Flesh Eater

Category: Films Comments: No comments

flesheaterteaser

Bill Hinzman, décédé en 2012 à l’âge de 75 ans, restera donc à jamais l’homme d’un seul rôle. Mais quel rôle ! Soit celui du zombie number one comme on dit, le premier mort-vivant à s’échapper du cimetière Night of the Living Dead (1968) et à aller foutre les chocottes à une pauvre Barbara pas encore au bout de ses peines. Vingt ans plus tard, le même Bill décide d’enfiler à nouveau son vieux veston poussiéreux pour Flesh Eater (1988) et prouver qu’il peut toujours tituber comme au bon vieux temps. Normal, il a plus d’un ver dans le nez.

 

 

Halloween, même lorsque l’on n’a pas droit au sucre et donc à sa pluie de bonbons, cela se fête tout de même. Et histoire de profiter d’un bel automne et de sa couverture de feuilles jaunies, une poignée de jeunots en profitent pour partir camper en pleine forêt. L’occasion pour ces garnements de s’adonner aux préoccupations de leur âge : s’envoyer quelques binouzes, causer de weed à longueur de journée, lorgner sur le décolleté de la voisine, voire même palper la marchandise si elle est d’humeur, et puis raconter quelques légendes lugubres du conté au coin du feu. Comme celle voulant que l’on a retrouvé quelques morceaux de chair humaine dans cette région rurale, dans laquelle flotte la rumeur que voilà quelques décennies les bois abritaient sectes sataniques et sabbats noirs. On y croit d’autant plus qu’à quelques mètres de là un bûcheron trouve sous une souche une étrange dalle en pierre et un cercueil cadenassé, sur lequel est inscrit quelques mots mettant en garde contre une diablerie, du genre à vous bouffer la tronche et vous changer en démon à votre tour. Bon ben on ouvre, hein ! Sans surprise, c’est une relique du passé que l’on retrouve dans le caisson : Bill Hinzman, pas tout à fait porté disparu depuis vingt piges (il a réalisé The Majorettes un an plus tôt, et vivota avant cela de quelques documentaires industriels ou éducatifs) mais plus vraiment sur les radars non plus. Heureusement qu’une convention branchée SF et compagnie rappela au vieux Bill qu’il était toujours dans le coup, les regards se retournant sur le tout premier zomblard de Romero. Voyant là une bonne opportunité de relancer un peu sa carrière dans la Série B, et peut-être même de se faire un petit billet sans avoir à trop se fouler, Hinzman se lance dans Flesh Eater, pour ainsi dire un projet qu’il porte à bout de bras. C’est que le gaillard enquille les casquettes sur le set : réalisateur, scénariste, producteur, monteur, comédien principal, préparateur des balles à blanc (il le payera en s’en prenant une dans le pied)… C’est tout juste s’il ne faisait pas les tartines au salami pour sa petite équipe, qu’il paie une misère (25$ par journée complète pour les acteurs, moitié moins quand ils n’ont que quelques heures à faire acte de présence) pour mieux placer son maigre budget (on parle d’environ 60 000 dollars) dans les mains de Jerry Gergely, maquilleur plus tard sur La Nuit des Morts-Vivants (1990) version Tom Savini. Everything goes full circle, comme on dit.

 

flesheater1

flesheater6

 

Pour l’heure, le Bill sort donc de sa tombe pour croquer le larynx du pauvre barbu venu le sortir de son sommeil, et comme de juste le poilu se transforme à son tour en un vil zombie par l’odeur du jambonneau humain alléché. On l’avait pressenti au bout des premières minutes et de leur défilé de clichés sortis de la bouche d’ados obnubilés par la trinité beuh/bière/cul, on en est désormais convaincus : Flesh Eater n’est pas venu faire dans la finesse. Pour Hinzman, le but n’est pas d’apporter du sang neuf au film zombies cannibales pressés de se tailler un steak dans le bide de la petite dernière, et s’il précise qu’il savait qu’il n’allait pas devenir richissime avec ces petites galipettes d’outre-tombe tournées en vidéo, on sent tout de même que le propos est plus d’ordre pécuniaire qu’artistique. Ce Revenge of the Living Zombies, tel qu’il était titré aux origines du projet, ne prendra d’ailleurs jamais la posture du repas sorti des fourneaux d’un chef étoilé, se présentant plutôt comme un burger au bacon si gras que le sachet l’enveloppant en devient aussi transparents que les intentions du poto Hinzman. N’allez pas y voir une critique, d’ailleurs : certes, le morceau de viande risque de rester sur le bide et il n’est pas dit que l’on ne va pas tomber sur un nerf. N’empêche qu’on en a pour notre fric et qu’on s’est retrouvé avec un gros morceau de bidoche dans l’assiette plutôt qu’avec deux radis et trois morceaux de poivrons, certes parfaitement alignés mais aussi fort peu généreux. Flesh Eater fait honneur à son titre et ne se fait pas cuisine pour fins gourmets, mais gros casse-dalle pour les carnassiers de la Série B cheesy, auxquels on offre garniture, frites, pot de ketchup, un Coca taille maxi avec pas trop de glaçon dedans, et même un petit jouet pour faire plaisir au gamin. Comprendre que si c’est du massacre de zombies pas frais et se trimballant des lambeaux de peau derrière eux que vous recherchez, avec en option de la nudité aussi gratuite que faire se peut et les contours ringards de ce type de productions, vous ne vous êtes certainement pas trompé de crémerie.

 

flesheater2

flesheater5

 

Pas dupe de ses capacités limitées de réalisateur (le boulot est fait correctement mais sans inventivité), et conscient que son script tient en deux minces paragraphes, Bill Hinzman met les bouchées doubles sur l’action, si possible gore, et trucide absolument tout ce qui passe à proximité de son objectif. Au point qu’après trente minutes de métrage, 95 % de son casting est déjà en train de siroter du jus de pissenlit six pieds sous terre, forçant cette intrigue que l’on peut résumer à « Une fois qu’on a buté tout le monde, on passe aux voisins » à s’attarder sur le triste sort d’une famille se préparant pour Halloween, puis à quelques fêtards justement en train de faire honneur au 31 octobre. Autant dire que gosse ou non, tout ce petit monde prendra cher, car si Hinzman n’a pas forcément beaucoup d’idées lorsqu’il s’agit de coucher sur papier un récit découpé en trois actes, il se montre autrement plus imaginatif une fois venu le temps de massacrer ses employés sous-payés. Nez arraché avec les dents, coup de hache dans le crâne, empalement sur un manche, coeur arraché à main nue, coup de fourche dans le torse… Ca ne charcle pas à moitié dans le coin, et si certains effets spéciaux montrent vite leurs limites (un des mectons saigne de la poitrine avant même que la fourche ne le touche), d’autres font mouche, tels ces corps calcinés du plus bel effet ou ce macchabée à la face à moitié arrachée. N’oublions pas non plus ce pauvre policier, bouffé de la tête au pied, mais dont l’amas de vieille bolognaise qu’il représente désormais continue de bouger. Flesh Eater ne cherche en aucun cas l’innovation, et l’un dans l’autre il n’apporte strictement rien au genre, mais bon dieu que son aspect bas-de-plafond fièrement revendiqué fait du bien !

 

flesheater3

flesheater4

 

Putassier au possible, jamais gêné de surfer sur le classique de Romero au point de laisser planer le doute quant à la possibilité qu’il en soit en fait une séquelle, Flesh Eater se sait réservé à une portion minuscule de la population et mise sur ses plus bas instincts. Voir la régularité avec laquelle les nanas tombent le haut, et parfois même le bas, au grand plaisir du Hinzman, pervers pépère plutôt habile lorsqu’il s’agit d’avoir les mains baladeuses lors de ses assauts envers la gent féminine. Un plaisir primitif, con comme un chroniqueur de chez Hanouna, mais hautement divertissant et faisant même office, à sa manière, de modèle de B-Movie de par sa largesse question gigot saignant et fesse rebondie. Pas de message social (même si les chasseurs sont montrés sous un jour peu valorisant lors de la dernière partie, que Romero n’aurait peut-être pas reniée), pas de grande psychologie, pas de mise en scène alambiquée. Juste une belle enfilade de tueries qui nous laisse repus. Comme vous êtes en veine, le DVD, pimenté d’un making-of sincère et bien foutu, se trouve à prix cassé chez Uncut Movies, toujours dans les bons coups.

Rigs Mordo

 

flesheaterposter

 

  • Réalisation : Bill Hinzman
  • Scénarisation : Bill Hinzman, Bill Randolph
  • Production : Bill Hinzman
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bill Hinzman, John Mowod, Leslie Ann Wick, Lisa Smith
  • Année : 1988

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>