L’Île Sanglante

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Puisque le gros bouillon rougeaud Les Dents de la Mer a autant profité à la Universal qu’au romancier Peter Benchley, il était entendu que tout ce beau monde piquerait une nouvelle tête dans une grosse Série B friquée qui prend la flotte. Et ce dans quasiment tous les sens du terme, puisque L’Ile Sanglante se déroule en milieu marin… mais fut aussi un sacré échec lors de sa sortie. Au point que sa star Michael Caine refuse toujours d’en causer au jour d’aujourd’hui…

 

Certains genres sont plus maudits que d’autres, et il est indéniable que le film de pirates se trimballe une horde de chats noir derrière lui. Car outre les vacances caribéennes pétées de thunes de Johnny Depp et Orlando Bloom, le genre, certes populaire à l’époque du noir et blanc, a collectionné les bides depuis les années 70. Remember L’Ile aux Pirates (1995), qui a bien failli avoir la peau de Renny Harlin, a plombé la carrière de Geena Davis et poussé le studio Carolco (Rambo, Total Recall, Cliffhanger) a la disparition. Et les autres exemples ne manquent pas, comme le prouve le sympathique bonus de Julien Comelli et Erwan le Gac disponible sur l’édition Blu-Ray de L’Ile Sanglante (1980), tout juste sorti des stocks d’Elephant Films, qui édite également La Nurse et La Sentinelle des Maudits. Le mammifère qui trompe énormément ne se fout donc pas de la tronche des fans d’épouvante, et leur fait même plutôt plaisirs avec ce The Island, pelloche rare (son échec commercial n’a sans doute pas aidé à en faire un classique des rayons DVD) mais devenue culte pour une petite poignée de cinéphiles bien informés. Et le plus souvent des fans de cinéma horrifique, genre auquel n’appartient pourtant pas totalement L’Ile Sanglante, grosse mixture tapant majoritairement dans le cinoche d’aventures mais s’autorisant des arrêts sur les aires du survival, de la comédie, du film d’enquête et de l’actioner. Ne pas se laisser avoir par ce point de départ sentant bon le slasher, où quelques vieillards partis péchés dans les eaux des Caraïbes se font éventrer ou se mangent des coups de hache sur le front de la plus gore des façons. On peut comprendre que certains rangent la pelloche non loin des méfaits de Jason Voorhees ou de tous ces déçus de la Saint Valentin parti crever des coeurs à coups de pioche. Tout comme on capte que certains voient dans les mésaventures de Michael Caine une version américaine, et donc plus proprette, des cannibals flicks que l’Italie usinait à la même époque.

 

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Reporter plus courageux que la moyenne, Blair Maynard (Caine) s’envole vers les Caraïbes avec son jeune fils Justin, 12 ans et déjà bon élève à l’école buissonnière. Visiblement pas plus attaché que cela à l’idée que son fils soit assis 8 heures par jour à tailler son crayon, Maynard lui promet d’aller à Disneyland une fois terminée son enquête sur le Triangle des Bermudes, la disparition de plusieurs bateaux de touristes dans les parages laissant penser au journaliste qu’il y a là un article à faire. Il ne croit pas si bien dire : après avoir survécu au crash d’un coucou de fer piloté par un incapable, les Maynard sont kidnappés par des sauvages des îles, des boucaniers se reproduisant entre eux depuis 300 ans dans le plus grands des secrets et vivant de ce qu’ils trouvent sur les embarcations touristiques s’égarant dans leurs eaux. Si Blair devient le toutou d’une blonde pour avoir vidé un chargeur dans le buffet de son mari, qu’il doit dès lors remplacer, Justin est très vite perçu comme un futur meneur par le chef de ces pirates crasseux (David Warner, The Omen, Tron, Titanic et Les Tortues Ninja 2). Se prenant au jeu, le gamin, à qui tout est désormais autorisé, y compris de tirer sur des êtres vivants, commence à renier son véritable père et souhaite rester sur le sable chaud de cet introuvable repaire… Logique finalement de songer aux délices anthropophages façon Cannibalis : Au Pays de l’Exorcisme et Le Dernier Monde Cannibale, tant on se retrouve enfoncés dans un récit traitant de l’esclavagisme subit par l’homme moderne suite à la folie d’une tribu dégénérée. Certes, les séquences gorasses se font moins nombreuses, et nos amies les bêtes s’en tirent à meilleur compte que chez Lenzi et Deodato. N’empêche que Caine se voit offrir une petite branlette de la part de celle qu’il épouse à contre coeur, comme aux grandes heures de Me Me Lai, et que celle-ci, punie d’avoir mal surveillé son concubin, sera maintenue par les siens alors qu’ils la piquent à l’entre-jambe avec une méduse.

 

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Ne sachant se décider entre la bande d’aventures tous publics et le glaviot trashos, The Island mute donc progressivement en une production excentrique, plutôt ambitieuse de par l’argent qui s’y trouve injecté (de nombreuses embarcations sont réquisitionnées, ça explose fréquemment, un avion se crashe) mais jamais totalement résolue à devenir mainstream. Une vraie curiosité, un peu longue (1h50 tout de même, et toute la partie avec le pilote d’avion est de trop) et répétitive (Caine tente une évasion toutes les cinq minutes), réalisée sans génie par Michael Ritchie (Fletch, L’Enfant Sacré du Tibet) mais avec une certaine efficacité (les attaques du début du film ne manque pas de tension). Pas forcément un indispensable pour faire bref, mais un essai singulier on ne peut plus plaisant, qui ne méritait clairement pas sa collection de récompenses aux Razzie Awards, ni que Michael Caine le renie, sa filmographie contenant bien plus mauvais que cette virée dans les cabanons des cousins incestueux du Capitaine Crochet. Arrête de délirer, Michael, L’Ile Sanglante c’est quand même moins chiant que The Dark Knight Rises, hein !

Rigs Mordo

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  • Réalisation: Michael Ritchie
  • Scénario: Peter Benchley
  • Production: David Brown et Richard D. Zanuck
  • Titre Original : The Island
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michael Caine, David Warner, Angela Punch McGregor, Frank Middlemass 
  • Année: 1980

2 comments to L’Île Sanglante

  • Roggy  says:

    Ce film pas des plus connus est une vraie découverte qui embrasse pas mal de genres en plus ou moins de bonheur. Certes, il est un peu long mais certaines séquences sont assez radicales comme la fusillade sur le bateau.

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