Beyond the Gates

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Si le cinéma d’horreur considéré comme mainstream n’en finit plus de se blottir dans les bras translucides de la ghost story ou ceux sentant l’eau bénite du film d’exorcisme, avec ça et là un slasher ou un home invasion pour rompre la monotonie, cela fait déjà quelques années que les indépendants retournent en enfance pour taper dans le revival 80’s. Avec son jeu de société maudit dont les règles sont édictées par une vieille VHS, Beyond The Gates rappelle que son magnétoscope est toujours en état de marche.

 

Pour peu que vous soyez un marmot sorti des années 80 et aviez déjà développé un goût certain pour les goules aux dents cariées et les Vénusiens baveux, fortes sont les chances pour que la série de jeux de société Atmosfear vous soit familière. Avec ses publicités bandantes et sa boîte à faire tourner de l’oeil à tout monster kid qui se respecte, le jouet, sans devenir un phénomène vendant des cargaisons entières, marqua clairement les esprits et on comprend que plusieurs décennies plus tard quelques réalisateur débrouillards décident d’aller y puiser un peu d’inspiration. Il faut dire que l’univers du jeu s’y prête, avec son décor de cimetière, l’obligation qu’ont les gamers de noter leur plus grande peur sur un bout de papier, ses clés à récupérer lors de la partie, ses pierres tombales représentant les joueurs et, surtout, son Seigneur des Clés, horror host dictant ses lois à travers une cassette qu’il faudra bien évidemment lancer au début de la partie. Si avec le recul le bonhomme de la première version (car plusieurs Atmosfear suivront avec de nouveaux mectons macabres comme chef, comme le Baron Samedi), une sorte de gardien de crypte aux cheveux longs (non, je ne lui ai pas piqué son look), prête plus à sourire qu’il nous fait repeindre notre falzar couleur jus de pruneau, le zouave et son sinistre petit jeu s’est fait une petite place au soleil dans le coeur des gamins de l’époque. Ceux de la crypte toxique compris, d’ailleurs… Et il est certain qu’on retrouverait la bande magnétique et son champ de tombes dans un coin poussiéreux si on allait fouiner dans le grenier de Jackson Stewart et Stephen Scarlata, qui lui rendent ici un hommage à peine déguisé via Beyond The Gates (2016). Deux noms qui ne diront probablement rien à personne, le premier s’étant fait la main sur quelques courts nostalgiques façon Ninja Masters 4 : The Possession tandis que le second est un électricien de plateau passé chez Roger Corman (sur Carnosaur 3 et Dark Scorpion II) reconverti en producteur (le docu Jodorowski’s Dune), ici à l’oeuvre pour rappeler que les années 80 étaient quand même vachement cool et que leur petite production (à priori, le tout aurait coûté moins de 300 000 billets verts, mais pour une production Jon Kondelik, c’est pas forcément étonnant) compte bien faire comme si les nineties n’étaient jamais arrivées. Vraiment ?

 

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Car si ce n’est des prémices évoquant effectivement les glorieuses eighties, avec un vidéoclub abandonné pour ligne de départ et une bande-son toute en synthé en guise d’intro, Beyond The Gates bifurque assez vite vers le drame psychologique et fantastique comme il n’est pas rare d’en trouver depuis quelques années. Le genre de pelloches tentant tout leur possible pour vous refiler un petit spleen, avec ses désillusions de personnages trentenaires bouffés par une vie tout sauf facile, son ambiance pesante et presque silencieuse, voire même un doux pessimisme. C’est pas tout à fait l’éclate façon Critters 2 ou Monster Squad pour la faire brève, et les caractéristiques so eighties se retrouvent plus dans la forme (affiche aux couleurs rosées, les jeux de lumières de la dernière bobine, la fameuse cassette vidéo servant l’intrigue, la présence de Barbara Crampton comme maîtresse du fameux jeu) que dans un fond nettement moins fun que ce que l’on veut nous faire croire. Pas de franche rigolade ici, et peu de chances de se taper le cul au sol comme devant une vidéo d’un hippopotame qui pète, Beyond The Gate ressemblant à une version adulte et plus morbide d’un The Gate (1987) déjà tristounet par moment. Endeuillés par la mystérieuse disparition de leur daron, le sérieux Gordon (Graham Skipper, Almost Human) et le plus relax John (Chase Williamson, The Guest, John Dies at the End) ne se retrouvent pas après plusieurs années passées à ne pas s’adresser la parole pour faire la teuf, et c’est plutôt pour vider la baraque de leur père qu’ils doivent tenter de renouer des liens rompus depuis un moment déjà. On a connu circonstances plus adaptées pour se fendre la poire autour d’une partie d’UNO, et puisque Gordon est un ancien alcoolique qui fut à deux doigts – ou deux verres – de se montrer violent avec sa copine (Brea Grant du Halloween 2 de Rob Zombie) et que John est à moitié SDF, un climat lourd s’installe en quelques minutes à peine.

 

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Est-ce que l’arrivée du jeu de plateau Beyond the Gates, qui à la manière du Jumanji aurait enfermé le vieux des frérots entre deux lancés de dés, apportera à l’entreprise quelques sourires ? Pas vraiment, et malgré un pitch à la Empire/Full Moon, c’est plutôt du côté de Lucio Fulci (pour un final se déroulant dans l’au-delà) ou des films de fantômes récents (les apparitions spectrales lorsque Gordon tente de trouver le sommeil) que le réalisateur Jackson Stewart s’en va piocher. Le sérieux absolu est ainsi de mise, même lorsqu’un gars a la gueule qui explose ou qu’un autre se voit délester de ses entrailles, expulsées de son bide par une force invisible. Forcément déstabilisant au vu des promesses du poster, et aussi au regard de certaines paroles de chroniqueurs jurant par tous les saints que Beyond the Gates fait office de récréation particulièrement fendarde. On n’a pas du voir le même film, même si nous nous accorderons avec l’opinion générale pour dire que le résultat final est loin d’être désagréable, très bien interprété et au principe de toute façon séduisant malgré une exploitation laissant à désirer. Sans doute limités par un budget ne permettant que peu de folies, Stewart et son scénariste Scaralta n’ont jamais les coudées franches et se gardent bien de donner à leur board game des règles trop compliquées, celui-ci se résumant finalement à une partie de Jacques a dit avec une Barbara toujours assez affolante malgré les années (et ici co-productrice du film). Pas de suspense lié à un lancer de dé potentiellement fatal, pas de progression réelle dans la partie, Beyond the Gates, le jeu dans le film, se contente d’aller faire creuser ses protagonistes dans leur jardin ou les pousse à trouver tel ou tel objet dans la maison. Un peu frustrant lorsque l’on s’imaginait déjà face à un Zathura qui ne pardonnerait pas de tomber sur la mauvaise case… D’ailleurs, cette peu palpitante partie, malgré ses enjeux plutôt graves (tu perds, on te souffle ton âme), ne semble même pas motiver les personnages, qui la laissent en plan constamment pour aller grailler ou ronfler quelques heures. Le sens des priorités…

 

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Pas de quoi renvoyer son assiette en cuisine en demandant à parler au chef quand même, et pour une production faite avec les moyens du bord, Beyond the Gates s’en sort avec les honneurs et poignées de main chaleureuses. Mais il est permis de se demander s’il était bien judicieux de jouer la carte du coup de rétro vers les années 80 (surtout si c’est pour verser dans ces désormais fatigantes et trop communes bande-son pleines de synthés) alors que l’ensemble est finalement bien ancré dans son époque…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Jackson Stewart
  • Scénario: Stephen Scarlata, Jackson Stewart
  • Production: Jon Kondelik, Barbara Crampton, Jackson Stewart
  • Pays: USA
  • Acteurs: Graham Skipper, Chase Williamson, Brea Grant, Barbara Crampton
  • Année: 2016

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