Le Caveau de la Terreur

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Amicus suite, avec cette fois Le Caveau de la Terreur dans nos lecteurs, et les éditions ESC toujours à la manœuvre dans un mediabook de toute beauté là encore, sachant marier l’élégance formelle de l’emballage (la cover est sacrément jubilatoire) et les qualités plus fondamentales du contenu : pour un visionnage éclairé et informé, on se reportera donc au livret explicatif de Marc Toullec (16 pages) et aux modules de Laurent Aknin (présentation générale de la Amicus et entretien plus spécialement consacré au film ici gravé). Bref, les habitudes ont du bon au pays d’ESC, qui n’en font point trop non plus dans leurs combos, tout en rendant bel hommage à la division omnibus de la Amicus. Sans compter bien sûr l’essentiel, le film, proposé ici en VF ou en VOSTF dans une copie absolument parfaite… qui, pourtant, ne m’éloignera pas de ma vieille VHS (CBS Fox, collection L’Ecran Fantastique). Fétichisme quand tu nous tiens…

 

 

Et fétichisme au carré, car il s’agit là du Caveau de la Terreur (1973), alias The Vault of Horror : un Histoires d’Outre-tombe II dans l’esprit, et le meilleur d’entre tous pour bibi, peut-être parce qu’il fut le premier du cycle que je vis. On connaît la force du symbole dans ce domaine. Le meilleur oui, mais pas le plus aimé, loin s’en faut, qui démarrait mal dans la vie pour ainsi dire. Dans l’ordre chronologique, Le Caveau de la Terreur fait suite à Asylum et à Histoires d’Outre-tombe, et l’on sait bien qu’il est difficile de briller dans un ciel déjà étincelant… Chaotique et conflictuelle, la genèse du Caveau… ne préfigurait rien de bon non plus : comme l’explique Marc Toullec, ce qui devait être une suite naturelle à Histoires d’Outre-tombe – empruntant à la source des EC Comics de Bill Gaines – se transforme en imbroglio d’egos… N’empêche que Milton Subotsky, scénariste assez génial, parvint parfaitement à se fondre dans le moule de la bande dessinée ricaine : cruauté et malice, insolence absolue et moralisme punitif, récit très court et chute sanglante.

 

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Et puis la production essuya le refus de Freddie Francis à la réalisation, qui n’y perdit pas vraiment au change puisque la direction du film fut confiée à l’une des meilleures chevilles ouvrières de la British Horror, Roy Ward Baker (Asylum dans le même rayon). Pas de grosses stars non plus qui furent harponnées par les producteurs, et absence notable de Peter Cushing, abonné jusque-là aux films à sketches de la firme. Si faute de grives on mange des merles, on peut aussi y voir une chance du destin, car l’affiche réunie ici est en béton armé, sans superstars de l’horreur certes, mais qui assure à l’ensemble un niveau de qualité bien supérieur au tout-venant ; la marque, aussi, des productions Amicus : entre autres beaux acteurs, Anna Massey (Frenzy, Le Voyeur), Terry-Thomas le moustachu (La Grande Vadrouille), Curd Jürgens bien sûr, Denholm Elliott (déjà présent dans La Maison qui Tue), Dawn Adams, Michael Craig… Du solide à tous les étages et à tous les récits, tant qu’à la fin l’on peut se demander si les handicaps du Caveau de la Terreur n’ont pas mué en atouts avec le temps… Un accouchement douloureux ne signifie pas forcément bébé contrefait, et les cruels forceps ne blessent pas toujours l’enfançon nouveau-né. Bref, ce n’est pas parce que Le Caveau de la Terreur fut un échec critique et commercial à l’époque, que le film ne tient pas aujourd’hui les promesses de son affiche et de son pitch. De ses pitchs plus exactement, car le film est évidemment bâti sur le patron qui commande tout le cycle : une poignée de sketches (cinq), couturés par un fil narratif ténu et un thème rassembleur plus essentiel. Les cauchemars en l’espèce, du moins à ce qu’il semble… Cinq inconnus se retrouvent donc dans l’ascenseur d’un immeuble londonien et descendent jusqu’à un sous-sol étrange, transformé en salon cosy. Là, nos futures victimes se racontent à tour de rôle leur plus mauvais rêve, récits constituant la matière première des segments au menu. Bien sûr, un funeste destin gouverne à leur aventure, et l’épilogue ne fait pas exactement “penser printemps” : en réalité, l’Enfer est dans la relation éternelle de leurs péchés et de leurs crimes… La punition par la langue toujours déliée en quelque sorte.

 

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Les prémices ont un peu changé certes (des catacombes maudites de Highgate à un immeuble tout moderne, si l’on compare le film à Histoires d’Outre-tombe), mais le plat a sensiblement le même goût : en gros, les puissances invisibles feront payer cher aux humains leurs frasques et leurs vices. Oui, soyez sages les enfants, car vampires et autres démons indiens veillent au grain… Le même goût disions-nous, mais peut-être plus salé question humour noir, plus ironique dans cette manière de cruauté très BD et dans cette distance prise avec l’horreur du propos. En témoigne notamment The Neat Job, au cours duquel un maniaque du rangement – et phobique de l’impureté – paiera le prix fort de son obsession. L’ancêtre d’Upson Pratt dans Creepshow ? Peut-être bien. N’empêche que le segment ménage quelques séquences proprement loufoques, dont le dénouement lui-même ne laisse pas d’amuser… Comme Bargain in Death d’ailleurs (quatrième portion du film), dont le héros – scénariste de BD horrifiques – lit plein écran la novellisation d’Histoires d’Outre-tombe… La mise en abyme fait bien plaisir à voir. Fabriqué sur la peur primale de l’enterrement vivant, le récit exploite aussi le motif classique des résurrectionnistes, pour twister et retwister dans son dernier quart… Bref, on s’amuse bien dans The Vault of Horror, rien n’est tout à fait sérieux, même cette première histoire de vampires (Midnight Mess) qui débutait pourtant comme une crime story basique (héritage et sororicide) pour finir en conte fantastique quasi grotesque, avec buveurs de sang aux canines exagérément fake

 

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Cependant, les troisième et cinquième parties rééquilibrent un peu la balance, puisant à l’horreur exotique de leur cadre et de leur thème : This Trick’ll Kill You plonge dans un orientalisme indien qui fait la part belle à la magie noire, et Drawn and Quartered – ultime et meilleur segment du film –  revient à la mythologie vaudou sur le principe de la poupée, mais avec le médium de la toile peinte. Bien sûr, l’artiste assassin paiera très cher un tel pouvoir de nuisance… Le récit le plus haletant pour tout dire, et le plus “sanglant” : ceci explique peut-être cela. Visiblement, quelques plans un peu “gore” furent sucrés au montage de cette version du Caveau de la Terreur – en particulier dans le premier sketch -, ce qui n’empêche pas de prendre un pied fou à la vision du film : un point d’aboutissement à l’esprit EC Comics pour résumer, qui décontenança peut-être le quidam à l’heure où L’Exorciste allait déferler sur les écrans. Voilà bien l’ancêtre direct de Creepshow en tout cas, et l’on sait qu’en la matière, mieux vaut souvent l’original à la copie.

David Didelot

 

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  • Réalisation : Roy Ward Baker
  • Scénarisation : Milton Subotsky
  • Production : Amicus Productions
  • Titre Original : The Vault of Horror
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Tom Baker, Michael Craig, Terry-Thomas, Curd Jürgens
  • Année : 1973

4 comments to Le Caveau de la Terreur

  • jacques  says:

    Hello David
    Petite précision : le sketch vampirique est également une adaptation d une histoire des EC Comics …

  • David Didelot  says:

    Il me semblait bien aussi, mais je m’étais appuyé sur le livret de Marc Toullec qui semblait dire que c’était aussi l’œuvre de Subotsky. Merci Jacques, je reverifierai et corrigerai.

  • jacques  says:

    Pas de quoi, David. J’ai fait une petite recherche de mon côté et l’histoire s’appelle “Midnight Mess” et était illustrée par Joe Orlando. La VF se trouve notamment page 80 dans le recueil “Les meilleures histoires de Terreur” paru aux Humanoïdes Associés en 1983.

  • David DIDELOT  says:

    Oui, je viens juste de vérifier, et il y a même l’adaptation “radiophonique” sur Youtube, illustrée des planches de la BD. Je vais donc corriger. Merci encore !

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