La Sentinelle des Maudits

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Fréquemment résumé au statut de gros bourrin réactionnaire orchestrant les massacres de loubards de Charles Bronson dans les Death Wish, Michael Winner, entre deux séances d’auto-justice, prouvait qu’il savait faire preuve de finesse au sein de La Sentinelle des Maudits (1977). Une délicieuse descente aux enfers à laquelle Elephant Films offre un lifting HD.

 

Attention, cette chronique risque de spoiler ça et là. Z’êtes prévenus.

 

 

Depuis que la Universal lui a ouvert ses archives, l’éditeur bien de chez nous Elephant Films s’en donne à coeur joie et rappelle que si la légendaire major hollywoodienne sera toujours connue pour son beau bestiaire des années 30, elle n’en avait pas pour autant lâché l’épouvante lors des décennies suivantes. Pendant que la momie repassait ses bandages et que le monstre du vieux Frankie essuyait ses boulons, c’était entre autres un squale mangeur d’hommes, une bagnole pilotée par le Diable en personne ou quelques vieillards se racontant des histoires flippantes près d’un feu de cheminée qui furent engagés par la Universal pour terroriser la veuve et l’orphelin. Au milieu de ce joli cirque, La Sentinelle des Maudits, adaptation d’un roman de Jeffrey Konvitz par Michael Winner himself, s’amusait à persécuter la jeune mannequin Alison Parker (Christina Raines, parfaite dans le rôle) en l’installant dans une drôle de bâtisse. Si ce vieil immeuble est aussi charmant à l’extérieur qu’à l’intérieur, il a pour principal défaut d’abriter des locataires plutôt désagréables. Passe encore le vieux curé (John Carradine, La Maison de Dracula pour rester dans le giron de la Universal) scotché à sa fenêtre vivant au-dessus d’Alison, bien que sa prétendue paralysie ne semble pas l’empêcher de faire un boucan de tous les diables lors de certaines nuits. Plus difficile par contre de tolérer les intrusions du vieux Charles Chazen (Burgess Meredith des Rocky), étrange bonhomme débarquant chez vous avec toute sa ménagerie, ou ces deux lesbiennes n’hésitant pas à se masturber devant une Alison qui n’avait pas besoin de ça. Troublée depuis que l’épouse de l’avocat (Chris Sarandon, Vampire vous avez dit Vampire?) avec lequel elle fricote s’est donnée la mort en sautant d’un pont, notre héroïne souffre d’une santé fragile et voit son moral encore pourfendu lorsqu’elle apprend que son père vient de décéder. Pas une grande perte pour l’humanité, le vieux daron n’étant pas présenté comme une grande figure de bonté : alors qu’elle était encore une frêle adolescente, Alison le découvrit au lit en train de festoyer avec deux demoiselles de peu de vertu. Récompensée par quelques claques administrées par le vieillard, rendu furieux par cette intrusion, le gamine se trancha les veines quelques minutes plus tard… Est-ce la mort de ce paternel tourmenteur qui fait perdre pied à notre top-modèle ? La culpabilité d’être probablement à l’origine du suicide de la femme de son dandy de boyfriend Michael Leman ? A moins que cette demeure ne cache un terrible secret ? Et si c’était un peu tout ça à la fois ?

 

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Pourquoi trancher, d’ailleurs ? A priori désireux de peindre une fresque plutôt ambitieuse, Winner balance tous ces éléments dans son The Sentinel, film rendu fleuve de par son inondation de thématiques sans que doive en souffrir la durée du métrage ou son rythme. Le papa du Justicier dans la Ville serait-il plus habile que ce que sa réputation laisse imaginer ? Si le troisième Death Wish ne plaide pas particulièrement en sa faveur – et ce n’est rien de le dire tant cette Série B sauvage flatte les instincts les plus bas de son audience, plutôt aux anges devant le résultat par ailleurs – La Sentinelle des Maudits dévoile un auteur bon jongleur, tant le résultat final parvient à raccorder quatre ou cinq sous-intrigues sans donner l’impression de verser dans les excès. Au contraire, cette surabondance d’informations sur Alison et son entourage concourt à dresser une terrible logique, le premier rôle féminin de The Sentinel semblant englouti dans une spirale infernale, dans laquelle Alison reproduira les moments troublant de son enfance (son père trompait sa mère, elle participera à l’adultère de celui qui deviendra son Michael) et poussera autrui à l’imiter (elle tenta de se suicider, la femme de Michael fit peut-être de même par sa faute, même si on apprend en fin de métrage que les choses sont plus complexes qu’il n’y paraît). Du thriller psychologique tout ça, avec participation d’une police cherchant bien évidemment des poux à Alison et Leman, mais servant de tremplin à une horreur atmosphérique à la Roman Polanski. Rosemary’s Baby ne semble en effet jamais bien loin, peut-être même logé dans le même pâté de maison, Winner empruntant cette idée de la demoiselle entourée de voisins aux intentions douteuses.

 

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Néanmoins, et puisque Dick Smith a fait des merveilles quelques temps auparavant en faisant tourner la caboche d’une petite gerbeuse possédée par le démon, il est décidé de ne pas totalement rester dans la plaine de l’épouvante tenue en laisse. Pourquoi, par exemple, ne pas aller chercher quelques truffes dans la forêt du gore ? Chose faite avec le découpage d’un nez au couteau à pain, ustensile servant aussi à labourer le même visage au niveau de l’oeil ! The Sentinel s’autorise tous les dérapages, comme s’il était conscient que sa première partie, d’un calme d’église, ne préparera pas le spectateur, dès lors pris par surprise, au déchaînement plus infernal à suivre. Un dernier acte dérangeant, où vieillards lubriques et meurtriers côtoient de vieilles cannibales hilares ou de réels freaks, dans une monstrueuse parade où même les envoyés de Dieu ne semblent pas à une violence près. D’ailleurs, la légion du Malin n’est pas nécessairement plus effrayante que les mangeurs d’hosties, les uns comme les autres rivalisant de messes basses (uh uh) pour arriver à un final particulièrement sombre. La Sentinelle des Maudits semble dans tous les cas bien de son époque, au point qu’il semble être la définition exacte et parfaite d’un pan entier du cinéma d’horreur des seventies, coincé quelque-part entre L’Exorciste (pour le duel que mène une femme très moderne avec des forces antiques) et le Trauma de Dan Curtis (l’importance de la demeure, le mystère entourant John Carradine). Petite bombe d’un Winner n’ayant jamais aussi bien porté son nom, The Sentinel jouit en outre d’un casting quatre étoiles conviant vieilles gloires de l’effroi (Meredith s’est retrouvé dans des productions de la Amicus, Caradine n’est plus à présenter, Arthur Kennedy se retrouva dans L’Antéchrist et Le Massacre des Morts-Vivants) et futures stars du cinoche visqueux (se croisent Jeff La Mouche Goldblum, Christopher Dead Zone Walken et donc Chris Jeu d’Enfant Sarandon). Même Tom Berenger vient passer le bonjour dans l’un de ses premiers rôles, c’est dire si The Sentinel est un carrefour où se croisent un maximum de talent. Logique pour un film de classe supérieure.

Rigs Mordo

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  • Réalisation: Michael Winner
  • Scénario: Michael Winner, Jeffrey Konvitz
  • Production: Michael Winner, Jeffrey Konvitz
  • Titre original: The Sentinel
  • Pays: USA
  • Acteurs: Cristina Raines, Chris Sarandon, John Carradine, Burgess Meredith
  • Année: 1977

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