Nosferatu

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Immortels, on vous dit ! Vous pouvez leur planter un pieu dans le cœur, leur donner un bain de soleil, les noyer ou les laisser se prendre un éclair dans la tronche, les vampires ne meurent jamais vraiment au cinéma. Mais il y en a un qui a survécu à tout cela pour de vrai…

 

Tout le monde connaît Nosferatu, nom souvent associé au film et au personnage, qui s’appelle en fait autrement. Même ceux qui n’ont pas vu ce classique en connaissent les scènes les plus cultes, utilisées et réutilisées un nombre improbable de fois, que ce soit comme extraits ou comme screenshots. Qui n’a jamais vu l’ombre du vampire chauve gravir les escaliers pour attraper le cœur de sa pauvre victime féminine ? Personne ou presque. Et pourtant, il s’en est manqué de peu pour que nous ne puissions jamais admirer le film de F.W. Murnau. Car nous sommes là face à une adaptation du Dracula de Bram Stoker faite sans la moindre autorisation et sans le budget nécessaire pour payer les droits d’auteurs. Ce qui provoque la colère de Florence Stoker, veuve de Bram, qui attaqua le film pour plagiat et ordonna la destruction de toutes les copies. Dont acte en 1925, le pauvre vampire et les négatifs de son film se volatilisant en fumée. Mais on ne tue pas le prince des morts aussi facilement… Invitée à un festival de cinéma à Londres, dame Stoker découvre avec grande joie (ironie) que Nosferatu est à l’affiche, bel et bien vivant. Nouvelle colère, nouveau procès, nouvelle destruction. A priori, cette fois c’est la bonne. Mais le démon aux dents pointues ressortira de sa tombe une fois la veuve décédée, des copies cachées en provenance d’Allemagne, Angleterre et des USA recommençant à circuler, se propageant comme la peste, qui finit par atterrir dans nos foyers…

 

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Car c’est bel et de peste qu’il s’agit avec Nosferatu, son Dracula n’ayant que peu en commun avec les Béla Lugosi, Christopher Lee et autres Gary Oldman. Enfin, Dracula… Orlock plutôt puisque pour éviter trop de problèmes (manqué !) Murnau changea les noms des personnages du roman, Renfield devenant Knock, Mina devient Ellen et Jonathan Harker devient Thomas Hutter. Enfin, sur certaines copies, d’autres, comme l’américaine, gardant les noms du roman, faisant de Nosferatu l’une des premières adaptations du compte vampire (la première étant un film hongrois désormais perdu, Drakula Halala). Mais un Dracula bien diffèrent de ses incarnations suivantes, nettement plus séduisantes, classieuses et romantiques. Non, notre Orlock/Nosferatu est un être dont aucune fille ne pourrait tomber amoureuse: terriblement laid, sale, il n’a pas une once d’élégance et pue la mort de tout son être. Répandant la peste partout où il passe, il est une maladie, une plaie qui rend son pays souffreteux. Nulle transformation en chauve-souris pour lui, il se mue en une horde de rats crasseux qui s’échappent de son cercueil. Autant dire que les suceurs de sang propres sur eux des Twilight sont encore bien loin… Incarné par Max Shrecks, le vampire met mal à l’aise, gesticulant comme s’il était à l’étroit dans des habits trop serrés et doté de doigts longs comme des couteaux…

 

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Nosferatu prend bien évidemment ses distances avec le roman de Bram Stoker, ce qui ne l’empêche pas d’en respecter la trame générale et les idées. Nous retrouvons donc Jonathan Harker qui est envoyé par Renfield au château de Dracula pour lui faire signer la vente d’une maison qui se situe par coïncidence juste en face de celle que le jeune homme occupe avec sa petite amie Mina. Mais une fois dans le château du comte, Harker commence à se poser des questions sur son hôte. Pourquoi est-il si étrange ? Pourquoi ne sort-il pas le jour ? Pourquoi Harker s’est-il réveillé avec deux marques dans le coup ? Les réponses lui viennent vite à l’esprit et il comprend rapidement que le monstre en veut à Mina, qu’il se verrait bien croquer… La durée de Nosferatu dépend de la version que vous en avez, tout comme la musique qui change en fonction de l’édition. Celle ayant servi à cette chronique est celle de 64 minutes et avec la bande-son de Peter Schirmann, avec des intertitres en anglais. Mais vous pouvez également trouver des versions durant 90 ou 80 minutes selon la vitesse à laquelle est passé le film (24 images par secondes ou 18, choisissez votre camp). Je suis du camp 24 images, le film dure donc une heure chez moi, ce qui est idéal pour un scénario assez mince, découpé en deux actes: le voyage et l’arrivée de Harker chez Dracula et le voyage de ce dernier jusqu’à Mina.

 

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On ne peut d’ailleurs pas dire que les personnages autres que Dracula (enfin… Orlock…) et Harker soient particulièrement importants ici. Certes, Mina est la jeune fille à sauver, mais son rôle se résume à rester au lit en s’inquiétant pour Harker, ce qui n’est déjà pas mal pour un film de l’époque. Renfield est peut-être plus dispensable, l’homme de main du démon se contentant de sautiller dans tous les sens et s’enfuir de sa prison sans que cela apporte une réelle incidence sur le déroulement du film. Rien de bien grave cependant, le film ayant un autre défaut plus gênant: sa musique inégale. Chaque personnage à droit à son petit thème rien que pour lui et celui de Dracula/Orlock/Nosferatu est très réussi car assez discret, seulement composé de quelques sons voués à mettre la pression, synonymes d’horreur en devenir… Là où ça coince, c’est quand arrive celui de Renfield, largement plus clownesque. Difficile de ne pas sourire lorsque cette musique très Benny Hillienne déboule sans prévenir, d’autant qu’elle est utilisée à plusieurs reprises (dès que Renfield apparaît, en fait). Le film qui se drapait jusque-là d’une ambiance mortifère bascule soudainement dans la farce et de manière plutôt malheureuse… Et tant qu’on parle de Benny Hill, difficile de ne pas songer à l’humoriste anglais lorsque l’on voit le carrosse venant chercher Renfield passer en accélérer sur un bruitage disons… particulier…

 

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Mais que cela ne vous empêche pas de découvrir Nosferatu, qui vaut bien entendu le coup d’œil d’un point de vue historique, mais également parce que le film tient toujours la route, près de 90 ans après sa sortie. Surtout lors des scènes mettant le vampire en scène, comme l’arrivée du pauvre Harker dans le château du pestiféré démon. A priori seul, Harker avance avant de voir la silhouette du maître des lieux se former, sortant de sous une voute qui semble ne mener qu’aux ténèbres les plus profondes. Et puis il y a la scène de fin, la fameuse montée des escaliers qui imprima l’inconscient d’une ribambelle d’amoureux du cinoche qui fait peur. Un film qui aura gardé son aura intacte, qui distille une atmosphère unique, onirique. On ne sait jamais si les personnages ne rêvent tout simplement pas dans Nosferatu, tant tout semble irréel. Plusieurs réalisateurs s’en souviendront, comme Werner Herzog qui en fit un remake avec Klaus Kinski ou encore Elias Merhige qui se servit de la légende selon laquelle Max Schreck était un vampire pour narrer le tournage du film dans le très sympathique L’Ombre du Vampire. Même Tobe Hooper y va de son tribut en faisant des vampires de son double téléfilm Les Vampires de Salem des clones de celui de Murnau. Ca ne loupe d’ailleurs pas, ils sont flippants, tout comme l’original. Alors faites-vous plaisir et offrez-vous un petit frisson old-school, vous ne le regrettez-pas. Peut-être même que vous en resterez comme les personnages: sans voix !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Friedrich Wilhelm Murnau
  • Scénario: Henrik Galeen
  • Titre Original: Nosferatu, eine Symphonie des Grauens
  • Production: Albin Grau
  • Pays: Allemagne
  • Acteurs: Max Schreck, Greta Schröder, Gustav Von Wangenheim
  • Année: 1922

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