Le Dernier Dinosaure

Category: Films Comments: 2 comments

lastdinoteaser

Pour les enfants des années 80, le dernier dinosaure était un gros bipède au long cou portant des lunettes de soleil et jouant de la guitare sous le soleil de Californie. Pour le bisseux, c’est plutôt une petite production des seventies envoyant une troupe de chercheurs pas très doués dans un monde perdu, où sévissent de vilains reptiles en caoutchouc… 

 

Ah Crocofilms, de quoi causerait le microcosme bis si nos loustics n’existaient plus ? Ok, officiellement le label est parti piquer un roupillon dans son cercueil, terminant ses activités avec le délirant Blood Freak et son mutant à face de dindon. Mais officieusement, ces lascars ont ouvert une nouvelle échoppe sous le nom Ciné2Genre, auquel on doit par exemple le giallo goth Les Diablesses avec Jane Birkin. L’occasion de laisser derrière eux les quelques bévues de l’époque Crocofilms, qui était déjà elle-même la promesse d’une amélioration par rapport à la première affaire des gaillards, Alexx Prod (souvenez-vous : Apocalypse dans l’Océan Rouge, Cruel Jaws). Promesse pas toujours tenue cela dit, et il suffit de se pencher sur le cas Le Dernier Dinosaure (1977) pour s’en convaincre, les crocos sortant d’abord une galette à la réputation catastrophique, avec qualité d’image dégueu et tout un passage en anglais sans sous-titrage. Ca la foutait un peu mal et on comprend que pour se faire pardonner les sauriens aient décidé de ressortir le film dans une version plus correcte, en le couplant à Dans les profondeurs du triangle des Bermudes (retitré pour l’occasion Le Monstre des Bermudes, ça prend moins de place sur la jaquette), sorti dans les mêmes eaux (1978 pour tout dire). Rien à redire sur cette version d’ailleurs, moins fainéante, à l’image plutôt correcte, et avec les sous-titres bien ajoutés cette fois. Et puis avec quelques bonus pour faire bien : une présentation par Alain Vézina, un module sur les mondes perdus avec Sébastien Steyer et un autre sur les dinos avec Gilles Penso. Pas loin de 50 minutes de suppléments, mine de rien… Mais est-ce que le plat principal – soit le film – vaut bien que l’on sorte les beaux couverts ? Il ne mérite en tout pas d’être renvoyé en cuisine.

 

lastdino1

lastdino6

 

Pas forcément à la grâce d’un pitch particulièrement novateur, car on se retrouve avec l’habituel potage préhistorique, fait de savants et de chasseurs utilisant une fusée en forme de foreuse (Shredder des Tortues Ninja a la même dans la série animée) pour creuser la croûte terrestre et se retrouver dans une sorte de lac sous-terrain. Et qui y vit ? La faune habituelle du genre bien sûr, avec ses hommes des cavernes crasseux, ses ptérodactyles fendant les nuages, ses ancêtres des rhinocéros, ses sangsues grosses comme des chaussons et l’inévitable roi du jurassique, l’obligatoire T-Rex. Welcome to the jungle, et pour un bon moment puisque le tyranno, blagueur à ses heures, chipe la fusée pour aller la planquer dans sa collec’ d’ossements. Et voilà le vétéran Richard Boone (l’homme au nez en forme de patate, grand habitué des westerns), la reporter blonde Joan Van Ark (le soap Côte Ouest), un laborantin japonais (Tetsu Nakamura de Mothra, dans son dernier rôle), le survivant d’une précédente expédition (Stephen Keats de Silent Rage avec Norris et Death Sentence avec Bronson) et un Africain spécialisé dans la chasse (Luther Rackley, dont c’est le seul gros rôle sur deux films tournés!) de se retrouver coincés sur place, forcés qu’ils sont de survivre tant bien que mal. On repousse la tribu rivale le lundi, on chasse le gibier le mardi, et le reste de la semaine on fait de son mieux pour se débarrasser de ce décidément fort encombrant Tyrannosaurus, qui prend un malin plaisir à les harceler. La routine pour le style, et le genre de pelloche jadis populaire dans les années 50 ? Oui, mais pas que…

 

lastdino2

lastdino5

 

Car s’il y a bien évidemment un côté Bert I. Gordon très appuyé dans tout ça (on se souvient de King Dinosaur), notamment en utilisant des effets visuels permettant de mélanger des humains désormais minuscules à des monstres alors pris de gigantisme, le tout jouit surtout d’une patine toute nippone. Normal : en bonne production américano-japonaise, Le Dernier Dinosaure profite de trucages que les yankees n’utilisaient que rarement, soit des costumes dans lesquels de pauvres hommes devaient suer des litres entiers. Pas de quoi faire écarquiller les mirettes du petit dernier de la famille, qui aura sans doute déjà vu les bestioles de Jurassic World et entre deux paquets de chips au paprika, mais l’assurance de faire couler une larme salée le long des joues des nostalgiques de l’époque où l’on confectionnait encore les streums à la main. C’est d’ailleurs dans ce savoir-faire à la japonaise, dans cet artisanat typique du kaiju-eiga que se trouve tout l’intérêt du film d’Alexander Grasshoff (The Jailbreakers) et Tsugunobu Kotani (The Bushido Blade), l’un s’occupant certainement du casting américain tandis que le second était probablement occupé à fignoler les apparitions des dinosaures. Toujours belles ces séquences d’ailleurs, même lorsqu’elles sont tirées par les cheveux (le T-Rex traîné par un rocher et la liane la plus solide du monde : on n’y croit pas un quart de seconde), grâce à des décors de studio crédibles et des trucages, s’ils sont voyants, qui permettent une certaine générosité. Car après 20 minutes d’intro un peu longuettes, ça joue franchement le jeu du cirque préhistorique, avec ses bagarre contre les sauvageons et ses astuces pour foutre une rouste aux dinos. A l’ancienne, et désormais le type de films dont certains se moquent en criant au nanar sur tous les toits, mais toujours aussi charmant tout de même.

 

lastdino3

lastdino4

 

Et puis il faut le reconnaître, pour une Série B du cru, le script (de William Overgard, par la suite à la plume pour la série Cosmocats) parvient à créer un bon personnage en la personne de Masten Thrust (Richard Boone bien sûr). Détestable au possible, ce mégalomane riche assoiffé de sang (Monsieur aime épicer tous les animaux qu’il croise au plomb de chasse), quand il ne répand pas sa misogynie et ne gueule pas sur tout le monde, est une attraction aussi forte que les reptiles eux-mêmes. Que ce soit parce qu’on adore le haïr, ou parce qu’il finit par glaner une certaine forme de noblesse ou de respect, en refusant en dernière bobine de repartir pour un monde plus civilisé, arguant qu’il a un combat à finir dans cet enfer vert et que, de toute façon, il y est plus à sa place, lui qui est au final le vrai dernier dinosaure. Un personnage sacrément ambigu, capable d’être à deux doigts de tirer dans le dos de l’un de ses potes, et presque touchant lorsqu’il tente de séduire la journaliste, qu’il aime sincèrement. Un travail psychologique plus intéressant qu’il n’y paraît, et que l’on ne pensait pas retrouver dans ce The Last Dinosaur bien loin de mériter les moqueries. Et dont le destin aurait pu être autrement plus beau : prévu pour le cinoche, le film finira par faire son nid à la télévision. Arrivant après un Dents de la Mer autrement plus costaud et plus en phase avec son époque, Le Dernier Dinosaure semblait déjà d’un autre âge et ne convainquit pas grand monde. C’est bien dommage…

Rigs Mordo

 

lastdinoposter

 

  • Réalisation : Tsugunobu Kotani, Alexander Grasshoff
  • Scénarisation : William Overgard
  • Production : Jules Bass, Arthur Rankin Jr., Noboru Tsuburaya
  • Titre Original : The Last Dinosaur
  • Pays : Japon, USA
  • Acteurs : Richard Boone, Joan van Ark, Steven Keats, Luther Rackley
  • Année : 1977

2 comments to Le Dernier Dinosaure

  • Roggy  says:

    Complètement d’accord avec ta chro sur la bonne ambiance du film et le charme des effets visuels. Richard Boone en fait des caisses pour notre plus grand plaisir.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>