Laid To Rest

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Pendant que le vieux Voorhees passe sa vie aux tribunaux pour savoir s’il doit passer les vacances d’été chez son père Victor Miller ou sa mère Sean S. Cunningham, et que le poto Freddy passe par la case télévisée pour se rappeler à notre bon souvenir, le slasherophile pleure le manque de franchises fortes depuis quelques années déjà. Et vu que rien ne dit que les retours en arrière de Michael Myers le relanceront durablement… Et si le salut venait de Chromeskull, star très agitée de la non moins turbulente saga Laid To Rest ? Pendant que son géniteur Robert Hall tente de réunir des fonds pour un troisième opus, Laid To Rest : Exhumed, on est parti voir ce que le premier volet avait sous le scalpel…

 

Réveil difficile pour celle que l’on appellera plus tard Princess (Bobbi Sue Luther, Night of the Demons version 2009), au départ une jolie brune amnésique se réveillant dans un cercueil fermé et découvrant bien vite qu’elle a un maniaque au cul. Soit Chromeskull, chauve portant un masque de squelette en métal et se trimballant une caméra sur l’épaule, histoire de  pouvoir revivre ses pires méfaits bien au chaud dans le confort de son salon. Princess se rend d’ailleurs compte que ce mutique assassin ne blague pas, puisqu’il transperce ce bon vieux Richard Lynch avec une barre de fer sous ses yeux de biche apeurée. Apeurée parce qu’elle sent que cette nuit sera la dernière, mais aussi peut-être car elle se demande si elle n’est pas tombée sur un vilain petit budget pas beau. Laid To Rest (2009) part effectivement assez mal, s’embourbant dans ses premières minutes dans des tics typiques des DTV sortis en pleine vague Saw : générique d’ouverture checkant du côté de Seven avec son indus et sa typo (ça, a la rigueur, c’est pas un problème), plans tremblotants, photographie froide et terne, images subliminales et subites accélérations, patine DV pas forcément des plus agréables… Et puis en démarrant sans prémices, sans présenter qui que ce soit et en se gardant bien de planter le décor, Robert Hall donne l’impression de faire partie de ces petits malins persuadés de tenir l’idée révolutionnaire, tout contents qu’ils sont de nous jeter dans un labyrinthe scénaristique débouchant le plus souvent sur des twists pénibles, tel un Modus Anomali (2012) de sinistre mémoire. Pas de quoi rassurer son homme, tout ça… Heureusement, les ambitions plus modestes, et surtout sincères, de Hall se révèlent bien vite : s’il rentre dans le vif du sujet dès les premières secondes et perd un peu son spectateur, ce n’est pas pour faire genre ni pour se donner de grands airs, mais juste parce qu’il tient à offrir à Laid To Rest un rythme ne permettant pas à son audience de souffler. Et à peine à celle-ci le temps de dégobiller un bon coup.

 

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Car en bon maquilleur ayant débuté dans les nineties (Night of the Scarecrow, Wishmaster, Warlock III) avant de devenir un régulier des Séries B à partir des années 2000 (House of the Dead 2, le remake de The Crazies, Dead Birds…) ou un employé clé de plusieurs séries dans les mêmes eaux (Buffy, Firefly, Terminator : The Sarah Connors Chronicles), le réalisateur profite de Laid To Rest pour taper dans le gore sauvage. Bien rare que passent cinq minutes sans que l’on ne découvre un corps démembré, sans que quelqu’un ne se fasse sauter le caisson au fusil à pompe, sans qu’un geek ne se fasse injecter tellement de colle en spray dans l’oreille que sa tronche en éclate, sans qu’une tempe ne soit perforée. Puisqu’il a les mains libres en tant que réalisateur, scénariste et producteur (avec, pour ce dernier poste, l’aide de son premier rôle féminin Bobbi Sue Luther, dès lors très impliquée dans le projet), Robert laisse libre court à son imagination la plus sadique, créant quelques séquences particulièrement trashos comme un décollage de visage et le défonçage d’une boîte crânienne à la batte en fer. C’est pas tout à fait un épisode de Big Bang Theory quoi, et le fan de slashers ne connaissant que Scream risque fort de tourner de l’oeil, car si on est pas dans l’extrême à l’allemande, les petits détails macabres sont de la partie et aucun second degré ne vient contrebalancer la virulence du propos. D’ailleurs, lorsqu’il passe en revue les dernières victimes du vil Chromeskull, dont les dépouilles en putréfaction ont les tripes à l’air et la mâchoire de travers, Hall convoque le fantôme de Lucio Fulci et son légendaire premier degré en matière de macabre. Si en interview l’auteur explique que son influence la plus forte est le Halloween de qui-vous-savez (parce-que-sinon-va-falloir-réviser), il n’en fait pas moins son marché intelligemment (consciemment ou non) ailleurs que dans la quincaillerie Carpenter, faisant par exemple un détour par l’épicerie Coscarelli.

 

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Car on pense à Phantasm durant Laid To Rest, tout d’abord parce que, comme plusieurs chapitres de la saga du Tall Man, le script s’articule sous l’angle du road movie (pour échapper à Chromeskull, Princess, un vieux boiteux et un nerd ne cessent de changer de lieux). Ensuite parce qu’en situant une large partie de son métrage dans une morgue et ses environs, Hall ne peut que se faire voisin de la franchise aux boules de fer volantes, dont il emprunte quelques thématiques comme le deuil difficile. Celui vécu par ce personnage de fiston ayant tout juste perdu sa mère, et avec le corps de laquelle Chromeskull s’amuse pour le tourmenter… Noir et triste à la fois, à l’image des pertes vécues par le petit Michael Pearson dans Phantasm. Pour en rajouter une couche, on dégaine également la carte de l’onirisme, la nuit brumeuse ici à l’oeuvre semblant sortir d’un mauvais rêve, tandis que le croquemitaine de service s’échappe pour sa part d’un véritable cauchemar. Mystérieux et peut-être déjà mort, Chromeskull, s’il s’agite parfois étrangement, marque plutôt les esprits, tant par sa prestance naturelle que par sa cruauté et son matériel hi-tech, un peu en décalage avec le reste (le pc du geek semble dater de 1993, certains téléphones portables de 1999). Bonne idée d’ailleurs que celle de faire avancer l’intrigue via les cassettes vidéos tournées par le surineur en chef, qui en dévoilent toujours un peu plus sur le passé de Princesse. Pas de grandes découvertes ou de retournements de situations à vous scotcher au canapé, mais un outil scénaristique assez bien utilisé et permettant à Hall de pousser son histoire tout en évitant les galimatias d’une héroïne affolée.

 

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Bien qu’étant un slasher pur jus qui aurait fort bien pu se contenter du minimum et de la sainte trinité « bosquet sans garde-forestier/gamines à oilpé/assassin énervé », Laid To Rest fourmille d’idées (de précieuses munitions permettant peut-être de liquider Chromeskull  tombent dans le torse ouvert d’un cadavre), multiplie les décors (morgue, bicoques, commissariat, supérette) là où il lui aurait été simple de se faire huis-clos, jouit d’acteurs pas toujours très convaincants mais au final attachants (Kevin Strangeland Gage, Lena Dredd Headey, Sean Le Sous-sol de la Peur Whalen) et d’un réalisateur offrant quelques belles images. Dommage que la musique soit un peu passe-partout, si ce n’est lorsque Suicidal Tendencies vient thrasher lors des crédits, et que le rendu visuel de la DV soit toujours aussi froid, car si ce n’est ces menues réserves, Laid To Rest flirte du reste dangereusement avec l’excellence. Bien dommage qu’il soit toujours inédit dans nos contrées d’ailleurs, et il est incompréhensible que l’éditeur Condor se soit penché sur le cas de sa suite de 2011, Chromeskull (ou simplement Skull par chez nous), en niant cet épisode original, qui méritait bien mieux…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Robert Green Hall
  • Scénarisation : Robert Green Hall
  • Production : Robert Hall, Bobbi Sue Luther, Chang Tseng
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bobbi Sue Luther, Kevin Gage, Sean Whalen, Lena Headey
  • Année : 2009

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