Better Watch Out

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Certes, pour le Noël blanc, on repassera, aucun bonhomme de neige ne daignant pointer le bout de son nez pointu puisque les flocons se refusent à tomber. Mais ce n’est pas parce que le cadre est moins idyllique que souhaité qu’il faut se pourrir la soirée pour de bon en se calant devant un bêtisier où de mauvais présentateurs font semblant d’êtres touché par un incroyable fou-rire. D’autant que si c’est la rigolade que vous traquez en cette saison des bûches au moka, Better Watch Out (2016) pourrait bien être la pelloche à poser sous le sapin. Attention cependant, le rire sera jaune et la chro qui suit en profite pour glisser quelques spoilers dans vos chaussons, on vous conseille donc de mater le film avant de la parcourir...

 

 

Si le genre du Christmas Movie dégueule littéralement de films et téléfilms familiaux, où le bon sentiment et la bonne morale chantent en choeurs, adossés dans la poudreuse en balayant des bras pour faire de zolis anges, le cinoche d’horreur n’a jamais oublié qu’il y avait quelque-chose de jubilatoire à venir ternir l’image de ce que le pékin moyen considère comme la plus belle des journées. Faites vos jeux, en somme, et choisissez votre camp braves gens : rejoindrez-vous la petite sauterie en mode tenue de soirée exigée (comprendre qu’il vous faudra porter un vieux pull tout moche avec des rênes mal tricotées dessus) à vous taper le surestimé L’Etrange Noël de Monsieur Jack et ses agaçantes chansons ou le toujours efficace Maman, j’ai raté l’avion ? Ou serez-vous plutôt du genre à aller vider quelques bières bon marché et écraser des canettes vides sur votre front devant Douce Nuit, Sanglante Nuit, Black Christmas ou Jack Frost (pas le Micheal Keaton hein, mais celui voyant Shannon Elizabeth se prend un bon coup de carotte) ? Pour Chris Peckover, il n’est pas question de choisir entre le petit bonbon familial et le coup de hache hivernal pensé pour faire criser la mère de famille pour qui Noël rime avec messe de minuit, le réalisateur du found-footage politico-horrifique Undocumented (présenté comme ça, ça ne vend pas forcément du rêve, faut bien l’avouer) posant une fesse sur chaque chaise. A raison, son Better Watch Out se montrant on ne peut plus sympatoche.

 

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Ah, Noël… Ses bonnes familles de neuneus venues chanter des conneries sur le pas de votre porte, ses mioches passant à toute berzingue en luge, ses hypermarchés bondés de patriarches fatigués d’avoir à faire la queue pour chercher un plat de homards pendant que bobonne met quinze ans à choisir quelles serviettes elle mettra à table… Pour le jeune Luke (Levi Miller, le Peter Pan de 2015), ce jour saint est surtout l’occasion de tenter de draguer sa jolie baby-sitter Ashley (Olivia DeJonge, The Visit). C’est que la belle va bientôt déménager et que les chances de goûter à ses lèvres sucrées vont sacrément s’amoindrir ; s’agit donc de ne plus se louper et d’espérer que l’esprit des fêtes fera oublier à cette ado de 17 ans que Luke a cinq années de moins au compteur. Mais alors que le petit homme tente vaille que vaille de se faire passer pour le plus badass des hommes en sifflant une bouteille de champ’ devant un gore movie, des individus comme toujours habités de sombres intentions décident de s’en prendre à eux. Serait-ce là les agissements de deux des anciens petits d’Ashley, possiblement agacés que la demoiselle s’envole vers d’autres cieux en les laissant dans leur petit patelin sans histoire ? Vitre brisée par une brique sur laquelle est inscrite un petit mot doux du genre « Vous sortez, on vous zigouille », porte ouverte alors que les héros étaient persuadés de l’avoir fermée, intrus débarquant avec cagoules et fusils à pompe, silhouettes lugubres passant devant les fenêtres,… Nul doute, Peckover a ouvert son manuel du bon petit home invasion classique, histoire d’être certain que la soirée d’Ashley, Luke et de son meilleur pote Garrett (Ed Oxenbould, lui aussi présent dans The Visit) sente plus volontiers le kloug aux marrons que la bonne vieille glace au chocolat de chez Carte d’Or.

 

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D’ailleurs, le cinéphage qui en a vu plus d’une commence à s’inquiéter lui aussi de la part de buche de ce que l’on vient de lui servir. Certes, le glaçage est des plus pros et l’on sent que Peckover sait y faire, car si le filmage est classique et ne va jamais proposer la moindre idée nouvelle, l’ensemble est bien photographié et confortable pour nos mirettes. Mais tout de même, ces 30 premières minutes sentent un peu trop le déjà-vu, non ? Et les personnages semblent caractérisés à la truelle, tandis que les dialogues ne se décident jamais à dégainer la carte de l’inspiration, s’en tenant à des banalités et aux premières lignes venues à l’esprit du scénariste. Pour le dire autrement, Better Watch Out débute assez mal et commence à se diriger doucement mais sûrement vers le banc des remplaçants. Comprendre qu’il va se retrouver dans le même sac que ces divertissements honnêtes, pas forcément mal fichus, mais que l’on ne se retapera jamais parce qu’ils ne se distinguent pas assez de la masse… Et c’est là que Peckover se joue de nous, ce petit fûté prenant en vérité grand soin de faire croire au bouffeur de bandes d’épouvante averti qu’il est encore coincé devant un sous-The Strangers anonyme pour mieux le diriger vers autre-chose. Ne pas s’y tromper, donc, Better Watch Out cachant son duvet de loup sous un déguisement de petit chaperon rouge, et sous le vernis du teen movie pensé pour un public de djeunz mais qui n’oublie pas de caresser dans le sens du poil les vieux de la vieille (en invitant Virginia Candyman Madsen pour jouer la mère de Luke) se planque en vérité un tout autre film. Eh oui, toute cette histoire de sales types débarquant dans la maisonnée pour y liquider les jeunots, c’est du flan imaginé par Luke et son poto Garrett, le premier songeant à cette mise-en-scène dans l’espoir qu’elle l’aidera à montrer sa virilité à Ashley, dès lors censée lui tomber dans les bras. Une tactique qui ne portera bien évidemment pas ses fruits, et en découvrant le pot aux roses, la blonde pique une crise et promet de tout raconter aux parents du mouflet, qui décide pour la faire taire de lui en coller une et la faire tomber dans les escaliers. Changement de plan, et bifurcation dans le long-métrage : la menace n’est plus de prétendus assassins attendant sous une chute de flocons, mais un petit con machiavélique déterminé à séquestrer sa baby-sitter jusqu’à ce que celle-ci reconnaisse quel irrésistible gaillard il est. Direction le film d’enfants sadiques toute, avec en première ligne un Luke particulièrement vicieux et capable d’inviter les ex de sa bien-aimée pour leur jouer de vilains tours…

 

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Inutile de le préciser, ce chemin de traverse relance sacrément l’intérêt que l’on pouvait porter à Better Watch Out, qui garde une roue sur l’autoroute du produit bien fait mais toujours un peu industriel, mais s’éloigne également du tout-venant de la production actuelle. Certes, dans la forme, on se retrouve toujours face à un horror movie mainstream, avec ses coups de sang jamais gore pour ne pas faire décamper les plus impressionnables et son second degré de tous les instants. Et l’un dans l’autre, on ne navigue jamais très loin des mers de Happy Death Day, slasher humoristique de chez le père Blum, a côté duquel on pourrait sans problème ranger l’oeuvre de Peckover. Mais le fond change tout de même la donne, d’une part en ne cherchant jamais à excuser le comportement de Luke, salaud intégral à l’égo surdimensionné, se pensant être le centre d’un monde à ses pieds et voué à lui obéir, d’une façon ou d’une autre. Si un film réussi, c’est avant tout un méchant réussi, on peut dire que Better Watch Out a tiré en plein dans le centre de sa cible, tant cette petite crapule grimpe à grandes enjambées au sommet des vilains les plus détestables du septième art. Et alors que le second degré fréquemment de la partie aurait pu amoindrir la virulence du propos, cela joue paradoxalement en la faveur du personnage, dont les réactions infantiles tranchent de plus en plus avec l’atrocité de ses agissements. De petites vannes lourdingues typiques d’un pré-ado, de ceux ne pensant plus qu’au boule des jeunes filles, en crises d’enfant gâté faisant boudinette parce que l’on a osé toucher à ses affaires (en l’occurrence la pauvre Ashley), Luke ne cesse de se ridiculiser alors qu’il passe l’entièreté du film à tenter de prouver sa supériorité sur les autres. Un personnage plutôt bien écrit, si absurde et singulier qu’il pourrait presque lancer sa propre franchise, façon croisement entre Junior, le terrible et la série Dexter. Une personnalité si marquante qu’elle en engloutit le reste du casting, pas mauvais dans les faits (le pauvre Garrett, totalement dépassé par les évènements, est juste et touchant) mais fatalement plus fadasse à côté de ce génie du Mal. Même Ashley, petit bout de femme pleine de ressources, ne parvient pas réellement à s’extraire de son rôle de final girl typique, certes plus vaillante et dure à cuire que la moyenne, mais totalement écrasée par la présence de Luke.

 

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Version vicieuse des Home Alone, saga à laquelle est d’ailleurs payé un tribut coloré, Better Watch Out, s’il garde quelques défauts dans sa besace et souffre d’un taux de prévisibilité élevé, s’en sort avec les honneurs. Sans rejoindre le peloton de tête des meilleures bandes du genre de la décennie 2010, il se garde une place bien au chaud dans la catégorie des belles surprises et vaut, contre toute attente, pour la psychologie de son premier rôle. Au vu de l’incapacité du cinoche actuel à créer des figures mémorables niveau épouvante, on ne peut que se réjouir de voir les rangs des boogeymen grandir un brin avec ce petit bout de chou, qui va se coucher avec son joli pyjama sur le dos après foutu un souk pas possible. Pour le coup, une suite ne serait peut-être pas de trop, le délire de l’enfant sage enchaînant les tueries pouvant donner naissance à une franchise intéressante…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Chris Peckover
  • Scénario: Zack Kahn, Chris Peckover
  • Production : Sidonie Abbene, Paul Jensen,…
  • Pays: USA, Australie
  • Acteurs: Levi Miller, Olivia DeJonge, Ed Oxenbould, Aleks Mikic
  • Année: 2016

2 comments to Better Watch Out

  • Roggy  says:

    Totalement d’accord avec toi sur l’originalité et la qualité du film vu en festival, ainsi que la comparaison avec le très bon Happy death day. C’est à noter car c’est assez rare pour des péloches récentes.

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