Frayeurs

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Et hop, nouvelle sortie de terre pour Fulci, légende du bis transalpin qui n’en finit plus de ressusciter de sorties en sorties, la haute-définition lui servant de bonne excuse pour jouer les phénix et faire son nid dans nos petits cinémas privés. Devenu un auteur dont la présence fantomatique nous semble constamment collée aux basques, apparaissant et disparaissant de nos étagères après nous avoir retourné le bide ou nous avoir aéré le cervelet, le grand Lucio nous rappelle qu’il avait déjà appris par coeur son tour de spectre immortel avec Frayeurs (1980).

 

Et de trois pour Artus Films, passé à la HD en grandes pompes cette année avec trois des œuvres les plus en vue du père Fulci : L’Enfer des Zombies et ses danses vaudous faisant zouker quelques conquistadores séchés en guise d’entrée, un Au-Delà constituant une tourbillonnante descente aux enfers comme plat principal servi saignant, et pour tout dessert cette grosse panna cotta noyée dans le coulis de framboises qu’est Frayeurs. Trois bisseries qu’on ne présente plus vraiment (mais on va le faire quand même, évidemment), et trois immanquables que l’on retrouve dans toute collection digne de ce nom, que l’on parle imports, antique DVD de chez Neo Publishing ou donc Blu-Ray version mediabook de chez Artus. Sachant qu’il ne faut pas se louper lorsque l’on cause septième art fulcien, le petit ourson bis a bien évidemment redoublé d’efforts en nous proposant des livrets instructifs (normal, c’est Lionel Grenier de luciofulci.fr et son équipe (dont Gilles Vannier de Psychovision) qui s’y collent tout au long de ces 80 pages, où ça causaille aussi Lovecraft) et moult bonus. Lionel Grenier again pour faire toute la lumière sur ce Paura nella città dei morti viventi bien sûr, mais aussi quelques forces créatrices passées sur cet incontournable de l’euro trash, comme l’art director Massimo Antonello Geleng, la  charmante Catriona MacColl ou un Giovanno Lombardo Radice toujours plaisant à écouter de par son absence de langue de bois. Et ce qu’il nous raconte les humeurs changeantes du réalisateur ou ses anecdotes à base de sauce aux champignons ou de clou dans la plante du pied. Du gros boulot encore une fois, et l’amateur qui n’aura pas encore fait chauffer carte de crédit et compte Paypal saura où s’approvisionner.

 

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Et ce même si on la connaît tous déjà, cette sombre affaire voyant l’un des portails de l’Enfer s’ouvrir après le suicide par pendaison d’un curé, à qui la mort ne sourira pas plus que la vie. Au même moment et dans le confort d’un salon transformé en salle de spiritisme, une Mary Woodhouse (MacColl) en transe tombe raide morte, à la grande surprise de tous ses convives. Vraiment cannée, la jolie blonde ? Bien sûr que non, et c’est au journaliste Peter Bell (Christopher George) de sortir de son cercueil la demoiselle, enterrée vivante. Par l’odeur du scoop alléché, Bell convainc Mary d’enquêter sur les étranges visions qui lui sont apparues lors de son vrai faux décès. Direction Dunwich (Lovecraft es-tu là?), où les habitants de ce petit patelin, dont le psychanalyste Gerry (Carlo de Mejo), luttent contre le retour de défunts venus les tourmenter des plus violentes des façons, Lucio Fulci oblige. Si Frayeurs bénéficie d’un statut d’oeuvre culte, c’est d’ailleurs parce qu’il n’hésite jamais à planter goulûment sa fourchette dans la viande bientôt morte d’un casting quatre étoiles (de Mejo, MacColl, George, Michele Soavi, Giovanni Lombardo Radice, Janet Agren, Perry Pirkanen… qui dit mieux niveau bisserie made in Italy?). Ni à attarder la lame dentée de son couteau sur les lambeaux de peau nécrosée de ses revenants, le Maestro Fulci ne faisant pas plus de cadeaux à ses morts qu’à ses vivants, certes opposés dans le récit mais réunis à l’écran par la somme de sévices qu’ils se doivent de subir. Le réalisateur de L’Emmurée Vivante malmène avec autant d’inventivité l’homme toujours vigoureux que l’adolescente trépassée, et si les uns se font vriller la tronche à la perceuse, vomissent leurs intestins ou se voient offrir une bouche d’aération à l’arrière du crâne, les autres endurent une décomposition avancée, des coups de poutre dans l’estomac ou se font tirer dessus quand ils ne prennent pas feu. Lucio n’aimait pas faire de jaloux.

 

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Ce sera d’ailleurs l’éternel argument des ennemis à la cause Fulcienne : Frayeurs, au même titre que L’Au-delà, est une belle parade gore favorisant les haut-le-coeur, mais guère plus. Vrai que Dardano Sachetti peine une fois encore à apporter un peu d’épaisseur à ses protagonistes, jamais caractérisés et donc livides en diable, au point que la pauvre Mary serait une simple cocotte venue faire le géranium de service si elle ne se voyait pas offrir une scène dévoilant que remplir son estomac est, à ses yeux, plus important que d’empêcher une prophétie infernale de se réaliser. Un peu à côté de la plaque, mais on prend ce que l’on peut pour tenter de donner un soupçon de personnalité à ces individus jamais attachants. Si ce n’est tout de même Carlo de Mejo, à la compassion touchante, et un Lombardo Radice toujours très à son aise lorsqu’il s’agit d’incarner des freaks que la société ne saurait tolérer. Mais on le sait, la psychologie et l’étude de caractère n’a jamais été le fort de l’horreur à l’italienne, la scénarisation étant encore une fois sacrifiée sur les autels de l’efficacité et de l’ambiance. Difficile de reprocher quoique ce soit en la matière à ce City of the Living Dead, les scènes aptes à scotcher le spectateur mal préparé à son siège s’enchaînant sans temps mort – peut-être aurions-nous tendance à reluquer nos gourmettes lors du passage situé dans la maison de Janet Agren, moins fort comparé au reste du film – tandis que le climat se fait pesant tout du long. Gros pouce levé à Sergio Salvati, dont la photographie au moins aussi blafarde que le teint de cadavre de Lombardo Radice apporte une aura de malédiction à une Dunwich étouffée par la brume. Peut-être plus que des effets gore toujours percutants, c’est cette sensation d’absence d’échappatoire qui fait de Frayeurs un cheval aux fers toujours bien accrochés et sur lequel on continuera de miser lors des décennies futures.

 

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Trop souvent réduit au statut de maître incontesté de l’euro trash tout en boyaux et en matière grise déchirée à la seule force des phalanges – ce qu’il est bien évidemment aussi – Fulci rappelle qu’il est également un grand de l’épouvante dite classique, celle plus portée sur la tension que les coups de sang. Il suffit pour s’en convaincre de se repasser les oppressantes errances du pauvre Bob (Lombardo Radice), jeune homme mentalement instable tombé nez à nez avec le spectre du prêtre qui s’est passé la corde au cou dans une maison abandonnée, et qui avant cela retrouve le corps rongé par les vers d’un nourrisson. Ambiance… Contrairement à un cinéma d’exploitation américain ayant rapidement oublié que la terreur naissait aussi d’un environnement, Fulci récupère le savoir-faire ancestral de la Hammer ou de la Universal question décorum, sans pour autant faire perdre à son art de l’effroi ses contours extrêmes et blasphémateurs. Pas la première fois que le petit homme aux lunettes s’en prend aux instances catholiques, mais force est de reconnaître qu’il frappe plus fort que jamais en faisant d’un abbé la clé menant jusqu’à un autre-monde, infesté d’âmes sombres pressées de plonger les vivants dans une nuit sans fin. Courageux, surtout dans une Italie où l’on n’en finit plus de boire de l’eau bénite en cannette. Si dans la crypte toxique on considère Frayeurs comme un peu en-deça des autres incontournable du metteur en scène (L’Enfer des Zombies, L’Au-delà, L’Eventreur de New York et La Maison près du Cimetière, donc), et que l’on préfère même quelques essais moins populaires (The Black Cat ou le sous-estimé Conquest), on ne crache donc jamais sur l’occasion d’aller user ses sandales dans une sublime nécropole souterraine, envahie par des cadavres ne rêvant que de grossir leurs rangs…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lucio Fulci
  • Scénario: Dardano Sachetti, Lucio Fulci
  • Production: Lucio Fulci, Fabrizio De Angelis, Luciano Martino
  • Titre Original :
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Carlo de Mejo, Catriona MacColl, Christopher George, Janet Agren, Giovanni Lombardo Radice
  • Année: 1980

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