The Child

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L’odeur de l’enfant vient du paradis, dit-on. A priori, celle de la jeune Rosalie sortirait plutôt du puits des enfers, la vilaine, malgré ses airs d’angelot aux poches pleines de bonbons, s’étant fait quelques bons copains parmi les zombies du cimetière d’à côté. Et puisqu’elle les nourrit en chatons, les revenants acceptent de l’aider à se débarrasser de tous ceux qui la gênent… Bienvenue dans The Child (1977), nouvelle preuve que le cinéma fantastique n’aime pas toujours les plus petits.

 

Qui a dit que le réalisateur était toujours la personnalité la plus populaire d’un projet cinématographique ? Pas le chroniqueur se penchant sur le cas The Child, petite Série B tombée dans l’oubli que tourne à la fin des seventies un Robert Voskanian disparu de la circulation par la suite. L’expérience aurait-elle été déplaisante ou le Robert n’aurait pas été satisfait du résultat de son dur labeur ? Reste que l’on sait peu de choses sur cet Iranien d’origine arménienne, venu étudier le cinéma aux États-Unis, où il rencontre Robert Dadashian, dont l’arbre généalogique trouve également ses racines Arménie. Se liant d’amitié, les deux hommes finiront par s’associer professionnellement pour le bien de cette petite Série B qu’est The Child, au générique duquel on croisera des noms moins anonymes balayant ceux de Voskanian et Dadashian. A savoir ceux de Ralph Lucas, acteur à ses heures (Terminal Force, Beverly Hills Vamp, et un zombie dans The Child) mais aussi scénariste (La Planète des Dinosaures), bien entendu installé au clavier pour rédiger le script du film. Et à la production et la distribution, on remarquera la présence de Harry Novak, ancien employé de la RKO passé à son compte dans les années 60 et à partir de là l’un des plus gros pourvoyeurs de bandes d’exploitation, tapant aussi bien dans le nudie que dans le thriller. Et bien sûr dans la pelloche horrifique, avec cette bizarrerie venant rajouter au genre un gosse maléfique de plus. Une potentielle petite copine pour le diabolique Damien ? Peu de chances, la Rosalie Nordon ici à l’oeuvre étant déjà bien entourée et ne cherchant pas particulièrement à se faire de nouveaux potes…

 

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Engagée pour servir de nourrice à la petite Rosalie dans un coin paumé de Californie, la jeune Alicianne découvre rapidement qu’elle vient de mettre le pied dans un autre monde dont il sera difficile de s’extirper, sa voiture se prenant un arbre alors qu’elle tentait d’éviter un bidon traversant la route. Bizarre dans une forêt, tout de même. Et pour ne pas la rassurer, la vieille bique du coin en rajoute une couche en lui assurant qu’il vaut mieux ne pas trop traîner dans les parages une fois la nuit tombées, les évènements étranges n’étant pas rares sous ces feuillages. Et on vous le donne en mille, la famille dont elle va s’occuper n’a rien de la tribu typique made in America s’empiffrant de pancakes en regardant le Superbowl. Rendus déprimés par le décès de Madame Nordon, le trio a plutôt tendance à tirer la tronche : le vieux marmonne dans son coin et ne semble bon qu’à faire des reproches, le fils, bien qu’au goût d’Alicianne, semble incapable d’aligner trois phrases d’affilée, et la fameuse Rosalie est la petite peste par excellence, gamine capricieuse ne tolérant guère les refus. Elle a d’ailleurs sa petite armée personnelle pour punir tous ceux contre lesquels elle a une dent, quelques cadavres ambulants vivant à quelques pas de chez elle et qu’elle semble manipuler grâce à des pouvoirs psychiques… Attention, OVNI en approche : The Child, c’est pas tout à fait la Série B ricaine comme on l’imagine d’ordinaire, avec ses ados cons comme du gravier et ses pimbêches dévoilant leurs courbes les plus secrètes, alors que rôde un marsupial mutant muni de quatre rangées de crocs.

 

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Peut-être est-ce là l’influence de nos deux auteurs Arméniens, mais les vilains tours de Rosalie ne ressemblent à rien de connu, The Child virant dès ses premiers instants à la rêverie cotonneuse. Véritable no man’s land, le petit coin de terre où se sont installés les Nordon semble appartenir à une autre dimension, vide de vie et où les quelques êtres vivants semblent tenaillés par la peur ou la tristesse. Voir cette vieille femme totalement tétanisée – à raison – par Rosalie, qui vient lui rendre des visites nocturnes en lui assurant qu’elle a « des amis qui seraient ravis de la rencontrer ». Une menace bientôt mise à exécution, cela va sans dire… Et voir aussi le père de la gamine, que l’on pourrait prendre pour son grand-père, totalement enfoncé dans une mauvaise humeur de tous les instants, et que l’on surprendra à éclater de rire alors qu’il raconte de macabres histoires d’empoisonnements à table. Des récits que Rosalie sait également apprécier puisqu’elle s’en payera une bonne tranche à son tour. Un peu à la manière d’Unhinged, slasher (si l’on peut dire) misant sur le malaise découlant d’une maison où vivent de drôles de femmes, ce seul et unique essai de Voskanian se plaît à créer un microcosme on ne peut plus weird. Si The Child ne se prive pas de quelques éruptions sanglantes (sympas ces visages arrachés ou ce crâne fendu à la hache), il trouve principalement son intérêt dans son climat brumeux, gothique sans trop l’être, et dans le caractère de sale gosse (c’est le cas de le dire) de sa Rosalie, vilaine plutôt mémorable.

 

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Merci d’ailleurs à ces contours oniriques, bien pratiques pour faire passer une réalisation pas toujours très sûre ou une post-synchro tout sauf naturelle, chacun des personnages semblant parler comme un robot mal branché ou un comédien débutant récitant son texte pour la première fois (c’est peut-être le cas, remarquez). De menus défauts absorbés par le côté strange de l’ensemble, l’identité de ce petit indie cheapie permettant finalement de tout accepter. The Child, une œuvre d’art plus qu’un banal film d’exploitation ? On peut en tout cas le penser, notamment en découvrant ces morts-vivants assez étranges, maquillés comme Van Damme à la fin du quatrième Universal Soldier ou comme des gus fêtant Halloween, et qui viennent attaquer Alicianne dans une usine désaffectée. Pas des plus classiques, et de quoi faire regretter que la carrière de Voskanian s’en soit arrêtée là, tant le bonhomme semblait profiter d’une sensibilité à milles lieux du tout-venant de la production fauchée de l’époque. Sans aller jusqu’à crier au trésor caché des cavernes du B-Movie, on ne peut que regretter que cet étrange amitié entre une petite fille et ses copains les morts reste immémorée.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Robert Voskanian
  • Scénario: Ralph Lucas
  • Production: Robert Dadashian, Harry Novak
  • Pays: USA
  • Acteurs: Laurel Barnett, Rosalie Cole, Frank Janson, Ruth Ballan
  • Année: 1977

 

 

2 comments to The Child

  • Roggy  says:

    Merci pour cette découverte qui a l’air bien sympa et assez rare.

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