Death Factory

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Pour le producteur David Sterling, le démoulage de Séries Z, c’est un peu comme le boulot à l’usine : on enchaîne, on enchaîne, on enchaîne ! Est-ce là l’inspiration pour Death Factory (2002), pas la plus mauvaise des quelques 120 autres petites bandes qu’il a sorties depuis 1993 ? Sans doute pas, même si Tiffany Shepis y fait les 3×8 pour liquider de l’ado teubé.

 

 

Ce n’est pas mentir que de dire que l’on croise dans les suppléments de nos chers DVD assez peu de réalisateurs ou comédiens véritablement honnêtes et intéressants à écouter. Du coup, lorsque l’on tombe sur autre-chose qu’une vieille actrice, certes sympathique et souriante mais incapable de se souvenir du film pour lequel elle est interrogée, on en profite doublement. Et s’il semble de prime abord n’avoir pas grand-chose à raconter, le zédard Brad Sykes (une tripotée de Camp Blood, Evil Sister 2, Witchcraft XII: In the Lair of the Serpent) fait surtout preuve d’un calme et d’un recul qui font office d’autant de preuves que le bonhomme est conscient qu’il ne va pas tourner le nouveau Les Hommes du Président la semaine prochaine. « Ma philosophie, c’est de faire un film que je voudrais louer. Des tas de choses m’ont déçu parmi mes locations. Alors j’essaie d’offrir aux gens quelque chose de valable. » clame-t-il en toute modestie, avouant ensuite à demi-mot qu’il n’a pas toujours mis sur le marché que des grands classiques. Présent dans le même bonus du DVD de Death Factory proposé par Uncut Movies (what else?), David Sterling fait preuve d’un peu moins de retenue, prétendant que « Ce film offre plus que ceux à gros budget, parce qu’on fait ce qu’on veut. » L’air de dire que le maigre budget et le peu d’enjeux financiers que représente Death Factory permet à la fine équipe de nous offrir du jamais-vu. Nous n’irons peut-être pas jusque-là…

 

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Car il n’y a rien de bien novateur ou audacieux dans cette histoire, à l’idée de base séduisante (Shepis se transforme en mutante suite à des essais chimiques et trucide tout le monde, plain and simple) et imaginée par Sterling et Jeff Leroy (Creepies et sa suite, Rat Scracth Fever) mais dont on ne tire qu’un script sacrément routinier. Direction slasher toute pour Sykes, qui nous refait finalement Camp Blood, mais sans la forêt et dans une usine. Ou plutôt des bureaux abandonnés, car on est très loin d’un décor à la ArcelorMittal : Death Factory, c’est surtout la visite de locaux vidés de leurs bureaux, dans lesquels on a jeté quelques vieux matelas, divans ou vieux cartons pour faire croire à un squat de clochards. Et les murs du sous-sol où séjourne la vile mutante aux dents longues et aux doigts griffus, ils sont bien évidemment en frigolite ! Du pur David Sterling en somme, tout cinéphile déviant étant déjà passé sur l’une de ses productions sachant fort bien que l’on est toujours à deux doigts de l’amateurisme pur et dur. Et que le gaillard n’est pas contraire à l’idée d’envoyer ses nénettes et toute l’équipe technique dans un cagibi pour y tourner toute une journée. N’empêche, l’affaire a beau avoir coûté à peine plus cher que ce que j’ai payé pour la galette (soit 5€), il y a quelque-chose que l’on ne peut retirer à Sterling et Sykes : on ne s’emmerde guère face à ce jeu de massacre situé dans la crasse. C’est pourtant la rengaine habituelle, faite d’étudiants pressés de vider des godets et s’adonner aux joies des caresses intimes, rejoints par une boogeywoman se nourrissant de leur sang et toute contente de les déchirer un à un. Classique, jusque dans la présence du gros dard (et gros bidon) Ron Jeremy, roi de la moustache et de la sodo que l’on croise dans à peu près tous les no budget tournés à la même époque.

 

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Moins audacieux que ce que le père Sterling tente de nous faire croire, tout ça. Et ce jusque dans les tueries puisque c’est surtout à des coups d’ongles jamais limés (et en acier, Wolverine style) ou de chicots de fer que Death Factory déploie son gore, peu sophistiqué mais généreux en coeurs arrachés à mains nues ou en globes oculaires torturés. Les effets se limitent à quelques gerbes de sang crachée par des comédiens à côté de la plaque, mais ont le bon goût de revenir régulièrement, Sykes étant bien conscient qu’il vaut mieux sprinter et choyer son tempo quand on manque de tout. Y compris de talent ? Pas forcément, car si le metteur en scène nous avait laissé avec un  goût de merde en bouche à la sortie du bois pourri Camp Blood, il parvient cette fois à tirer le meilleur de son monstre, miséreux lorsqu’il est dans la lumière mais dont la silhouette peut donner la chair de poule lorsqu’il se contente de la pénombre des arrières-plans. Et puis, même si le décorum n’est pas convaincant pour un sou et que les maquillages laissent à désirer, le principe de cet être transformé par des scientifiques chtarbés en une créature ne se nourrissant que du sang des SDF paumés dans son taudis fait son petit effet. Encore faut-il savoir rabaisser son niveau d’exigences à celui d’un gros Z, forcé de dérouler son générique de fin au ralenti pour atteindre 80 minutes de film. Et si pour vous David DeCoteau n’est pas un grand artisan sous-estimé et Fred Olen Ray n’est pas l’égal d’un Tobe Hooper, c’est même pas la peine de songer à vous enfiler Death Factory. Par contre, si les divinités devant lesquelles vous vous agenouillez s’appellent les Polonia Brothers ou Brett Piper, et que l’idée de voir quelques pépées incapables de jouer correctement montrer leur beaux nibards entre deux dialogues concons vous refile la trique, ça devrait le faire. A noter, pour les courageux et les curieux, qu’une suite, Death Factory : Bloodletting, vit le jour en 2008 sans pour autant parvenir à lancer une grosse franchise comme Sterling les affectionne.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Brad Sykes
  • Scénarisation : Brad Sykes
  • Production : David Sterling
  • Pays : USA
  • Acteurs : Tiffany Shepis, Lisa Jay, Karla Zamudio, Jeff Ryan
  • Année : 2002

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