Video Store Memories – Le VHS Art de NPMP

Category: Livres Comments: 2 comments

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Le pèlerin des conventions s’est sans doute déjà arrêté sur le stand de Patrick et Nan Massobrio : vous savez, les cassettes vidéo métamorphosées en personnages iconiques de cinéma, ces étranges compositions à base de VHS customisés. Ca vous dit forcément quelque chose… Epoux côté cour et artistes côté jardin, Nan et Patrick ont en effet inventé le VHS Art comme ils l’appellent. Qu’est-ce à dire ? Que dans les menottes de notre duo, l’antique cassette noire devient objet artistique – objet pop-artistique plus précisément – déclinée en personnages emblématiques du 7è Art, généralement catégorisés fantastique et horreur : nos maniaques favoris (Leatherface, Michael Myers, Hannibal Lecter, le Nikos d’Anthropophagous… qui décore le mur de mon salon aujourd’hui), et puis nos héros préférés – ou antihéros adorés (Batman, Edward aux Mains d’Argent, Elvira, Travis Bickle, Regan MacNeil, Max le Fou…). J’en passe quelque dizaines tant le catalogue des Massobrio donne le tournis, riche d’une immense galerie de souvenirs et d’une liste immémoriale de « gros films »… ou de plus « petits ».

 

Car l’ère VHS imprima profondément dans l’esprit de Patrick, parfait enfant des vidéoclubs et des soirées films entre copains : ceux de notre génération comprendront… Les technolâtres d’aujourd’hui n’ont pas idée de cette révolution domestique au milieu des eighties. Ils n’ont pas conscience que le progrès Blu-ray – ou même DVD – n’est rien comparé aux bouleversements qu’occasionna la folie VHS : le cinéma chez soi, facile et pas cher, du porno à l’horreur en passant par tous les genres de la Création et tous les films du Monde, presque tous du moins. Sans refaire toute l’histoire, un vent puissant de liberté soufflait alors dans les foyers montés en magnétoscope, et rien ne remplacerait cette euphorie du choix et de la découverte. Inutile de dire que ces instants vaudraient bien quelques VF pourries, deux ou trois recadrages dégueus et un peu de neige sur l’écran… D’ailleurs, à l’époque, tout cela nous échappait complètement, enfants moins gâtés et moins exigeants que cette génération 2.0 qui fait passer le support avant l’œuvre gravée. Eh oui, the medium is the message pour le technophile de base. Pas pour nous.

 

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Et c’est bien à cet âge d’or que Patrick et Nan sacrifient aujourd’hui leur art et leur créativité, qui muséifient la grosse VHS et lui donnent ses lettres de noblesse en transformant l’objet « banal » en sujet décoratif. Le Diable est dans les détails a-t-on coutume de dire, mais le talent aussi : entre leurs doigts, la cassette se mue ainsi en tête de cassette, avec corps qui prolonge le faciès, diorama emblématique d’arrière-plan, relief stupéfiant conféré à la silhouette et mouvement imprimé à l’ensemble. Bref, le VHS Art de nos amis établit une sorte de correspondance absolue entre la forme et le fond, comme si l’image du père Jason ou de l’ami Freddy étaient indissociables d’un format, d’une jaquette, d’un boîtier et d’un vidéoclub aujourd’hui disparu. En ce sens, quel plus beau titre que celui de Video Store Memories (souvenirs de vidéoclub) pour la monographie qui nous occupe ici ? Le VHS Art de NMPM indique encore la couverture en sous-titre, expliqué ici en un superbe album photos regroupant les œuvres de nos artistes, dans lequel s’intercale quelques parties textuelles : les souvenirs VHS et vidéoclubs racontés par quelques maniaques courant la Planète, de l’Angleterre à la Chine en passant par Monaco (Patrick lui-même), la France et les USA : vidéophiles de tous les pays, unissez-vous, car le magnétoscope est notre Dieu, et  la VHS est son prophète. D’où la bonne idée de proposer la traduction anglaise de ces chapitres en miroir de la version française, et vice-versa. L’accompagnement textuel résonne donc comme une véritable profession de foi, une flamme ardente déclarée à la boîte noire, qu’aucune technologie High ne viendra remplacer. Vous aurez beau aligner tous les meilleurs arguments, réunir toutes les plus belles preuves : rien n’y fera, c’est sentimental on vous dit.

 

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Video Store Memories revient aussi sur la genèse d’un art si singulier, qui prend ses racines à la fin des années 2000 et dans un travail « à plat » d’abord, jusqu’à l’expression d’un relief qui fait aujourd’hui la beauté de l’œuvre. Ce qu’ont bien compris les propriétaires du Vidéo Club de la Butte à Paris, qui organisèrent l’expo Le VHS Art de NMPM au printemps 2017 : retour à la source en quelque sorte, et retour chez soi, dans l’espace ô combien symbolique d’un des derniers vidéoclubs de France… Le livre se termine ainsi sur la relation de ce moment essentiel dans le parcours des Massobrio, enrichie d’un paquet de belles photos souvenirs. En sus, on appréciera cette partie Making of qui ferme l’ouvrage, bonus explicatif sur les étapes d’un travail qu’on devine minutieux et exigeant. Bref, Video Store Memories est une espèce de musée improbable couché sur 170 pages, dont on conseille haut et fort la visite immédiate.

David Didelot

 

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  • Auteur: Patrick Massobrio
  • Editeur: Le Livre en Papier
  • Pays: France
  • Année: 2018

2 comments to Video Store Memories – Le VHS Art de NPMP

  • freudstein  says:

    Super! le concept est génial!pour sur, la culture vhs c’était autre chose…
    premier magnéto en 1981 et première k7 introduite(…) »SUPERSONIC MAN » et ensuite « terreur dans le shanghai express » Harrgh! les yeux rouges de la créature…j’en ai fait des cauchemars toute la nuit…pfuiii!les jaquettes en carton de V.I.P.PRODUCTION…
    Merci, David pour cet article et merci aussi pour les émotions avec feu « VIDEOTOPSIE ».

  • David DIDELOT  says:

    Oui, on a tous de sacrés souvenirs avec ces boîtes noires ! Indélébiles. Et c’est bien que certains rendent hommage au support, surtout de manière aussi originale !
    Merci à toi Freudstein, et merci pour « Vidéotopsie » !

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