Les Hommes d’une autre Planète

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Pour un E.T. pacifiste et tombé dans nos prairies dans l’espoir d’y trouver une cabine téléphonique, combien de terribles despotes galactiques déboulant avec l’envie de faire des Terriens ses petits esclaves personnels ? Visiblement, en Asie, 100 % des visiteurs spatiaux seraient d’immondes salopards, et mieux vaut ne pas compter sur Les Hommes d’une autre planète (1976) pour inverser la tendance…

 

Dans la vie, il y a ceux qui se contentent du statut de petit joueur, de ce satané métro/boulot/dodo tant qu’il leur permet d’aller à la pèche au merlan le dimanche matin et de s’endormir devant Drucker l’aprem. Et il y a les autres, plus ambitieux, installés sur la Lune pour y construire un gigantesque miroir capable de refléter les rayons du Soleil et par extension bronzer le cul de toutes les planètes environnantes. Le gus en question comptant sur ce « Rayon de la mort » comme il l’appelle pour faire de lui l’empereur de l’univers, n’est autre que le roi de Mars, visiblement lassé de sa planète rouge et donc parti à la conquête de nouveaux coins de terre où il pourra prouver sa cruauté. Bien sûr, ce serait trop simple si son miroir hi-tech fonctionnait avec deux piles AAA, et pour le mettre en route il aura besoin d’une pierre magique cachée sous un temple Taïwanais. Ignorant où est localisée le fameux caillou, le roi, qui est coiffé comme un membre de Motley Crue et se trimballe une tronche de vieille liftée le faisant ressembler à Carla Bruni, décide de menacer le bon peuple. Capables de grandir en quelques secondes, comme à peu près tous les monstres issus du kaiju eiga, le king of Mars et son premier ministre descendent donc en ville pour piétiner des immeubles et foutre le feu à la populace, coupable de ne pas avoir rapporté la pierre magique dans des délais raisonnables. Le Martien l’apprend à ses dépens : le service postal sur Terre n’est pas encore au point. Au même moment, une bande de mouflets jouent au base-ball non loin du temple sous lequel repose la légendaire pierre, et puisque leur balle tombe dans un trou, le plus courageux des p’tits gars descend dans une grotte et y découvre une statue d’un Yaksha, divinité au grand coeur garnie d’une armure. Bonne pioche pour la marmaille, toute fière de pouvoir ramener à son daron antiquaire son incroyable trouvaille.

 

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Un bon papa flanqué devant la telloche à mater un film de kung-fu et troublé par les annonces des Martiens, pirates des ondes venus s’exprimer dans la petite lucarne. « Encore une publicité » soupire le père. Une pub pour quoi, des soucoupes volantes ? Soulagé de voir son gosse rappliquer à la maison alors que des envahisseurs font la java et font péter de la maquette en carton comme des attardés qui viendraient de s’acheter des pétards, mais aussi soulagé de ne pas se prendre une amende de la part de la police pour avoir signalé la disparition d’un enfant pas tout à fait disparu, le père se penche enfin sur le cas de la statuette, avec pour fond sonore ce qui pourrait être la pire bande-son d’un jeu Atari 2600. Et là, patatra, la petite famille s’évanouit, et c’est à la sœur, à priori scientifique dans un centre spatial, de découvrir que Yaksha est en fait bourré de radiations et a la possibilité de grandir pour devenir un guerrier de légende. Faudra d’ailleurs bien ça pour aller filer quelques claques aux Martiens, qui ont entre-temps mis la main sur la pierre magique et peuvent donc mettre en marche leur destructeur miroir. A Yaksha de s’envoler sur la Lune, vite rejoint sur place par un robot américain avec lequel elle ne s’entendra guère…

 

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Vous aimez les giant monsters mais vous avez tendance à trouver que les Godzilla ça jacte un peu trop avant de se donner des coups de queues (en tout bien tout honneur, bien sûr) et que les Bioman, Fiveman ou leur version ricaine Power Rangers c’est trop répétitif ? Votre truc, c’est plutôt les bisseries débridées façon Super Inframan, Hanuman vs 7 Ultraman ou Super Riders ? Bonne nouvelle, c’est à ce rayon qu’appartient Les Hommes d’une autre planète, réalisé par un Chen Hun-Ming déjà en bon terme avec le fantastique à base de gigantisme puisque son Zhan Shen (1976) mettait déjà en lumière une statue devenue vivante et maousse pour sauver la Terre d’une invasion d’extra-terrestres, eux aussi de la taille d’un immeuble. Quasiment le même scénario que ce Mars Men, qu’il tourne de plus la même année. A la différence près que cette fois, c’est à du deux-en-un que l’on fait face, et comme Super Riders et Hanuman vs 7 Ultraman, on se retrouve ici à une reprise d’un succès japonais, catapulté dans un univers thaïlandais ou chinois. Pas d’Ultraman ou de Kamen Rider à l’affiche pour le coup, mais la visite de Jumborg Ace, héros moins connu par chez nous mais assez populaire à l’autre bout du monde. Vous connaissez en tout cas la technique de ces petits malins que sont les producteurs : ces nababs font l’acquisition d’un film thaïlandais (ici Jumborg Ace meets the Thai Giant), ne gardent véritablement que les scènes de baston et virent tous les personnages humains, remplacés par des comédiens du coin et se font leur petite popote bien à eux. De quoi faire hurler les spectateurs les plus attachés à la vision initiale des réalisateurs de l’original, mais aussi de quoi soulever les caleçons des cinéphages en quête de pelloches déjantées. Et selon les experts, cette version remaniée et caviardée de quelques inserts pas trop envahissants (le mioche et son pôpa disparaissent une fois leur rôle rempli) serait nettement plus intéressante que la véritable. A plus forte raison si on lance la VF, bien évidemment d’époque…

 

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Vrai qu’il y a quelques moments de grâce que l’on doit surtout aux doubleurs bien de chez nous, surtout lors des scènes avec les Martiens. Tels des Laurel et Hardy d’une autre dimension, le roi et son premier ministre nous font un petit show humoristique, le premier ne cessant de traiter le second d’abruti, d’incapable ou de minus. Faut dire que pour un premier ministre, le gaillard ne semble pas très élevé intellectuellement parlant, voir son sublime « Allez, on y va et on casse tout ! » lorsqu’il a envie d’aller cramer tout ce qui bouge, ou son pathétique « Pitié ! Je ne suis qu’un pauvre Martien ! J’ai une femme et douze enfants ! » lorsqu’il se fait enfoncer dans le sol lunaire par le gros gourdin de la statue (ça sonne bizarre dit comme ça… et en fait ça l’est vraiment). Mars Men n’est pas tout à fait Avatar, et aux schtroumpfs de pixels partant vers d’épiques épopées, on préfère ici le confort du caoutchouc et les petites historiettes de SF, où des bad boys from Mars crachent des rayons laser roses par leur nombril, pour réduire en cendres des pilotes de navettes qui faisaient cinq minutes auparavant leur grand pitch bouffi de courage et de noblesse. Tout cela est gauche au possible, jusque dans les rixes entre monstres (deux dinosaures géants sont de la partie, youpi!), plus proches du catch entre deux clodos avinés que du kung-fu avec l’agilité d’une hyène intrépide. Pas grave tant que le spectacle est au rendez-vous sans retard, et on félicitera les coupes opérées dans les débats, qui s’éternisent tellement peu que lorsque les plus grosses têtes parmi les humains se réunissent pour faire le point, les Martiens interviennent pour abréger leurs discussions. On n’ira pas jusqu’à dire que Les Hommes d’une autre planète est un concentré d’action non-stop ne connaissant pas l’ennui, car quelques baisses de régime subsistent ça et là, mais le foldingue (dont une séquence en ombres chinoises assez glauque voyant les Martiens pendre quelques hommes) l’emporte ici toujours sur le soporifique (les passages entre les scientifiques).

 

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Pour saisir la bête et se prendre sa dose de missiles explosifs, de cheveux qui enroulent les héros ou de capes volantes, une seule épicerie, celle de Bach Films. Si l’éditeur ne fournit pas une copie de première classe, celle ici présente étant très usée – mais le film est rare et, de toute façon, ce type de productions ne va pas de pair avec la froideur de la HD – il fait le plein de suppléments. On passera rapidement sur les 20 minutes voyant Christophe Lemaire partager ses souvenirs (toujours les mêmes) et les trois de Luigi Cozzi, pour plutôt louer les infos distillées par André Dubois, qui programma Mars Men au festival Fantasia. Ou encore l’excellent module de Wafa Ghermani, spécialiste du cinéma asiatique, qui revient sur les liens ténus entre la production de Taïwan et la japonaise. Sympa aussi, ces quelques instants glanés lors du doublage anglais de la bobine, pas très utiles mais révélateurs de la passion entourant Les Hommes d’une autre planète. Et si les goodies vous branchent, 3 Lobbycards sont glissées dans le beau digipack, désormais disponible à des prix franchement bas. Aucune raison de se retenir de passer à la caisse, donc.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Cheng Hun Ming
  • Scénario: Ching-Chieh Lin
  • Production: Ching-Hua Fu
  • Titre Original : Huo xing ren
  • Pays: Taïwan
  • Acteurs: Chiang-Lung Wen, Bao Yu Wang, Han Chang, Yeh Fang
  • Année: 1976

2 comments to Les Hommes d’une autre Planète

  • Roggy  says:

    Malgré, a priori, les baisses de régime, le film a l’air plutôt fun. Dans un autre contexte mais pas si éloigné, je viens de mater « Les envahisseurs de l’espace » d’Inoshiro Honda. Moins de blagues, mais des ET méchants et des monstres géants.

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