B-Movie Posters volume 2

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Comme pour se faire pardonner de sa trop grande discrétion lors de la dernière décennie, passée à se débattre dans le difficile milieu de la production cinématographique à petit budget, Damien Granger met les bouchées doubles et nous assène en quelques mois deux volumes de sa collection B-Movies Posters. Aucune chance que l’on s’en plaigne, d’autant que c’est peut-être encore meilleur la deuxième fois…

 

Après quelques années à faire le muet et à bosser dans le confort des ombres, Damien Granger rugit enfin à nouveau en pleine lumière, et en profite pour revenir à ses premiers amours : l’écriture au sujet de bobines désargentées, et le plus souvent mal élevées. Comme au bon vieux temps de Sang Sas, fanzine qu’il crée dans les années 80, puis quelques années plus tard dans Mad Movies, auquel il n’oubliait jamais d’apporter une coloration toujours plus B. On ne va pas refaire une présentation complète du bonhomme, vrai bourlingueur de l’underground le plus caverneux et fier défenseur de la pellicule la plus appauvrie, à ce stade tout le monde connaît son parcours. Et on espère que ce même tout le monde en sait désormais long sur B-Movies Posters Volume 2, recueil de flyers systématiquement accompagnés de quelques notes du Big Dam, qu’elles soient critiques ou informatives. Et le tout avec Matthieu Nédey (de Cathodic Overdose, on sait donc que le bidule sera beau) à la maquette, comme pour le premier volume, dont il n’était bien évidemment pas question de se détourner. D’une part parce que s’agissant d’une collection, il est normal que les différents membres du corps B-Movies Posters soient tous de même longueur et respectent la même charte graphique. D’une autre parce que l’on ne change pas une recette qui a la win et que le premier essai s’était montré particulièrement concluant, faisant figure de petit modèle d’équilibre entre fond et forme. La surprise n’est plus, c’est vrai, mais on n’en tirera aucune moue : le premier essai flirtait avec la perfection, il en est de même pour sa suite et sera considéré comme dément celui qui s’en désolera. Tout juste pourrons-nous, pour faire les chipoteurs, regretter que la cassure entre les différentes sections ne soit pas quelquefois plus nette, mais le confort de lecture n’est jamais pris en défaut, le Mighty Matt connaissant de toute façon le métier…

 

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Pas de grands changements donc, Damien s’en tenant à sa formule magique, celle le voyant coller ses impressions et informations sur les coulisses de telle ou telle Série B, dont nous pouvons bien évidemment admirer les courbes via les reproductions des flyers, la base de l’entreprise. A moins d’être des lapereaux de la semaine passée, vous devinerez donc de quoi il en retourne en ces pages, et savez par avance que ce que l’on croise par ici, c’est des budgets réduits fiers comme Artaban de proposer le maximum avec le minimum. Ca va donc causer d’Amityville Death House de Mark Polonia et sa créature arachnéenne bien éloignée des sobres attaques spectrales que la maison du 112 Ocean Avenue proposait avant cela. Ca va se blottir dans la couchette d’un paquebot volant dans le dingo Aliens vs Titanic sorti des usines du génial Jeff Leroy, avant d’aller aider quelques mutineries d’outre-tombe pour le bien d’une poignée de films de zombies pirates (Zombie Pirates justement, Curse of Pirate Death, Jolly Roger : Massacre at Cutter’s Cove) sans Johnny Depp et Orlando Bloom. Puis ça partira faire le plein de grenades et recharger des mitraillettes dans le beau harem d’Andy Sidaris (Picasso Trigger), vérifier qui de Gary Daniels ou du rappeur Master P à le soufflant le plus efficace (No Tomorrow), remettre de l’huile dans les gros robots du poto Jim Wynorski (Shockwave), regarder sous les bandes de quelques momies bien embaumées (The Mummy’s Kiss, Attack of the Virgin Mummies, Isis Rising : Curse of the Lady Mummy) ou dépoussiérer quelques antiques plaisirs à la Spookies ou Game of Survival. La foire aux monstres ne faiblit pas et se montre même mieux organisée que par le passé, Mister Granger y allant de quelques thématiques lui permettant de compiler certains artworks, certes, mais aussi de donner un tour d’horizon de certaines firmes donnant dans le creature feature ou la gymnastique shinobi.

 

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Ca commence fort avec un Art of Full Moon original series qui permet de se rendre compte que l’épicerie du père Band n’a pas toujours eu le nez fin question jaquette de VHS ou DVD, tant les flyers servant à vendre ces Netherworld, Dollman et autres Zombie Queen écrasent le plus souvent les visuels finalement retenus. Charlie et ses drôles de choix… Quelques pages plus tard, le tour du monde reprend et fait escale en France pour y retrouver la légende locale N.G. Mount. Alias Norbert Moutier comme chacun sait, que Damien met à l’honneur, avec à l’avant-plan les affiches faites main et sentant encore le papier découpé, les dessins plus ou moins bien foutus et la colle bon marché. Un côté naïf allant de pair avec l’œuvre du réalisateur de Mad Mutilator, auquel un bel hommage est ici rendu. En quête d’exotisme, et sans doute de champs de batailles fermement tenus par de gros durs moustachus, l’auteur s’envole vers les Philippines, aux trousses de la Silver Star Company. Soit l’armurerie à laquelle les Richard Harrison, Max Thayer, Bo Svenson, Bruce Baron et Jim Gaines étaient abonnés, pour des Fireback, Slash ou encore Comando Invasion sentant autant la poudre que la sueur. Et puisqu’on en est à lever la jambe et faire sauter des cabanons, autant trottiner jusqu’à Hong-Kong pour saluer le pro du shuriken Godfrey Ho,  réalisateur un peu chtarbé de bizarreries à la Robo Vampire et grand pourvoyeur de pelloches de ninjas (Ninja Champion, Diamond Ninja Force, Challenge the Ninja) devant l’éternel. Du deux-en-un par paquets de douze, et une partie forcément un peu répétitive puisqu’une bonne portion des films ici présentés sont interchangeables. Pas grave, on n’est jamais contre quelques galipettes sur les tatamis du vieux Godfey par ici, et on en reprendrait même une louche ou deux, tiens… Et histoire de faciliter la circulation du sang chez le slasherophile (et vous savez que sur Toxic Crypt, on ne crache jamais sur ces tarés partis découper les nattes des petites jeunettes), Damien retrouve les bancs d’école américains pour quelques pages voyant les soirées pyjama virer au rouge. Ouaip, ici c’est du Slumber Party Massacre, du Cheerleader Massacre (un peu injustement malmené, mais je ne suis pas super objectif avec Wynorski), Bloody Pom Poms, Sorority Slaughter House… Le slasher estudiantin ou quand il n’est jamais bon d’être trop canon.

 

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Bref, Damien ne décevra pas encore cette fois-ci, et continue avec B-Movie Posters volume 2 de faire chavirer les coeurs. Car il y a quelque-chose de réconfortant dans cette avalanche de flyers censés vendre des films peut-être pas toujours très bons, mais qui parviennent systématiquement à faire vibrer le passionné de par leur simplicité. Pas de grande hype, pas de citations de critiques respecté, par stars multimillionnaires à l’affiche. Juste des crânes grossièrement dessinés, des hommes-poissons tout sauf flippants, des versions low cost des succès du moment, des grandes tirades voulues comme effrayantes mais dont on devine le rictus de sale gosse planqué derrière, des noms vaguement connus placardés en gras pour harponner le vidéophage pas trop regardant, des culs rebondis parfois déculottés (merci David Sterling) et des promesses de plaisirs primitifs à ne plus savoir qu’en faire. Un cirque aux acrobates un peu gauches, voire un carnaval dont tous les stands ne sont pas fréquentables, mais une fête dans tous les cas, de celles qui nous rappellent pourquoi on aime ce cinéma-là plus qu’un autre : pour sa puérilité constamment transformée en fraîcheur, pour sa volonté constante de ne livrer, avec plus ou moins de bonne foi il est vrai, que ce que nos plus bas instincts ont commandé. B-Movie Posters réveille les bêtes trop souvent endormies en nous, et nous rappelle de quelle meute nous sommes. Plus qu’un divertissement, un livre qui nous remet à notre place.

Rigs Mordo

 

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  • Auteur: Damien Granger
  • Editeur: Home Team Media Group
  • Pays: France
  • Année: 2018

4 comments to B-Movie Posters volume 2

  • Mighty Matt  says:

    Merci pour les petits mots sur la maquette mec ! Ça me touche vraiment. Et surtout, ravi que le book t’ait plu. Je prends bonne note des remarques pour le prochain qui sera encore mieux ! Et franchement je trouve pas que la jaquette d’Arcade soit moins belle que le flyer de pré-prod… Euh…

  • Roggy  says:

    Complètement d’accord avec ta chro, je n’aurai pas dit mieux sur la qualité de l’ouvrage et de la maquette.

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