nous n’aurions pas fait les surpris. Tout manipulé par la Bête soit-il, ce grand dadais n’en est pas moins une personnalité mentalement fragile, définie comme un enfant coincé dans un corps d’adulte. Et dont le modus operandi rappelle justement ces serial killer frappadingues, Ray assommant des gosses avec une pierre avant de les démembrer et placer leurs restes dans une valise, pour partir les enterrer on ne sait où… Les forces infernales ont beau planer au-dessus des ces drames sanglants, il n’en découle pas moins des traits de faits-divers, symptomatiques de la peur de Byrne quant à la jungle dans laquelle ses propres enfants risquent de se perdre. Difficile de ne pas percevoir dans ces scènes où Jesse oublie ou ne peut aller rechercher sa fille à l’école les doutes éprouvés par l’auteur quant à sa capacité d’être une figure paternelle convenable. Et très ardu de ne pas faire le lien entre un Jesse forcé de peindre des papillons pour une peinture murale bientôt accrochée dans une banque, boulot qu’il considère comme rabaissant et auquel il doit se plier pour nourrir les siens, et la longue période de vaches maigres que connaissait alors un Byrne dans l’impossibilité de prouver que le réussi The Loved Ones n’était pas qu’un coup de chance.

 

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D’ailleurs, plus qu’un script agréablement lugubre mais finalement peu audacieux – si le mariage des différents éléments est intéressant, ceux-ci n’en sont pas moins déjà connus d’un spectateur qui a déjà plus d’un kilomètre dans le cinoche horrifique -, c’est la sensibilité de son géniteur qui fait de The Devil’s Candy une réussite. Outre une évidente implication émotionnelle de sa part qui participe à donner de la chair au projet, l’excellent formaliste qu’il est lui permet de coucher sur pellicule un grand nombre d’images destinées à rester dans les mémoires. Voir par exemple ce montage parallèle passant des coups de pinceaux de Jesse à la baignoire ensanglantée dans laquelle Ray vient de déchiqueter un enfant, ou ces intrigants passages dans la galerie d’art dans laquelle Jesse tente de vendre ses fresques, lieu inquiétant s’il en est et semblant lui-même géré par le Diable en personne. Visuellement, si ce n’est quelques flammes sentant un peu trop le pixel en fin de parcours, c’est la classe à Las Vegas, sans pour autant que Byrne semble se positionner en poseur cherchant la belle image à tout prix juste pour s’adonner à un étalage technique. Film abouti, The Devil’s Candy parvient à créer le malaise autant par sa violence sèche (mais jamais gore) que par ses bonnes idées, telle une télévision ne passant que des messes ou des messages d’un prêcheur (excellent Leland Orser, l’homme au slibard avec une lame accrochée de Seven, et l’avocat destroy de la série Silicon Valley, meilleure série humoristique du monde faut-il le rappeler). Si quelques menus défauts subsistent ça et là comme des dialogues peut-être un peu trop simplifiés, le boulot ici fait nous fait sincèrement souhaiter que nous n’aurons pas à attendre huit nouvelles années pour nous installer devant le prochain méfait d’un Sean Byrne qui ne manque décidément pas de style.

Rigs Mordo

 

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L’avis de David

Commençons par la fin pour une fois : le générique terminal égrène des gravures illustratives de L’Enfer de Dante, au son du For Whom the Bell Tolls des Four Horsemen… Oui, ça pose tout de suite une ambiance, et ça déclencherait presque une petite érection chez l’amateur !
OK, on ne cause là que du générique (de fin qui plus est), mais tout le film est au diapason : logique en même temps, il est signé Sean Byrne, déjà coupable d’un super The Loved Ones en 2009. The Devil’s Candy, c’est du sérieux et du costaud en horreur psychologique : si l’on cause guitares par exemple, rien à voir avec un Deathgasm sorti dans les même eaux, pochade hyper sympatoche au demeurant mais carrément délirante dans le ton et l’excès gore. Et puis dans The Devil’s Candy, l’univers Metal n’est qu’un décor pour ainsi dire – ou une toile peinte pour rester dans le thème – qui nappe en noir les humeurs, mais ne joue pas vraiment de rôle narratif…
Ici, Sean Byrne donnerait plutôt priorité aux atmosphères déprimantes, du style The Lords of Salem : le Mal s’instille insidieusement dans les têtes et les petits événements du quotidien, rend même tristes ceux qui lui sont dévoués ou qui risquent de lui être. Le rythme imprimé est d’ailleurs comparable dans les deux films, dont la pulsation imite assez bien les angoisses lourdes et les moments contemplatifs de déprime sourde. Pour le coup, rendons grâce à l’excellent Pruitt Taylor Vince, tout à fait génial dans la peau du tueur d’enfants, et mec complètement possédé par le Grand Cornu depuis sa prime jeunesse. Un tel destin foutrait presque les boules à bien y réfléchir… Comme il est bien flippant de penser à ce père de famille (Ethan Embry), métalleux comme sa fille et peintre de métier, qui dérapera sérieusement sous l’influence du Bouc…
Visiblement amateur du genre, ou du moins très intéressé par ses prolongements à l’écran, Byrne multiplie les signes en direction des Metal Kids : tout est acier trempé dans le film, de la BO jusqu’aux fringues, en passant par la déco et cette Flying V mortelle… mais no spoil, et même no synopsis. De toute façon, l’ami Mordo s’en est déjà chargé. Bref, pour qui affectionne le style (les gens biens quoi !), The Devil’s Candy est un petit « must see« , film dont les séquences finales donnent furieusement envie de s’envoyer du Slayer – au hasard – derrière les oreilles !

David Didelot

 

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  • Réalisation: Sean Byrne
  • Scénarisation: Sean Byrne
  • Production: Jess et Keith Calder
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ethan Embry, Pruitt Taylor Vince, Kiara Glasco, Siri Appleby
  • Année: 2015

 

2 comments to The Devil’s Candy

  • Roggy  says:

    Complètement d’accord avec vous deux sur la qualité du film dans son ensemble. Pour une fois, je trouve que la toile de fond « Metal » est bien utilisé nous rendant encore plus sympathiques la relation entre le père et sa fille.

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