Strangeland

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Elles nous font toutes le coup : qu’elles soient popstar ou cantatrices bluesy, elles finissent toujours par vouloir quitter les stades et leur public chantant pour remplir les salles obscures et draguer le septième art. Pas de raison que Dee Snider, des rockeurs Twisted Sister, ne rejoigne pas les rangs des Beyonce et autres Jennifer Lopez, puisque s’il est un homme avec le service trois pièces bien accroché, lui non plus n’a jamais craché sur une séance de maquillage. Logique que le chevelu suive les traces de pas de ses copines et vise le cinoche via Strangeland (1998), dans lequel il se transforme en tueur en série sadique adepte du piercing.

 

Et hop, un exemple de plus du métissage habituel entre horreur et metal, et pas l’un des plus obscurs pour le coup, Strangeland étant de ces Séries B qui disposèrent d’une distribution plutôt correcte un peu partout. Il faut dire que Dee Snider fut l’une des icônes du hard rock des années 80 et que son nom résonnait toujours dans quelques boites crâniennes pleines de tifs, y compris dans des années 90 largement passées dans le camp de l’ennemi s’apitoyant sur son sort qu’est le grunge. Et puis, en demandant à Robert Englund de venir cachetonner, comme à son habitude, la production s’assurait des ventes un peu partout sur le globe. La bonne époque en un sens, celle où le père Krueger vendait encore quelques caissons de VHS ou DVD, trouvables dans ce cas-ci on ne peut plus facilement, y compris dans quelques grandes surfaces. C’est dire si l’on pensait que ce DTV allait casser la baraque et dévisser les têtes de quelques metalheads restés coincés sur « We’re not gonna take it », le tube des Twisted. Alors, ce Strangeland que Snider porte à bout de bras (il y joue l’un des premiers rôles mais l’a aussi écrit et produit), au point de développer par la suite une bande-dessinée sacrifiée au personnage qu’il incarne dans le film, un vrai succès ? Pas vraiment, car si des rumeurs régulières font état d’une possible suite – le train est pourtant passé depuis longtemps et il sera difficile d’y retrouver une place assise… – on ne peut guère parler de hit planétaire. Et encore moins critique, puisque cette petite œuvre réalisée par John Pieplow (Jurassic Women) se fit lacérer par la critique et une bonne part du public fantastique.

 

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Ca peut se comprendre, car sans être une purge innommable, l’entrée dans le septième art du grand blond aux dents limées a toutes les peines du monde à tenir la comparaison avec les aînés auxquels elle se frottent. Soit les thrillers craspecs dont raffolent les masses à la même époque, Strangeland se rêvant sous-Seven ou sous-Le Silence des Agneaux pour finalement n’être qu’un sous-Résurrection avec Totophe Lambert. Oui, on baisse tout de suite de trois ou quatre crans avec cette maigre histoire, voyant le vicieux Captain Howdy (Snider lui-même) draguer de la jeune belette sur le net pour mieux les tirer à lui et les torturer dans son antre. Et en kidnappant la fille du flic Mike Gage (Kevin Gage, Laid To Rest, May et Amusement), Howdy s’attire comme de juste les foudres de ce dernier, qui jure de l’arrêter et de lui faire passer le pire des quarts d’heure. Une petite enquête indigne du plus pourrave des épisodes de Navarro plus tard, le bourreau est effectivement arrêté et bazardé dans une cellule capitonnée de l’asile le plus proche. Quatre années passent, et ce colosse tout en tatouages et boucles d’oreilles sort pour bon comportement, à priori totalement guéri et devenu le plus choupinet des hommes. Mais est-ce que la haine du bon peuple, mené par un Robert Englund aviné et nous la jouant white trash, ne va pas réveiller le loup sommeillant dans l’agneau et lui donner envie de repartir comme au bon vieux temps ? La réponse est bien évidemment dans la question, et le script tout entier se base sur le jeu du chat et de la souris que se mènent Police et meurtrier. Et tout cela par écrans interposés, Strangeland tentant de surfer sur l’arrivée progressive d’internet dans les foyers (pour rappel, nous sommes en 98 et personne n’allait mater des vidéos de pets enflammés sur Youtube) pour donner un peu d’originalité à son psycho-thriller du reste fort banal.

 

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Bien sûr, le personnage de Howdy, avec ses tatoos partout sur la tronche et ses tétons percés fait dégringoler l’ensemble dans un univers goth/industriel alors plutôt en vogue (remember The Crow) et se drape d’une bande-son métallique qui change du tout-venant. M’enfin, d’une part tout cet attirail destroy ne peut sauver du naufrage un scénario incroyablement basique et qui tourne en rond après vingt minutes. D’une autre, même s’il est question de bouches cousues, de glands transpercés et de types pendus à des crochets, cela ne semble jamais prêter à conséquence et plusieurs minutes de ces sévices mettent moins mal à l’aise que dix secondes de Ted Levine qui se coince la bite entre les cuisses. Et c’est un gus n’ayant jamais été retourné par Silence of the Lambs qui vous le dit… Et puis c’est triste à dire mais flotte une odeur d’inachevé dans ce Strangeland pourtant intéressant sur le papier. Car il y a de quoi avoir la tique en imaginant ce qu’il aurait été possible de faire de ce parcours d’un ancien détraqué devenu tout timide, et que quelques cathos levés du mauvais pied replongent en enfer. Difficile d’ailleurs de ne pas voir dans ce pitch un lien entre les déboires connues par Dee Snider et la justice, et plus particulièrement avec Tipper Gore, femme du Al, bonne chrétienne et créatrice des autocollants Parental Advisory: Explicit Content sur les CD. Vous savez, ce sticker blanc et noir qui plutôt que de faire fuir les ados les attiraient tous, pressés qu’ils étaient de défier l’autorité et les recommandations des politiques les plus coincés. Bref, entre Snider et Howdy, il n’y a pour seule différence que l’un chante la rébellion et l’autre la pratique en plantant des aiguilles dans la chair de ses victimes, pour un résultat à peu près identique : tous deux sont des freaks incompris par la société, pas loin de vouloir leur peau. Un point de vue digne d’intérêt, mais seulement effleuré le temps d’un ou deux dialogues, toute réflexion étant sacrifiée sur l’autel d’une efficacité par ailleurs toute relative.

 

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Vrai qu’on ne s’ennuie pas réellement dans cette enquête qui, à quelques échanges verbaux pénibles à côté de la machine à café près, va toujours droit au but. Mais ce n’est pas parce qu’il se passe toujours quelque chose que l’on en frémit pour autant, Strangeland étant paradoxalement assez mou, la faute à un Kevin Gage dévitalisé et une réalisation en bonne majorité digne d’un téléfilm du mercredi après-midi. En majorité car John Pieplow se sent quelquefois pousser des ailes, les séquences introduisant Howdy et le final et ses ralentis esthétiques montrant une facette plus méritante de cet artisan à la courte carrière. C’est bien simple, après Strangeland, y a plus rien ! Pas tout à fait immérité pour tout dire, d’autant que plutôt que comme un metal movie à la bande-son compilant groupes à l’ancienne (Twisted Sister bien entendu, mais aussi Megadeth ou Anthrax) ou jeunots à la mode en ce temps-là (Coal Chamber, Snot, Sevendust), on se souviendra surtout de ce petit Direct-to-Video comme d’une relique d’un temps perdu où les personnages parlaient d’aller sur internet comme Spock et Kirk causaient de changer de galaxie. Soit comme d’une pure épopée demandant un QI digne des plus grands savants. Marrant, et plein de comédiens typés « genre » (Amy Smart des Crank avec Statham ou le Mirrors de Aja, Robert Lasardo de Death Race avec Statham et Autopsy, Englund bien sûr), mais incapable de dépasser son statut de film d’un soir, que l’on virera de la couette dès le lendemain matin pour pourvoir déjeuner en paix.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: John Pieplow
  • Scénario: Dee Snider
  • Production: Dee Snider, David L. Bushell
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kevin Gage, Dee Snider, Robert Englund, Brett Harrelson
  • Année: 1998

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