Sinister

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Il y a des types, comme ça, qui ne sont pas très appréciés, que ce soit pour leur filmographie un peu nauséabonde ou tout simplement pour les hommes qu’ils sont. Scott Derinckson en fait partie et essaie de se rabibocher avec les fans de cinéma fantastique avec Sinister. On va voir si ce brave gars aura son diplôme et rentrera dans la bande…

 

On a beau dire, barboter dans le cinéma fantastique depuis des lustres ne vous empêchera pas de passer à coté de certains films et ça a failli être le cas avec Sinister. Comme sorti de nulle part, le film n’avait pas bénéficié d’énormément d’articles ou de buzz particulier avant de débouler sur les écrans francophones. Les films d’horreur sortant dans les salles obscures en Belgique et France sont suffisamment rares pour qu’on soit au courant quand l’un se fraye un chemin jusqu’aux cinémas. Mais pas Sinister. C’est via une affiche annonçant sa sortie que votre serviteur apprit l’existence du film, quelques jours avant sa sortie. Mais l’affiche en question étant particulièrement moche et, surtout, portant la mention « par les producteurs de Paranormal Activity« . Evidemment, c’est cette accroche qui a permis au film d’obtenir une sortie ciné, les distributeurs misant sur le succès incroyable du Found Footage merdeux et chiant pour attirer le chaland. Ce qui a pour effet d’éloigner les bisseux de bon goût comme nous, qui s’est emmerdé comme jamais devant ces activités tout ce qu’il y a de plus normales et n’était donc pas pressé de voir un film produit par la même équipe. Certes, ils avaient aussi pondu Insidious, qui était très bon, mais de là à leur faire confiance comme ça, non… Mais c’était sans compter sur une polémique qui allait placer Sinister sous les feux des projecteurs.

 

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C’est en trainant sur certains sites que j’appris que la sortie de Sinister était annulée dans de nombreux cinéma, une quarantaine de salles pour être à peu près précis. La raison de ce retour en arrière ? Le comportement de Gremlins des spectateurs de Paranormal Activity 4, qui ont démoli plusieurs salles et pissé sur des sièges. Racailles et voyous venus tout casser ? Je pencherais plutôt pour la théorie du public fâché d’avoir affaire à un film emmerdant au-delà du raisonnable, personnellement… Mais nous laisserons « Faites entrer l’accusé » faire la lumière sur toute cette histoire. Reste que toute cette affaire m’a permis de voir que certains bisseux ayant visionné Sinister ont trouvé le film plutôt réussi, en tout cas suffisamment pour que je lui donne une chance et donné envie de me renseigner un peu sur son Scott Derrickson de réalisateur. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas très aimé, le pauvre homme… Il faut dire que quand on regarde un peu la filmographie du gaillard, on se rend compte qu’il n’est guère rassurant. Sa filmo débute avec Hellraiser V: Inferno, une suite sans le sou de la populaire saga de Clive Barker. Généralement mieux appréciée que les suivantes, cette quatrième suite n’est pas non plus réputée pour être un chef d’œuvre. Vint ensuite L’Exorcisme d’Emily Rose. Certains ont apprécié, d’autres beaucoup moins… Puis arrive l’objet du délit, le remake de Le Jour où la Terre s’Arrêta. Toucher à un classique est déjà une idée fragile mais si en plus tu refiles le rôle principal à cette endive paralysée de la tronche qu’est Keanu Reeves, faut pas t’étonner qu’on te chie dans la nuque. Et histoire d’enfoncer le clou, le réalisateur a également scénarisé le très mauvais Urban Legend 2. Mais le pauvre Scott est aussi une cible de choix car il est catholique. Oui, il croit en Dieu, ce qui fait que certains analysent ses films en y voyant des bondieuseries dans tous les coins. Mais bon, ça ne veut pas dire que son Sinister est foiré dans les grandes largeurs pour autant, la religiosité ne signifiant pas forcément la fin du talent.

 

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Ellison Oswalt est un ancien écrivain à succès. Ancien car si son premier livre était un succès retentissant, ses deux bouquins suivants ont bien du mal à trouver acquéreurs. Difficultés financières obligent, Ellison a grandement besoin d’un bestseller, et un gros. Quoi de mieux qu’un retour aux sources ? Son premier livre, celui qui a fait de lui un nom en gras dans les journaux, traitait d’un meurtre irrésolu, très mystérieux. Pourquoi ne pas retenter l’expérience ? D’autant qu’une famille entière a été retrouvée pendue à un arbre, manquant juste à l’appel une gamine qui a étrangement disparu… Ellison emménage donc dans la maison du drame, pour l’inspiration et faciliter ses recherches, entrainant avec lui sa femme, son ado de fils et sa fillette. Le début des emmerdes commence lorsque notre écrivain découvre dans le grenier une boite remplie de bandes super 8, visiblement des vidéos de famille. Sauf que, surprise, entre deux amusements familiaux se trouvent le meurtre, immortalisé sur pellicule… Et plus surprenant encore, il y a les vidéos d’autres meurtres, ceux d’autres familles, dans des conditions similaires à celui de la pendaison. Ellison va tenter de trouver ce qui relie tous ces meurtres et résoudre le mystère, sans Scooby-Doo.

 

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Un script qui, comme vous l’aurez remarqué, n’est pas des plus neufs et ressemble même à un patchwork de plusieurs films. Un peu de 8mm par ci, du Paranormal Activity par là,… On pense même un peu aux Millenium dans les moments d’enquête. Mais je vous entends d’ici: « mais bordel, Sinister c’est pas un film avec des merdes surnaturelles ? ». Et ce n’est pas trahir le film (l’affiche s’en charge) que de dire que c’est effectivement le cas. On peut donc rajouter Insidious à la liste des ressemblances et, surtout, Ring, car sans trop en dévoiler, c’est bel et bien dans une histoire de malédiction que s’est fourvoyé notre héros, joué par Ethan « Gattaca » Hawke. Plutôt crédible, il arrive à faire ressortir la dualité de son personnage, tiraillé entre la peur des évènements qui pourraient bien faire tomber sa famille et le besoin d’avoir un succès. Car s’il se cache derrière le besoin financier pour continuer sa discutable enquête, c’est surtout son égo qui en a besoin, en témoigne la vision qu’il se permet via VHS des interviews qu’il a donné dix ans plus tôt, pour son premier bouquin. Tout en sachant qu’il est en train d’enfoncer sa famille dans des ténèbres dont elle ne ressortira peut-être pas, il ne peut s’empêcher d’aller plus profond »ment encore, continuant de regarder ces bobines qui contiennent des meurtres plus effrayants les uns que les autres. Les problèmes familiaux sont par ailleurs bien rendus, notamment lors d’une scène de dispute très simple mais également très réaliste. Ne caractérisant pas ses personnages à outrance, voire pas du tout, Derrickson tape finalement très juste, ne les rendant que plus plausibles. Nous voilà donc prêts à accepter toutes les folies paranormales du film.

 

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D’ailleurs, les folies paranormales en question ne sont en rien inédites. Bruits de pas dans le grenier, réveils nocturnes, apparitions fantomatiques,… Inutile de chercher la nouveauté de ce coté-là, Sinister se contentant de respecter à la lettre le petit manuel des films de fantômes. Ces parties ne sont pas ratées, loin de là, elles sont juste terriblement communes. Non, là où Sinister marque des points, c’est avec ces fameuses pellicules super 8, bien flippantes. Bien entendu filmée avec un amateurisme revendiqué, elles sont particulièrement malsaines dans leur déroulement, qui plus est dotées de musiques angoissantes, plus proches de bruits parasites que de grandes envolées lyriques. Certains reprochent à ces vidéos de foutre plus la pétoche que le film en lui-même mais c’est un peu le but, non ? D’ailleurs le film de Derrickson fait bien de miser principalement sur ces bobines trouvées, sans elles ils ressembleraient trop à une version plus épurée d’Insidious. Et puis pour une fois que les found-footage servent à quelque-chose, on ne va pas s’en plaindre… Mais on est par contre en droit de râler contre ces gamins fantômes qui courent au ralenti autour d’Ethan Hawke, maquillés vite fait mal fait, avec quelques marqueurs achetés au Wallmart du coin. Une séquence embarrassante dont on se serait bien passé. Et le film aussi.

 

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La réalisation de Derrickson n’est pas particulièrement marquante. Elle est bonne, mais il n’y a pas vraiment de plan susceptible de vous rester en tête longtemps, contrairement à ceux des pellicules trouvées dans le grenier. Par contre, il faut saluer la photographie, bien faite, et un script bien taillé, à défaut d’être novateur. Bien sûr, Sinister ne révolutionnera pas le genre, ce n’est probablement pas son ambition, mais en l’état il est un divertissement très réussi et surtout, assez flippant. Le démon qui passe dans le film arriverait presque à vous faire dormir la lumière allumée, ses apparitions étant bien senties. En dépit de quelques jump scares parfois inutiles (la dernière, notamment, ridicule), Sinister fait donc parties des bonnes surprises de ces dernières années et la meilleure utilisation possible d’un Found-Footage. Derrickson se fait donc pardonner pour ses quelques erreurs de parcours précédentes et on ne peut qu’espérer qu’il revienne au cinéma horrifique, laissant derrière lui les quelques défauts gênants de Sinister, qui est tout de même suffisamment malsain pour marquer les mémoires.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Scott Derrickson
  • Scénario: Scott Derrickson
  • Production: Jason Blum
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ethan Hawke, Juliet Rylance, Claire Foley
  • Année: 2012

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