Gungala, la vierge de la jungle

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En cet automne tout gris, la meilleure des surprises nous vient peut-être des usines Artus Films : comprendre l’édition DVD du diptyque Gungala, qui ouvre une nouvelle collection dans le catalogue de l’Ours, celle des Filles de la jungle. Miam ! On attend maintenant les Tarzana et autres Luana dans le même panier. Après tout, Jane n’avait qu’à bien se tenir…

 

 

Gungala donc, ou La Vierge de la Jungle dans sa première apparition (Gungala – La Vergine della Giungla, 1967). Comme l’explique Julien Sévéon dans un module sacrifié au sous-genre jungle girls, Gungala est de ces récits d’aventures fabriqués suivant le fil de l’expédition en milieu hostile et de la péripétie afférente. Direction l’Afrique donc, le long du Fleuve Kotoco, dans la forêt de Gassau, où nos aventuriers partent à la recherche d’un gisement d’uranite pour une grosse société d’exploitation énergétique. Sauf que le patron de l’équipée, le dénommé Wolf, a d’autres plans en tête : en effet, le gars est totalement obsédé par un diamant gros comme le point qu’il perdit autrefois dans cette jungle, suite à une drôle d’embrouille. Manque de bol (quoique…), le joyau se trouve désormais entre les deux petits seins de la « panthère humaine » Gungala, qui hante la forêt congolaise… Bien sûr, moult dangers attendent nos Indiana Jones en bermuda – serpents, panthère, indigènes – jusqu’à cette stupéfiante rencontre avec ladite Gungala : brune incendiaire aux yeux bleus, sauvageonne aussi séduisante que bronzée, qui vit à poil au milieu des fauves et des singes et passe son temps à gambader – au ralenti – dans la verte alentour. Une nouvelle Eve en quelque sorte, au cœur d’un film qui exploite d’abord (et avant tout) les jolies formes de Kitty Swan, mais dans une manière tellement naïve que cette toute petite pelloche force la bienveillance amusée du spectateur. Prude et prudent, l’érotisme de Gungala est ici réduit à quelques bouts de seins et à deux ou trois morceaux de fesses (nous sommes en 1967), quand bien même il est permis d’aimer ce petit ballet aquatique de la donzelle en fin d’histoire, ou cette incroyable séquence de la parade nuptiale : chatte sauvage et farouche, Gungala fait la bête pour séduire le gentil blanc du film, subjugué alors par l’indomptable animalité de la belle… Hilarant ou poétique, c’est au choix. Et si l’on avait l’esprit mal tourné, on verrait presque un peu de perversité dans cette scène où la nénette est prise au piège dans les filets du salaud de service, plus séduisante encore lorsqu’elle est aux abois…

 

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Enfin bon, calmons-nous quand même : on est ici à mille lieues des cochonneries tropicales dont les Italiens se feront les spécialistes dans les décennies suivantes. Et si cette façon de films posait les cadres d’exactions futures bien plus glauques et bien plus osées, le film de jungle était encore très sage à cette époque. D’ailleurs, Gungala – La Vierge de la Jungle a le titre idoine, souvenir vague d’un âge d’or et d’un Paradis perdu, comme si le film reproduisait en mode bis le récit du péché originel. Bref, l’harmonie d’une nature édénique est ici brisée par la cupidité et la rapacité des Hommes, dans un film d’aventures à l’exotisme tout naïf : shooté du point de vue d’un blanc-bec (Romano Ferrara ici, auteur d’un fameux Monstre aux Yeux Verts quelques années auparavant), Gungala enquille tous les motifs et tous les clichés rattachés au Continent Noir : tribus indigènes aux religions primitives, missionnaires sympas, aventuriers bien mis avec casque colonial vissé sur la tête, sherpas évidemment superstitieux, tamtams entêtants… tout cela enchâssé dans un scénario résumé par la belle Linda Veras elle-même : « Une fille sauvage, un gros diamant et une idole mystérieuse« . Voilà tout. « Cette aventure pleine de mystères me fascine » déclare-t-elle encore à son amant, faisant mine d’oublier une mise en scène carrément statique, des dialogues inutilement explicatifs et les nombreuses longueurs d’un film pourtant bref (83 mn.), jusqu’à ce que le récit s’énerve un peu dans l’épilogue et que l’on apprenne enfin les origines de Gungala…

 

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Mais voilà : La Vierge de la Jungle a ces charmes surannés de l’objet anachronique, film d’avant la mondialisation pourrait-on dire, film d’avant cette transparence absolue, quand il y avait encore matière à découvrir et à s’émerveiller dans le vaste Monde, et quand la poésie brute du continent sauvage (faune, flore, et folklores) fascinait encore les gosses ou les grands enfants. Totalement démodé certes, mais tellement attachant dans sa candeur qu’il faut ici bénir Artus Films d’avoir exhumé ce petit film.

David Didelot

 

 

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Après s’être adonné au catch à la Grecque sur le Mont Olympe en compagnie des plus gros bras de l’Antiquité via Hercule l’Invincible et Hercule contre les Fils du Soleil, et maintenant qu’il en a fini de se dégueulasser les bottes dans les marécages du cinoche redneck pour la paire Gator Bait, voilà qu’Artus Films ouvre le livre de la jungle. Pas pour passer du bon temps avec un Mowgli chanteur ou un Tarzan hurleur cependant, l’éditeur, pas moins coquin que les autres, préférant reluquer sous la peau de bête de Gungala, La Vierge de la Jungle, jungle girl a la tête d’un film d’aventure volontiers sexy. Alléchant sur le papier, et aucun bisseux normalement constitué ne devrait rechigner à partir au vert pour poser sa caboche sur les belles gambettes de Kitty Swan, brunette en mode « sois belle et tais-toi » jouant donc plus facilement de son physique avantageux que de ses talents d’actrice. Evidemment, pour les bisseuses, ce sera une autre pair de manche, et tout spectateur et toute spectatrice ne tombant pas sous les charmes de la Kitty devra se rendre à l’évidence : on s’ennuie un peu dans ce buisson congolais. D’une part parce que le script est aussi à poil que sa Gungala, d’une autre parce que Romano Ferrara use d’une réalisation figée et vidée de toute inspiration, le bonhomme ne semblant retrouver un peu de vigueur que lorsqu’il filme au ralenti son héroïne gambader dans la brousse. Pour le reste, on songera à circuler puisqu’il n’y a pas grand-chose à voir, Gungala étant quasiment une guest-star au sein du récit censé la porter au premier rôle, la panthère (qui semble surtout traîner avec des léopards, m’enfin…) passant le plus clair de son temps cachée derrière un arbre à scruter les aventuriers blancs. Et plus précisément le bellâtre de la troupe, avec lequel elle se verrait bien batifoler dans les grandes herbes… Quelques coups de feu seront tirés par un vieux fourbe traquant une pierre précieuse que Gungala porte à son cou (pratique pour justifier les plans nichons, hein Romano !), et le félon devra comme de juste en répondre face aux gros chats accompagnant toujours la cocotte. Des péripéties africaines classiques, et pour tout dire peu mouvementées, le gros de ce premier Gungala se consacrant à d’interminables causeries… Reste la naïveté touchante de l’ensemble, mais mieux vaut tout de même s’armer de la touche accélération de sa télécommande avant de plonger dans ce film certes populaire, mais bien trop longuet…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Romano Ferrara
  • Scénario: L.A. Rotherman, Romano Ferrara
  • Production: Fortunato Misiano
  • Titre Original : gungala la vergine della giungla
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Kitty Swan, Linda Veras, Poldo Bendandi, Conrad Loth
  • Année: 1967

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