Le Train des Epouvantes

Category: Films Comments: No comments

trainepouvanteteaser

Quatrième Amicus dans l’ordre des éditions ESC, Le Train des Epouvantes est le premier des omnibus produits par la firme, le premier de cordée comme indiqué au frontispice du livret. Sorti en 1965 chez nos amis anglais, Dr. Terror’s House of Horrors (son titre original) inaugurait en effet le cycle qui fit la renommée de la firme, et l’on peut dire encore une fois qu’ESC fait le taf, et plutôt bellement : travail impeccable sur l’emballage – mediabook sublimé par un artwork inspiré de l’affiche anglaise, avec Peter Cushing en produit d’appel -, combo DVD / Blu-ray avec options VF ou VOSTF (ce qui suffit bien), livret toujours signé Marc Toullec et modules vidéo toujours assurés par Laurent Aknin. Oui c’est cher (une trentaine d’euros à chaque fois), mais rien n’est gratuit en ce bas-Monde, et si nous ne brûlerons pas l’antique coffret Peter Cushing paru chez Aventi (qui contenait donc Le Train des Epouvantes), force est de constater qu‘il n’y pas photo. Comparaison n’est pas raison certes, mais quand même…

 

 

Oui, il fallait bien tous ces honneurs pour un tel film, lointain ancêtre d’un immémorial Au Cœur de la Nuit (1946) comme l’explique Marc Toullec, et réalisé par Freddie Francis, fameux transfuge de la Hammer bientôt appelé à devenir l’un des big boss du rayon : Le Jardin des Tortures et Histoires d’Outre-tombe dans la même catégorie, et pour les même producteurs. Tout le mérite en revient cependant à Milton Subotsky, grand ordonnateur de la Amicus, qui imagina et écrivit Le Train des Epouvantes de A à Z : en effet, les vicissitudes de la production n’empêchèrent pas le bonhomme d’aller au bout de son projet, celui d’un film qui imposerait une « nouvelle » manière de récit et édicterait les lois du genre, en posant ses bases narratives tout autant que ses atouts commerciaux. Ainsi d’un casting qui brille, réunissant ici les deux stars de la Hammer  – Christopher Lee et Peter Cushing -, et convoquant quelques seconds couteaux de belle lignée : Michael Gough par exemple, ou Peter Malden, sans compter le débutant Donald Sutherland dans la peau d’un malheureux docteur, marié à une… vampire. Bref, des voyageurs de première classe dans ce dernier train de la nuit, qui assurèrent probablement le succès public du film et installèrent la Amicus comme concurrente principale de la Hammer. D’ailleurs, la firme au marteau ne s’essaya jamais au film à tiroirs, bien consciente qu’il était inutile de rivaliser avec la Amicus sur ce terrain-là.

 

trainepouvante1

 

Plus fondamentalement, Le Train des Epouvantes asseyait aussi une recette narrative qui ferait florès : plusieurs historiettes enchâssées dans un récit principal, fil conducteur permettant d’agglomérer les sketchs et situé dans un espace transitoire, dans un entre-deux et un monde médian pour ainsi dire : un train dans le film qui nous occupe, un ascenseur (Le Caveau de la Terreur), des catacombes (Histoires d’Outre-tombe) ou le chapiteau d’un fête foraine (Le Jardin des Tortures), comme autant d’espaces métonymiques du Grand Passage pour un petit lot d’infortunés ; passage de la vie à la mort bien sûr, décidé par un grand Maître des destinées : la Faucheuse elle-même (Peter Cushing ici, grimé en Docteur Schreck), le Cryptkeeper ailleurs, ou le Docteur Diablo là-bas. Le procédé réitéré peut paraître facile, mais le sel est évidemment ailleurs : dans les fragments du puzzle, dans ce que dissimule chaque segment. Cinq portions en l’espèce, dont les titres renvoient globalement à une façon de fantastique classique et à ses créatures afférentes (nous sommes en  1965) : qu’on pense à Werewolf et à Vampire – sketchs introductif et conclusif du film – dont les intrigues proprement gothiques et macabres sont encore très inspirées par l’univers esthétique de la Hammer. En particulier Werewolf, avec sa mystérieuse demeure aux soubassements ténébreux, sa malédiction familiale, son loup-garou et ses balles d’argent. Tout y est, même la brume environnante… Vampire accommode certes sa mythologie à une sauce plus contemporaine, mais le récit emprunte néanmoins aux invariants les plus basiques du genre : chauves-souris, pieu dans le cœur, et donzelle dangereuse en tenue de nuit vaporeuse… Bref, l’amoureux de cinéma gothique y retrouvera ses petits, dans des sketchs « old fashion » comme le dit Laurent Aknin.

 

trainepouvante2

 

De même, Voodoo et Disembodied Hand exploitent quelques motifs bien connus des amateurs, tels la main vivante ou les mystères de la magie Vaudou (reprise plus tard dans Le Caveau de la Terreur) : sis à Haïti pour une large part, Voodoo trimballe avec lui tout le bastringue idoine (tambours, danses frénétiques, grand prêtre, Dieu vengeur et malédiction), mais on eût tout de même aimé moins de jazz dans l’épisode, et plus d’audace dans l’épilogue, d’une timidité confondante… Quant à Disembodied Hand, le segment est surtout l’occasion d’un numéro d’acteurs parfait, Christopher Lee (critique d’art absolument insupportable) vs Michael Gough (artiste humilié), dans une histoire de main coupée qui poursuit de sa vindicte l’infâme salopard du récit… L’œil de la conscience en quelque sorte, qui traque Caïn jusque dans la tombe. Peut-être Creeping Vine est-il le wagon le plus original de ce Train…, très SF dans le ton et rappelant même La Révolte des Triffides par certains aspects : soudain douées de conscience, des plantes meurtrières encerclent la maison familiale des Rogers, sans que l’on sache jamais le pourquoi du comment…

 

trainepouvante3

 

Ce qui frappe d’emblée dans Le Train des Epouvantes, c’est cet absolu sérieux qui gouverne l’ensemble, sans trop d’ironie ni d’humour noir (exception faite de la chute qui clôt l’épisode Vampire), et sans cette dimension proprement morale qui commandera aux autres omnibus de la firme. En d’autres mots, nous sommes encore loin de l’esprit EC Comics d’Histoires d’Outre-tombe ou du Caveau de la Terreur, et si quelques salauds sont effectivement punis (Franklyn Marsh dans Disembodied Hand et, dans une moindre mesure, le musicien mercenaire de Voodoo), le cœur du propos n’est pas tout à fait là, plutôt enclos dans la beauté formelle du film et l’efficacité absolue du récit court. Quoi qu’il en soit, Le Train des Epouvantes est encore une pierre de taille ajoutée à la maison Amicus, et l’un des tout meilleurs Freddie Francis par la même occasion. Immanquable donc.

David Didelot

 

trainepouvantesposter

 

  • Réalisation : Freddie Francis
  • Scénarisation : Milton Subotsky
  • Production : Amicus
  • Titre Original : Dr. Terror’s House of Horrors
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Peter Cushing, Christopher Lee, Michael Gough, Donald Sutherland
  • Année : 1965

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>