Long Weekend (2008)

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Soyons honnêtes : ce n’est pas tous les jours qu’on chante les louanges de l’époque, surtout dans notre univers de bisseux (Gaulois) réfractaires, voire conservateurs… voire réactionnaires. Oui mais voilà, l’exception confirme la règle quand on cause Ozploitation, car il est un fait que la nouvelle génération n’a vraiment pas à rougir dans le bush, loin s’en faut même, rendant sacré bel hommage aux glorieuses décennies 70’s et 80’s. Qu’on en juge par les Wolf Creek ici, The Reef là-bas (dans le genre requins, on a vu mieux cela dit… ndRigs) et autres Needle, Black Water ou The Loved Ones… Bref, sur terre ou sur mer, dans l’Outback ou sur les campus, l’Aussie horror se porte bien en nos années, même très bien qualitativement parlant… si l’on accepte  l’alignement global d’une production locale sur les canons américains de l’horreur, qui perd alors un peu de son âme et de son charme sauvage : de son pittoresque en un mot, et du sang de sa terre. Les dommages collatéraux du format des coproductions ? Très sûrement. Note Quite Hollywood (pour reprendre le titre du documentaire sacrifié à The Wild, Untold Story of Ozploitation en 2008) ? Plus vraiment donc, car la globalisation a aussi vaincu dans l’horreur et le fantastique, qui gagnent en efficacité ce qu’ils perdent parfois en originalité…

 

 

Le parcours de Jamie Blanks est d’ailleurs emblématique de cette évolution et de cette normalisation relative. Australien de naissance, Blanks débute sa carrière avec le court-métrage Silent Number (1993), avant de migrer vers les Amériques pour aller faire coucou à l’Oncle Sam et aux caribous : suite au succès de Scream, le néo slasher domine alors les débats et Blanks met en boîte le meilleur du lot peut-être, Urban Legend (1998), puis le beaucoup moins bon Mortelle Saint-Valentin (2001). Après cela, le mec revenait en ces terres et commettait le très chouette Insane (Storm Warning, 2007), survival des familles qui signait le retour de Blanks dans le giron du cinéma australien, scénarisé d’ailleurs par l’éternel Everett De Roche. L’année suivante, il réalisait son dernier film en date, notre Long Weekend, le gars préférant visiblement composer (sa formation première) que de tenir la caméra. Bref, peu de films inscrits au CV du bonhomme, mais Jamie est un bon, mésestimé dans notre galaxie, et son Long Weekend survalide encore le talent d’un réalisateur un peu passé à côté de sa carrière, écartelé peut-être entre son attachement à l’Australie et les sirènes états-uniennes… Pas facile de marcher sur ses deux jambes quand elles sont aux antipodes.

 

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En 2008, Long Weekend exemplifiait donc une espèce de retour aux sources militant, remake du film éponyme réalisé trente ans avant, cet objet absolument essentiel dans la constitution du corpus thématique et esthétique de l’horreur australienne : au centre, la nature ensauvagée, plus cruelle encore que les hommes qui l’habitent. Avec Long Weekend premier du nom, Dame Nature n’était plus un cadre simplement hostile et idoine à l’horreur ; ce n’était pas un décor de l’horreur, c’était l’horreur. A contrario, Insane épousait d’ailleurs les canons plus classiques du survival, bouseux tarés en tête de gondole. Si l’on voulait résumer, la décision de remaker Long Weekend était une manière de creuser le sillon tracé par l’original, et de payer son tribut aux mânes de Colin Egglestone, son regretté réalisateur. Les motivations de Blanks sont d’ailleurs limpides dans son film, du simple clin d’œil à l’hommage plus solennel : en d’autres mots, du pub appelé The Eggleston Hotel (où le couple de héros a normalement rendez-vous avec ses amis) jusqu’à cette dédicace finale : In Memory of Colin Eggleston. Mais surtout, Blanks conserve la pulpe du premier Long Weekend, situant son récit dans l’état de Victoria (au sud de l’Australie), et convoquant quelques vieux de la vieille qui, trois décennies plus tôt, participèrent au premier film : Vincent Monton par exemple (assistant réalisateur sur le remake, et directeur de la photo sur l’original), ou le producteur Richard Brennan et l’actrice Briony Behets, conseillers sur le présent film et remerciés dans le générique. Enfin, Blanks prend appui sur le scenario originel d’Everett De Roche, grand pourvoyeur de scripts quand on cause horreur australienne… Une fidélité à toute épreuve donc, et l’absolu respect en bandoulière, assumé au carré par un Blanks sur tous les fronts : à la réalisation, au montage, à la musique et à la production exécutive. Pas de doute, le bébé est bien de lui.

 

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Long Weekend – 2008 est-il un film trop fidèle justement, trop respectueux du matériau premier ? En d’autres termes, Blanks prendrait-il le train du remake bête et vain, comme l’empruntèrent tant d’autres à cette période ? Pas exactement comme nous allons le voir, car la version Blanks constitue sûrement le haut du panier question remaking, et il ne faudra surtout pas s’arrêter à la réception publique et critique du film lorsqu’il sortit, plutôt glaciale… Et puis que n’aurait-on dit si Jamie Blanks avait blasphémé, s’il avait pris des chemins de traverse et ignoré les enjeux premiers du film d’Egglestone ? La version 2008 imite donc au mot près l’histoire de l’original, et on y retrouvera les mêmes problématiques : superposition tragique d’une nature vengeresse et d’un couple en perdition, incommunicabilité des êtres en milieu hostile, qui pourrit le séjour du couple au lieu de lisser les choses, dimension morale et quasi biblique de la Faute (adultère et avortement, avec beaucoup de serpents dans le film d’ailleurs…), violence mal contenue du mâle, frustration sexuelle… On y réexploite ainsi les éléments constitutifs d’un ton et d’un fond, comme ce kangourou écrasé à l’entame, cet irrespect essentiel de la nature, ces éléments déchaînés au moment du départ, ce chien qui fait le pont entre les deux personnages, ces mêmes lignes de dialogue parfois, cette valeur symbolique du dugong qui n’en finit pas de pleurer, et cet œuf de l’aigle femelle… Aucune tromperie sur la marchandise : Long Weekend – nouveau cru est un film pédagogique si l’on peut dire, du moins pour les plus jeunes qui ne virent peut-être pas son modèle et n’eurent pas idée d’aller chercher. Un film de rattrapage en quelque sorte, et c’est très bien ainsi.

 

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Mais alors, de quoi ce remake est-il le nom, puisqu’on sait que l’intérêt primordial de l’exercice est logiquement dans la variation et l’écart ? Au-delà d’un casting évidemment différent – les excellents Jim Caviezel et Claudia Karvan (dont on ne verra pas les seins, contrairement à ceux de Briony Behets dans l’original) – Long Weekend actualise le propos – GPS, portable, menaces contemporaines annoncées à la radio – et propose peut-être une lecture moins « heurtée » de la narration, plus fluide et plus ample dans sa mise en image, plus léchée aussi question photo… Autre temps autres codes. Et si le film de Blanks se montre aussi prompt que son modèle dans la mise en place de ses enjeux, il concentre encore l’action (le remake est d’ailleurs plus court), élimine et rabote au lieu d’ajouter – piège dans lequel tombèrent nombre de remakes justement –, pour aller à l’essentiel et prendre le temps d’une conclusion un peu différente. Malicieux et habile, Blanks ménage en outre quelques fausses pistes qui – peut-être – furent à l’origine de méprises… et de déceptions : la jaquette du DVD annonçait Dans la lignée de Wolf Creek et Eden Lake, ce qui est très largement faux, mais le film insiste à dessein sur une possible menace humaine (les autochtones du pub, inquiétants jusque dans leur froideur), Blanks faisant mine de coller aux invariants du genre pour mieux égarer le spectateur moderne, habitué à ce type de timbrés… Il n’en sera rien bien sûr, et pour le meilleur comme l’on sait.

 

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Enfin, et sans spoiler, le dernier quart du film constitue peut-être la différence principale avec son modèle : plus graphique, plus visuelle, et plus conforme aux attentes d’un public revenu d’à peu près tout… Il faut donc forcer le trait question chair morte et fugues sanglantes, mais nous n’y verrons aucune trahison, d’autant que la leçon de morale – désespérante – est la même dans les deux films. Du sacré bon boulot au final, et la preuve réitérée que Jamie Blanks est l’un des tout meilleurs dans sa catégorie. Vite, un autre film Jamie !

David Didelot

 

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  • Réalisation: Jamie Blanks
  • Scénario: Everett de Roche
  • Production : Nigel Odell, Gary Hamilton
  • Pays: Australie
  • Acteurs: Jim Caviezel, Claudia Karvan, Roger Ward, John Brumpton
  • Année: 2008

3 comments to Long Weekend (2008)

  • Trapard  says:

    Salut David,
    Voilà une belle intro qui va faire accourir vers toi tous les Forrest Gump bien pensants qui s’auto-persuadent en masse de faire partie d’une contre-culture. 😀
    J’ai bien aimé ce remake. Et aussi Black Water et The Loved Ones, ce sont des films épurés et des sortent d’équivalents de la série B américaine.
    PS: Rigs Mordo, qu’est-ce que tu vois de mieux que The Reef ? Sharknado ? 😀

    • Trapard  says:

      Le style de The Reef est arrivé à point nommé après celui très moyen des Open Water (la caméra à la surface de l’eau, au niveau des nageurs).

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