Kolobos

Category: Films Comments: 2 comments

kolobosteaser

Sorti voilà près de vingt ans, Kolobos fait partie du club très select des slashers indépendants ignorés du grand public et par une bonne part des fantasticophiles, mais vénérés à mort par une poignée de connaisseurs. Secret bien gardé du genre et OVNI aux frontières de l’improbable, cet unique film du duo  Daniel Liatowitsch/David Todd Ocvirk (ça roule tout seul sur la langue) mérite en tout cas le détour…

 

Il y a des films comme ça qui ne se font jamais remarquer et nageront en sous-marin la majorité de leur vie, passant sous les radars jusqu’à ce que quelques plongeurs du cinéma horrifique parviennent à les attraper dans leurs filets. Et la plupart de ces heureux pêcheurs pensent généralement avoir mis la patte sur un gros poisson, les « on dit » étant dans le cas qui nous occupe ici majoritairement positifs tandis que les critiques ont pour une bonne partie déroulé le tapis rouge au boulot de la paire Liatowitsch/Ocvirk. D’ailleurs, tout content de mettre sur le marché une pelloche appréciée de Jean-Pierre Dionnet, l’éditeur Swift ne manque pas de rappeler que le poto JP s’est pris un sacré uppercut avec Kolobos. De quoi plutôt ouvrir l’appétit, effectivement, et donner envie de traquer cette bête méconnue, récit de la découverte d’une petite brunette nommée Kyra (Amy Weber, revue dans le pas gêné Transmorphers d’Asylum et le DTV Le Masque d’Halloween ) dans une ruelle sombre, le visage lacéré. Entendue par la police et quelques blouses blanches, la blessée raconte une histoire sans queue ni tête pour ses interlocuteurs, à base d’expérience sociologique dans une maison blindée de caméra et où aurait visiblement séjourné un affreux assassin. Secret Story mais sans Benjamin Castladi mais avec un émule de Cropsy ? Il y a de ça mais pas que…

 

kolobos1

kolobos2

 

Pour tout dire, Kolobos part fort mal, enchaînant les bévues plus que problématiques. On passera rapidement sur la VF, malheureusement seule piste audio disponible sur la galette répandue par Swift : elle nous ramène au temps des direct-to-video des nineties (le présent métrage date de 99) où deux comédiens se chargent des cordes vocales de tout un casting, et ce sans grande motivation. Mais difficile d’en faire le reproche à une production américaine de toute évidence peu responsable du travail de sagouin fait en France. Reste que ça n’aide pas vraiment à rentrer dans un trip déjà parsemé d’autres carences, dont la moins gênante est encore que l’ensemble met 40 bonnes et grosses minutes à démarrer. Oui, ça fait long, mais ce n’est pas gravissime en comparaison de cette entrée en la matière mal pensée, présentant tous les personnages par le biais de la caméra embarquée, façon documentaire tourné à l’arrache, alors que les premiers instants jouaient la carte de la vue subjective, le spectateur se plaçant dans les yeux de la pauvre Kyra. De quoi déstabiliser une audience mal préparée à la bizarrerie Kolobos, et même carrément faire décrocher les moins tenaces, qui n’auront de toute évidence pas grand-chose à quoi s’agripper. Et certainement pas des protagonistes appréciables d’ailleurs, le duo de réalisateurs, également au clavier pour le scénario, ne parvenant à dérouler qu’un paquet de stéréotypes, parfois aux frontières du cartoon. Si Kyra se révèle être une final girl crédible, rendue intéressante par ses lourds problèmes psychologiques (la brunette souffre de visions de cauchemars), le reste de la troupe tire définitivement l’ensemble vers le bas. De cette actrice blonde ne se prenant pas pour du crottin d’âne à cet humoriste raté dont le potentiel comique égale celui de Gad Elmaleh (zéro pointé donc), en passant par cet intello prétentieux, aucun n’est attachant ou au minimum agréable à suivre. Et mieux vaut taire la présence de cette employée de McDo, visiblement sortie d’un dessin-animé Nickelodeon, avec ses paillettes sur les cils, sa garde-robe ni faite ni à faire et son comportement de Fifi Brindacier new look et sous cocaïne. Pas de quoi donner envie de persévérer et voir ce que le destin réserve à cette « fine équipe », et l’envie d’éjecter le skeud du lecteur après 25 minutes de film finit par pointer, le combo doublage faisandé + personnages à baffer au fer à repasser + acteurs médiocres (les Oscars de la meilleur interprétations ne vont jamais pleuvoir sur Kolobos…) demandant tout de même une sacrée résistance… Heureusement, celle-ci est récompensée mille fois par la suite.

 

kolobos3

kolobos4

 

Si l’on avait un penchant pour l’exagération, on dirait que l’on tient là un incroyable cas d’objet filmique passant de la nullité crasse et absolue à la perfection totale. Oui, on s’emballe un peu, mais force est de reconnaître que la progression faite par Kolobos en quelques minutes est assez phénoménale : alors que le tout débute comme une Série B que l’on catégorisait déjà comme oubliable (au mieux), usant et abusant d’une méthode imaginée pour mettre les griffes sur le fric des teenagers tout en draguant les vieux de la vieille (apparition inutile de Linnea Quigley à l’appui), cette petite production indépendante mute progressivement en un véritable slasher artistique. Malins,  Liatowitsch et Ocvirk semblent comprendre qu’il ne sert à rien d’ajouter un sous-Scream de plus sur les rayons, et que plutôt que d’aller téter aux habituelles mamelles du genre (Halloween et ses amis), il vaut mieux aller voir ce qu’il se passer sur le vieux continent. Cap vers l’Italie dès lors, et plus précisément vers la villa Argento, le spectre du Dario période « j’ai le nez dans la poudre » planant sur cette maisonnée hi-tech, chacun de ses recoins étant décoré d’une caméra. Un Suspiria moderne ? Peut-être pas, mais on sent que nos deux auteurs gardent leur visite de l’école de danse allemande à l’esprit, allant même jusqu’à coller sur leurs images une bande-son à quelques notes du plagiat (Inferno y passe également). Et sur le plan visuel, on va bien évidemment verser dans des éclairages verts et rouges, venus contraster avec la grisaille de la ville et la blancheur de l’extérieur, attaqué par des chutes de neiges. Pour le moins séduisant, d’autant que cette belle tenue graphique s’accompagne de séquences que n’aurait, là encore, jamais renié le bis rital des eighties.

 

kolobos5

kolobos6

 

Comprendre par là que Kolobos ne se prive d’aucune folie, misant certes sur un assassin défiguré et particulièrement creepy (le fameux Kolobos, mystérieux assaillant s’étant arraché la tronche au rasoir), mais aussi sur des ustensiles rappelant plutôt le Hardware de Richard Stanley, des scies circulaires sortant du sol pour éventrer une cruche tandis qu’une pince s’en va arracher un pied. Sans compter cette douche à l’acide proposé à un pauvre homme, pour un effet très Saw avant l’heure. Et puisque l’on en est à brutaliser un peu tout le monde, ajoutons une face défoncée sur des gogues, un type emballé dans du cellophane puis égorgé et, last but not least, un empalement sur des bois de cerf convoquant aussi bien l’esprit de Fulci (vous vous souvenez de l’écharde de L’Enfer des Zombies ? Ben c’est repris ici) que la virulence de Douce Nuit, Sanglante Nuit. Cocktail bien mélangé, Kolobos a donc l’intelligence de faire son jus de plusieurs fruits aux arômes différents, créant au final une mixture unique, encore relevée par un final psychologique du meilleur effet. On ne révélera rien, quand bien même ce twist est on ne peut plus prévisible et que ses auteurs en jouent d’ailleurs, mais on ajoutera tout de même qu’il laisse un drôle d’arrière-goût en bouche et concourt à rendre la présente bobine mémorable. Bien dommage dès lors que les deux garnements à l’origine de ce massacre haut en couleurs et a la sensibilité plus affirmée que chez les petits voisins n’aient pour ainsi dire plus rien fait après, car on aurait bien repris une cuillerée de slasher étrange. Alors non, Kolobos ne s’offre pas au premier venu et demande une bonne dose de persévérance, mais les quelques élus ressortiront gagnants de cette drôle d’expérience.

Rigs Mordo

 

kolobosposter

 

  • Réalisation: Daniel Liatowitsch, David Todd Ocvirk
  • Scénario: Daniel Liatowitsch, David Todd Ocvirk, Nne Ebong
  • Production: Nne Ebong, Dana Altman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Amy Weber, Donny Terranova, Promise Lamarco, John Fairlie
  • Année: 1999

2 comments to Kolobos

  • Roggy  says:

    Je suis d’accord avec toi sur la qualité globale du film que j’ai dû voir lors d’une soirée télé nocturne. Ça date maintenant…

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>