Le Fantôme de Millburn

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Elephant Films, votre grossiste officiel en bandes d’épouvante de la fin des 70’s et du début de la décennie suivante ? Au vu de leurs sorties hivernales, faites de bagnoles pilotées par le Diable et de pirates sanguinaires, on peut le penser. Et la présence dans leur catalogue d’un  envoûtant et plus sexy qu’il n’y paraît Fantôme de Millburn (1981) vient confirmer cette tendance.

 

N’allez pas croire que Toxic Crypt va soudainement virer au journal intime d’un trentenaire évoquant ses jeunes années avec la larme à l’oeil, mais tout de même : Le Fantôme de Millburn reste un nom qui résonne étrangement en moi. Parce qu’il fut l’une de mes portes d’entrée dans le monde du cinoche horrifique, parce que je l’ai vu à un âge où j’étais censé m’en tenir à Tic et Tac, Rangers du Risque, parce qu’il date d’une période où, trop jeune, je me prenais son imagerie macabre en pleine poire sans forcément faire de lien entre les séquences, l’histoire passant au-dessus de la tête d’un mouflet d’à peine quoi… 7 ans ? L’époque de l’insouciance est toujours la plus belle… Pour toutes ces raisons, j’avais une certaine appréhension à l’idée de me caler à nouveau devant Ghost Story, non pas parce que le film m’avait particulièrement terrifié, même si certaines séquences sont restées gravées en moi depuis tout ce temps, mais plutôt par peur de voir un beau souvenir s’évaporer devant la cruauté de la réalité. Les affres du temps auront-elles eu raison du Fantôme de Millburn, désormais un vieux truc tout sec qui aurait mieux fait d’en rester à sa VHS ? Heureusement non, et sans être vierge de tout défaut, cette adaptation du roman de Peter Straub par John Irvin (Le Contrat avec Schwarzy) tient toujours sur ses deux jambes. Et sans canne, s’il vous plaît ! Un comble pour une œuvre se penchant sur le cas de quatre petits vieux (les vétérans Fred Astaire, John Houseman, Melvyn Douglas et Douglas Fairbanks Jr.) ayant formé dans leur jeunesse une sorte de club littéraire, nommé le Club des Chasseurs d’Histoires. D’histoires effrayantes si possible, et c’est au coin du feu que les ancêtres se réunissent pour frissonner en chœur. Au point que le sommeil finit par les fuir et que les cauchemars les enveloppent chaque nuit, des rêves ayant tous un lien avec une jolie jeune fille… La même que celle à qui Don, fils de l’un des papys, était encore fiancé voilà quelques mois (Craig Wasson, Freddy 3, Les Griffes du Cauchemar), et dont le frère vient de mourir dans des circonstances étranges, défenestré du haut de son appartement alors qu’il était alité avec une mystérieuse demoiselle. Bizarre vous avez dit bizarre ?

 

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Sur le papier, Le Fantôme de Millburn a tout du film maudit d’avance. Adaptant pour le grand écran un bouquin assez conséquent (près de 500 pages tout de même) et qui multipliait les personnages, John Irvin avait en effet toutes les chances de se prendre les pieds dans le tapis et de s’y casser la gueule, ce genre de projet étant généralement de ceux qui ne parviennent à satisfaire personne. Ainsi, les lecteurs de Straub trouveront probablement à y redire et se plaindront d’une intrigue trop rabotée où manque ça et là quelques bouts, des trous empêchant la version ciné d’atteindre la profondeur de sa version d’encre et de mots ; tandis que les spectateurs tombant sur Ghost Story sans avoir ouvert le livre jugera sans doute l’ensemble comme un peu longuet… ou pas assez. Vrai que les malheurs de Millburn auraient sans doute pu se prêter au jeu du double-téléfilm à la Vampire de Salem, sa narration toute en flashbacks et faisant l’aller-retour entre les années 30 et les eighties rendant la structure du long-métrage étrange. Trop découpée par chapitres, et manquant d’une fluidité qu’aurait pu gagner le récit en étant scindé en deux. D’autant que venant de la télévision, John Irvin a gardé un style justement très télévisuel, manquant d’ampleur, en particulier lors d’un final un peu terne, voire facile.

 

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Scruté à la loupe, le fantôme n’a plus son éclat de jadis, mais en prenant un peu de recul et en visionnant the big picture, comme dirait Ed Wood, l’ectoplasme retrouve heureusement de ses couleurs. Grâce aux bons soins d’une atmosphère macabre tirant son jus, ce n’est pas un hasard, d’un aspect très littéraire, avec ce village aux faux airs de bastion de conte de fée. Millburn a beau être la proie d’un revenant particulièrement revanchard, et même le lieu de séjour d’un duo de fous qu’il aurait peut-être été judicieux de faire sauter au montage tant il n’apporte rien, on passerait bien une semaine ou deux dans cette carte postale enneigée. Et puis, niveau interprétation, on tient là du solide, et pas seulement parce que Ghost Story peut compter sur des vieux de la vieille connaissant le métier mieux que personne. La surprise, elle vient plutôt d’une certaine Alice Krige, alors un petit oisillon sorti du nid mais devenu avec le temps un condor du cinéma fantastique (Silent Hill, La Nuit Déchirée, Stay Alive, Thor : The Dark World…). Monstre d’équilibre, elle parvient tour à tour à être séduisante et débordante de vie, avant de se muer en un être surgi d’un autre-monde, terriblement inquiétant malgré son calme de tous les instants. Si Le Fantôme de Millburn doit reposer sur des épaules, c’est sur celles, en apparences frêles, de cette hypnotisante actrice, attirante weirdo à l’épiderme gelé. Nous voilà d’ailleurs face à l’un des rares cas de fantômes probablement aussi inquiétants de leur vivant, ou lorsqu’ils revêtent une apparence humaine, que lorsqu’ils utilisent leurs artifices plus spectaculaires. Franchement efficaces néanmoins ces arrivées en grandes pompes de squelettes boueux ou ces visages défigurés, et si la réalisation d’Irvin manque globalement de force – mais on y gagne un côté éthéré pas déplaisant – les séquences horrifiques bénéficient tout de même d’une certaine tension. Aucune raison de se retenir d’aller faire un tour sur le shop d’Elephant Films pour y cramer un ou deux billets : si Ghost Story traîne son lot de problèmes, il a aussi suffisamment d’atouts dans ses manches pour que l’on ferme les yeux sur ces menus détails.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: John Irvin
  • Scénarisation: Lawrence D. Cohen
  • Production: Douglas Green, Ronald G. Smith et Burt Weissbourd
  • Titre original : Ghost Story
  • Pays: USA
  • Acteurs: Fred Astaire, Craig Wasson, Alice Krige, John Houseman
  • Année: 1981

2 comments to Le Fantôme de Millburn

  • Trapard  says:

    Pareil, je l’ai aussi en DVD. Un bon film de fantôme légèrement gothique par moments.
    Et il y a dans ce couple maudit, un truc indéfinissable qui me rappelle à chaque fois le couple de TURKISH DELIGHT de Verhoeven : une de sorte de romantisme sombre à la Émilie Brontë, qui nous rappelle aussi cette part d’adolescence qu’on n’a pas envie de se refarcir…Mais avec un fantôme !

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