Star Slammer (Prison Ship)

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Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, George Lucas et ses Jedis ne régnaient pas plus sur les étoiles que Dark Vador et ses copains casqués, laissant plutôt leur place à des prisonnières badass et mal élevées. Point de X-Wing et de Tie Fighter dans le ciel de Fred Olen Ray, mais une prison spatiale tirant le genre du Women in Prison dans de nouvelles dimensions…

 

Mine de rien, cela fait près d’un an que nous n’avons plus fait de détour par le cabanon du poto Fredo, histoire de voir s’il a toujours du streum bon marché à nous vendre en douce. Bien sûr qu’il en a, et même de la gloumoute venue du cosmos ! Une habitude en ces années 80, Ray faisant alors des invasions extra-terrestres son fond de commerce, voir pour s’en convaincre ses sympatoches L’Invasion des Cocons ou Biohazard. Histoire de varier un peu les plaisirs, Star Slammer, ou Prison Ship, qu’il tourne en 1985 et sort un an plus tard, décide de ne pas attendre que les petits hommes verts fassent une descente sur notre planète bleue et prend le parti d’aller à leur rencontre. Du Star Wars low cost comme Luigi Cozzi l’a fait avec son Starcrash ou la production Corman Les Mercenaires de l’Espace, avec batailles homériques entre un empire malfaisant et quelques rebelles débordant de bons sentiments ? C’est mal connaître l’auteur du tronçonneur Hollywood Chainsaw Hookers, qui n’a jamais eu les moyens de se payer une couchette dans le même vaisseau que Lucas et Irvin Kershner, et ne doit sans doute pas être très friand des gros space opera aux enjeux colossaux. Son truc, c’est plutôt le serial à papy façon Buck Rogers, et c’est en toute logique qu’il découpe son intrigue en plusieurs chapitres, réminiscence de ces petites histoires qui, une fois réunies, formaient un récit longue durée. Nostalgique, Fred Olen Ray ira même jusqu’à reprendre à son compte les gimmicks audio de l’époque, chaque arrivée d’un grand vilain ou surprise étant accompagnée d’un sursaut musical, comme au bon vieux temps. Ne vous méprenez cependant pas sur la nature de Prison Ship : si cette petite Série B prend exemple sur des divertissements qui entraient à l’époque dans le troisième âge, elle reste bien de son époque…

 

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Ainsi, malgré un décorum que l’on pourrait retrouver dans un vieux Flash Gordon, Star Slammer reprend plutôt la recette des WIP produits par Roger Corman aux Philippines quinze ans plus tôt. Pour mettre le spectateur dans le bain, Fredo se fend d’ailleurs d’une introduction on ne peut plus claire : dénudée et pendue par les bras, une pauvre demoiselle se fait torturer par Muffin (Dawn Wildsmith de Surf Nazis Must Die), matonne cruelle et borgne, qui lui colle des sangsues mutantes sur son doux épiderme, tandis qu’une boîte de conserve sur roues vient donner l’heure. Le ton est donné et les traits bien dessinés : Star Slammer sera coquin, gentiment sadique, parodique à l’occasion et parcouru de méchants de bande-dessinées. Des types comme Bantor (Ross Hagen, Alienator et Dinosaur Island) par exemple, caïd se croyant tout permis et riant sataniquement de ses pires méfaits, qui atterrit sur une planète habitée par des nains avec des casseroles sur la tête (les Ewoks n’étaient pas libres ce week-end là) et désintègre une sorte de vieux mage avec son rayon laser, tout cela dans le but de récupérer des cristaux visiblement de première importance. Par malchance, Bantor tombe sur Taura (Sandy Brooke de Sledgehammer, Terror on Alcatraz et Nightmare Sisters), amazone suffisamment fortiche pour lui résister et lui faire perdre une main. Hors de question que la belle blonde s’en tire avec les félicitations du jury, et un juge galactique (John Carradine, qui lorgne sur son texte tous les trois mots et n’a sans doute fait qu’une seule prise à son domicile, entre deux siestes) l’envoie sur la fameuse prison des femmes, où elle retrouve tous les passages obligés du genre. Soit la gardienne brutale qu’est Muffin, les codétenues toujours prêtes à faire passer un sale quart d’heure aux nouveaux arrivants, la punition de l’enfermement dans un caisson métallique, les bagarres à la cantine et l’indispensable mutinerie du dernier acte.

 

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Plus un WIP pur et dur qu’un space movie, Star Slammer assume pleinement son statut de version futuriste des Women in Cages et autres Big Doll House, et ne manque finalement que l’épaisse tignasse de Pam Grier ou le sourire malicieux de Sid Haig pour que l’on se pense toujours dans un pénitencier crasseux des Philippines. Avec des colonnes de fer et une vue sur la constellation du centaure à la place du béton fissuré et des rizières, c’est vrai, mais dans les grandes lignes et à quelques gadgets empruntés à Albator près, les productions Corman des seventies ou cette virée dans les cellules de la science-fiction sans le sou, c’est du pareil au même. Aucune critique là-dedans, bien au contraire, le genre ayant prouvé son efficacité au fil de ces évasions musclées de nénettes qui ne s’en laissent pas compter. Et un style par ailleurs taillé pour un Fred Olen Ray dont l’amour de la gente féminine n’est plus à prouver. S’il n’est pas aussi vicieux – dans le bon sens du terme – qu’un Jim Wynorski qui filmerait son petit harem à poil durant toute la durée du métrage, seuls quelques plans pas bien longs de la Brooke se déshabillant venant soulever nos bermudas, Ray semble tout de même comme un poisson dans l’eau lorsqu’il s’agit d’évoluer entre toutes ces prisonnières revêches. Et si elles serrent les dents et distribuent les coups de coude à l’écran, on devine qu’elles s’amusent bien à incarner ces crazy space bitches grimaçantes et s’échangeant des mots doux (ironie inside) en mangeant de la purée verdâtre qui donne une certaine idée de ce que ça donnerait si les épinards pouvaient chier. Bonne ambiance sur le plateau donc, et ce n’est pas étonnant si l’on se penche sur les coulisses du tournage. Damien Granger nous en dit plus dans son excellent second volume des B-Movies Posters et nous explique que c’est en tournant Biohazard dans des décors de vaisseau spatial fabriqués pour Space Raiders, une production de chez Corman (what else?), que Ray a l’idée de Prison Ship. Il les loue alors pour trois jours de plus pour une bouchée de pain, soit 450 dollars (ça fait une grosse tranche de pain, certes, mais ça reste peu cher) et y tourne son film avec les moyens du bord. On comprend que dans ces conditions, certes précaires mais aussi dénuées de toute pression, le climat soit des plus détendus.

 

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Bien sûr, Star Slammer se fait à la débrouille, et l’habitué de la SF fauchée retrouvera des costumes déjà croisés ailleurs, des plans empruntés chez les copains (on pique des vaisseaux en plein vol ou des explosions à Dark Star de Carpenter ou aux Mercenaires de l’Espace) et même le superbe monstre du culte The Deadly Spawn, que Taura doit affronter dans une arène de fortune avec l’une de ses rivales prisonnières. On recycle un max’ quoi, passage obligé pour un cheapie voué au marché de la vidéo coûtant dans les 120 000 dollars, soit le prix d’un bagel à la Maison Blanche. Tournant vite, pour ne pas dire dans la précipitation, Ray n’a donc pas le temps d’imaginer des personnages à la psychologie profonde, et son scénariste Michael Sonye (au script sur Frozen Scream et Blood Diner, mais surtout acteur pour du DTV comme The Tomb, Surf Nazis Must Die – il y joue Mengele – Nightmare Sisters ou justement le présent Prison Ship) se contentera de croquer des protagonistes définit par un seul et unique trait de caractère. Le seul à s’en tirer à bon compte est probablement le vil Bantor, bouffi de suffisance au départ et totalement frappé par la démence en fin de partie. On appréciera aussi cette directrice de bagne toujours fringuée en dominatrice qu’est Exene (Marya Gant, également dans Hack-O-Lantern et Cannibal Hookers), tantôt faussement polie, tantôt colérique. C’est en tout cas toujours mieux que le rôle éclair offert au vétéran Aldo Ray, invité pour ajouter un nom un peu plus connu sur les affiches et boîtiers de VHS, mais qui n’apparaît que quelques secondes en tortionnaire défiguré. Quant à Carradine, mieux vaut ne rien en dire, c’est du niveau de l’apparition de Lugosi dans Plan 9 from Outer Space !

 

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Mais il serait hypocrite de ne pas avouer que ces caméos souvent grotesques et risibles ne font pas le sel d’une franche récréation comme Star Slammer, conscient de ses limites et plus souvent mal foutu que l’inverse, mais sacrément nourrissant pour l’amateur de low budget des années 80. Difficile d’ailleurs de ne pas avoir une demi-molle devant le dernier chapitre des aventures de Taura, où fusent les rayons laser, une assiette tranchante se plantant dans l’arrière du crâne d’un gus que l’on pourrait prendre pour un sbire du Joker de la série Batman des sixties, des stockshots d’astronefs se balançant des missiles pour ensuite exploser en feux d’artifices, une sorte de rat mutant mordillant les nuques de ses victimes et une poignée de soldats lobotomisés dans le laboratoire caché de la maison d’arrêt. Ca part dans tous les sens, oui, mais c’est justement pour ça que l’on réserve notre lit dans cette zonzon plus confortable qu’il n’y paraît. Bien dommage que la suite annoncée avant le générique de fin ne vit jamais le jour, tiens…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Fred Olen Ray
  • Scénarisation: Michael Sonye
  • Production: Jack H. Harris, Fred Olen Ray
  • Pays: USA
  • Acteurs: Sandy Brooke, Suzy Stokey, Marya Grant, Ross Hagen
  • Année: 1986

8 comments to Star Slammer (Prison Ship)

  • Trapard  says:

    J’avais bien aimé celui-ci. Il y avait aussi « Les captives de l’espace » qui démarrait comme un WISP (women in space prison ?^^).

  • Trapard  says:

    Après « Fortress » et « Absolom 2022 » c’est devenu la mode des MISP en DTV. 😀

    • Trapard  says:

      Chez Nu Image notamment.

      • Trapard  says:

        Prends garde à la savonnette spatiale ! 😀

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