Bad Trip 3D

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En direct de l’apéro, Artus quitte un temps ses sandales d’éditeur et prend la casquette de producteur, et tout cela pour le bien de Bad Trip 3D, unique tentative de found-footage en relief au monde. Une première qui s’arrose… au point de mal tourner dans un dernier quart d’heure horrifique, Artus oblige.

 

 

Pour ne rien vous cacher, le Bad Trip 3D (2014) de Frédéric Grousset (Climax) ne partait pas favori dans la crypte toxique. Parce que le found-footage, on n’est jamais vraiment rentré dedans, sachant nous contenter des une ou deux véritables réussites du genre comme The Bay, disqualifiant par avance le reste des troupes. Mais aussi pour cause de manque d’intérêt pour la 3D, ces dernières années devenue un argument commercial balançant plein de trucs à la gueule du spectateur dans l’espoir qu’il ne remarque pas la manque de profondeur du film devant lequel il s’est posé. Le comble pour un relief prenant dès lors des airs de gadget inutile. Bref, la première production d’Artus, on y croyait d’autant moins que l’on s’imaginait déjà témoins d’une beuverie entre potes qui nous laisserait sur le carreau, tel le convive sobre s’emmerdant dans son coin lors d’une Oktoberfest. C’est qu’avec son pitch voyant quatre mecs bourrés comme des déménageurs polonais fêter l’enterrement de vie de garçon de l’un d’eux jusqu’à tomber dans le dérapage incontrôlé, et avec son filmage « à l’arraché », on pensait se retrouver face à une vidéo Youtube montrant quelques copains faire les cons jusqu’au bout de la nuit. Pas nécessairement le rêve de tout bisseux, même si Bad Trip 3D promet une incursion dans le fantastique en fin de parcours. Mais encore faut-il tenir jusque-là, et être en mesure de s’enfiler les 50 minutes compilant les épisodes de la longue soirée de quatre gaillards : dispute avec bobonne, drague dans un petit bar (le Poisson Chatte!), danses de vieux ringards en boîte, baston de rue, strip-tease tristounet dans un entrepôt et jeux olympiques de l’urine au programme ! Bref, on se sent un peu entre le canapé de Project X, dans lequel des ados organisaient la teuf de leur vie, ou la comédie française Babysitting de la Bande à Fifi, et ça ne nous rassure pas des masses. Heureusement pour lui, Bad Trip 3D profite de personnages attachants et d’excellents comédiens.

 

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Alors qu’on soupirait déjà à l’idée de se taper la compagnie d’une poignée de mecs lourdingues, on se surprend à apprécier leurs délires, à rentrer dans leur douce folie, rendue crédible par des acteurs volontaires et crédibles dans leurs rôles. Si le cameraman Yohan interagit volontairement assez peu avec les autres et s’en tient à son rôle de spectateur pour, justement, laisser sa place à l’audience, devenant dès lors un personnage invisible (logique, il tient l’objectif du début à la fin) et donc peu attachant, il n’en est pas de même du trio restant. Que l’on parle d’un Gilles, brave gars tentant de protéger les siens et de garder autant de maturité que faire se peut dans une bombe où l’alcool côtoie les pires emmerdes. De Julien, qui se fera bientôt passer la bague au doigt et tente d’embrasser une vie plus respectable, résistant tant bien que mal aux assauts avinés de ses potos, qui l’agacent plus qu’ils ne l’amusent. Et bien sûr de Philippe, moustachu castré par sa femme à longueur d’année profitant de ces quelques heures où tout est permis pour se lâcher comme jamais, multipliant les conneries plus grosses que lui.  Retombé en adolescence, et un peu attardé sur les bords, Philippe propulse les siens dans une autre dimension, multipliant les gags stupides, comme filmer la culotte d’une nana lorsqu’elle va aux gogues. Bruits de pets inclus. La finesse, ça sera pour un autre jour, Bad Trip 3D adoptant un humour bas de plafond à la Jackass (ça tombe bien, la bande à Steve-O et compagnie, on est de gros clients par ici) qui risque de faire grimacer les réfractaires à la culture du MTV de la grande époque, celle de Beavis et Butthead.

 

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Bien sûr, entre deux verres et trois godets, l’ambiance devient progressivement plus lugubre, et des petites vannes entre camarades sur la fille assise deux mètres plus loin, Grousset passe progressivement à plus virulent. Le tout reste encore bon enfant lors du défilé de gifles en plein air avec un costaud, mais le sinistre atterrit sur nos écrans en même temps que les retrouvailles avec une amie d’enfance, payée pour se dessaper et chauffer un Julien attaché via des menottes de policier. Sauf que la maman de la nana vient tout juste de passer de vie à trépas et que l’ambiance n’est plus du tout à la java. Le road trip, très mad mais en aucun cas bad, s’amuse donc à se noircir à chaque étape, à jouer du malaise au fil de ses segments, jusqu’à une dernière partie faisant sien la légende de la Dame Blanche, fantôme de blanc drapé s’emparant des automobilistes imprudents. Artus le dit au dos de son DVD : on passe donc des folies à base de gueule de bois façon Very Bad Trip à la terreur forestière et à l’image tremblotante du Blair Witch Project, vision nocturne verdâtre incluse. Là, ça ne rigole plus du tout, car le spécialiste des maquillages gore David Scherer vient refaire le portrait de nos quatre gus et même créer spectres et zombies. Dommage que la réalisation found-footage ne permette pas de profiter pleinement de son beau travail, un défaut néanmoins balayé par le pessimisme et la noirceur de ces ultimes instants.

 

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Pas très loin de rappeler ces spots publicitaires montrant les dangers de l’alcool, avec ces soirées bruyantes finissant toujours avec un corps à moitié écrasé dans le fossé, en y injectant  une large dose de second degré sentant le vieux vomi et une louchée d’épouvante saignante, Bad Trip 3D fait définitivement partie des bonnes surprises de ces dernières années. Bien que  loin d’être indispensable, cet essai caméra au poing de Frédéric Grousset nous fait finalement l’effet d’une Duvel sortie du frigo lors d’une canicule : ça fait un peu tourner la tête et rafraîchit sacrément. Artus n’oublie en tout cas pas d’ouvrir les paquets de chips et de sortir les rondelles de saucissons, que ce soit en nous offrant un making-of parfait pour plonger dans l’ambiance d’un tournage très guerilla filmmaking, les œuvres précédentes du réalisateur (si vous aviez loupé Climax, c’est l’heure de la séance de rattrapage) et un module très instructif sur la 3D dans le cinéma français, avec à la barre l’ami Christian Lucas. De quoi donner envie de s’en resservir un petit, tiens…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Frédéric Grousset
  • Scénario: Frédéric Grousset
  • Production: Thierry Lopez, Kevin Boissezon
  • Pays: France
  • Acteurs: Julien Masdoua, Phillipe Hasler, Gilles Serna, Marine Bohin
  • Année: 2014

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