The Mangler

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Dans le milieu, on reste entre « gros » et « grands », et lorsqu’un gros nom de la littérature fantastique doit se faire adapter pour le cinoche, il fera appel à un grand de l’épouvante plutôt qu’au bleu encore en train de peindre des marionnettes chez Charles Band. Pas étonnant dès lors que Tobe Hooper soit appelé pour refaire un tour dans Le Maine, là où Stephen King a, comme a son habitude, localisé une essoreuse affamée de chair humaine. Planquez vos doigts, voilà The Mangler, œuvre moins mineure qu’on veut nous le faire croire du vieux Tobe.

 

Ce n’est un secret pour personne : quand un metteur en scène débute sa carrière de manière un peu trop punchy, il a vite tendance à perdre du jus par la suite et se retrouve sans s’en rendre compte dans le creux de la vague. Tobe Hooper, c’est un peu ça : une suite quasi ininterrompue de petites ou grosses tueries (son sommet restant Massacres dans le Train Fantôme) virant peu à peu à l’enfilade de Séries B en général sympatoches mais pas toujours dignes de son rang. Malgré tous ses efforts, Hooper ne retrouvera d’ailleurs jamais sa prestance des premiers jours, malgré encore une fois quelques petites choses loin d’être honteuses (Mortuary, le remake de The Toolbox Murders) mais sans grand relief… et aussi quelques tentatives plus embarrassantes et acceptées pour remplir le frigo. Voir pour s’en convaincre son Crocodile, pas aussi mauvais que ce que l’on peut lire ici ou là, mais que le premier stagiaire de chez Nu Image venu aurait pu shooter à l’identique. Et si finalement le dernier film vraiment chouette du papa de Leatherface était The Mangler, adaptation d’une courte nouvelle de Stephen King sortie en 1995 ? D’abord pensé par le producteur très bis Harry Allan Tower (auquel on doit une brouette pleine de Jess Franco), puis retombé dans les palluches du Sud-Africain Anant Singh, le projet fait partie de ceux qui auront demandé au réalisateur l’une de ses plus longues préparations. La faute à un monstre pas nécessairement aisé à créer, en même temps qu’un décor à monter de toute pièce : une essoreuse diabolique plantée au centre d’une blanchisserie, théâtre d’accidents à refiler la gerbe à un coroner…

 

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C’est d’ailleurs suite à l’un d’eux qu’est dépêché sur place le flic grognon John Hunton (Ted Levine du Silence des Agneaux et La Colline a des Yeux version Aja), prié de faire la lumière sur ce drame qui a vu une vieille ouvrière se faire avaler par la machine et recrachée en morceaux. Si Hunton pense tout d’abord à un banal dysfonctionnement mécanique, il découvrira bien vite avec l’aide de son pote Mark (Daniel Matmor, déjà dans le Night Terrors du même Hooper), très branché occulte, que quelque-chose ne tourne pas rond dans l’entreprise du gueulard et sinistre Bill Gartley (Robert Englund). Il se pourrait même que cet être rafistolé de partout tente de sacrifier sa nièce Sherry (Vanessa Pike) pour nourrir la vile essoreuse, avec laquelle tous les puissants de la région ont passé un pacte visant à améliorer leur train de vie. Derrière un pitch forcément amusant (une essoreuse tueuse, ça sent les aisselles humides du B-Movie un peu concon, quand même) et nous refaisant le coup de la mécanique qui déraille façon Enfer Mécanique ou L’Ascenseur, ou même du classique Christine pour rester dans la galaxie Stephen King, se cache en fait un The Mangler bien plus noir qu’il n’y paraît. Oui, Hooper et ses scénaristes (dont Harry Allan Tower lui-même pour un premier traitement) ne se privent pas de quelques traits humoristiques, et Englund, tout macabre soit-il dans la peau de ce suppôt d’un Satan fait de boulons et de tôle, se fend de quelques dialogues très Freddy Kruegeriens dans l’esprit puisque tenant autant de la menace que du second degré noir. Reste que ces petites touches de lol et de mdr (Toxic Crypt, site de jeunes) pointent surtout pour détendre une atmosphère du reste pesante comme le fessier d’un hippopotame passant toutes ses pauses de midi chez Burger King.

 

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Visuellement, Hooper opte pour une palette de couleurs sombres, son film ne s’illuminant que lorsque des étincelles ou une vapeur paranormale s’échappe de l’essoreuse ou d’un frigo, lui aussi touché par le Malin. The Mangler, c’est un univers ténébreux – l’enquête de John Hutton se déroule d’ailleurs de nuit -, si humide que le sol de la blanchisserie en semble perpétuellement glissant, et les lieux suffocants à force de voir de la vapeur s’échapper de toutes les machines. L’industrie triste, voilà ce que scrute un Hooper montrant littéralement la main d’oeuvre sous-payée se faire becter par leur outil de travail et leurs patrons, symbolisés par un Englund froid et désensibilisé, dansant même à l’aide de ses guibolles d’acier lorsque son contre-maître perd un bras sous ses yeux. Noir c’est noir donc, et le malheur s’étend même en dehors de la blanchisserie, tous les personnages étant des veufs pas remis de la mort d’un proche, des cancéreux se sachant déjà allongés dans le cercueil, des stressés se bourrant le bide de cachetons, des pauvres filles devenant les jouets sexuels de vieux riches ou des handicapés physiques. Finalement, les seuls à croquer la vie à pleines dents, ce sont encore les saligauds ayant accepté de jeter leurs filles vierges âgées de 16 ans dans la gueule du monstre fait de rouages et de chaînes en fer. Pas de quoi chopper un fou rire pour la semaine donc, bien que Hooper ne se refuse aucune séquence de divertissement pur. A ce sujet, difficile de faire la fine bouche question gore, les découvertes des corps pliés et déchiquetés pouvant en remonter à bien des torture-porn vendus comme plus extrêmes sortis depuis… On lèvera d’ailleurs le pouce à la vue de la mort du personnage de Robert Englund, peut-être pas la plus généreuse en hémoglobine, mais un spectacle particulièrement saisissant tout de même. Et à l’image du film par ailleurs : violente mais avec un petit rictus constamment plaqué sur la tronche tout de même. Une belle réussite, de celles qui font regretter que Hooper n’eut plus les moyens de ses ambitions par la suite…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Tobe Hooper
  • Scénarisation: Tobe Hooper, Stephen Brooks, Peter Welbeck,…
  • Production: Anantg Singh
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ted Levine, Robert Englund, Vanessa Pike, Daniel Matmor
  • Année: 1995

8 comments to The Mangler

  • Nazku Nazku  says:

    Film que j’ai vu il y a peut-être 15 ans, je n’avais pas aimé. Puis je l’ai revu à la télé il a un peu moins d’un an. Ce n’était pas aussi mauvais que dans mes souvenirs, mais ce n’était pas aussi bon que le laisse l’entendre ta critique. 😉

  • jacques  says:

    D accord avec le gros niqueur : excellente adaptation trop souvent sous estimée …

  • Trapard  says:

    J’ai la même histoire que vous deux avec ce film. C’est un film qui vieillit mieux qu’il n’a vécu.
    J’aime aussi « Mortuary », pas un film super innovant, mais comme quoi Hooper arrivait bien à se fondre dans le moule de la série B des années 2000 avec quelque chose de bon.
    Je suis d’accord avec ce que tu dis au sujet de « Crocodile », pour preuve, je trouve la suite de Gary Jones nettement plus passionnante et variée en thème (aventures, terrorisme, film catastrophe + attaques animales).

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