Killer Crocodile

Category: Films Comments: No comments

killercrocoteaser

Le départ récent de Nicolas Hulot de l’équipe du petit Manu a réveillé chez nous l’envie de nous envoyer dans les gencives une bonne petite bisserie écolo. Est-ce que Killer Crocodile  (1989), avec son saurien nourri aux déchets radioactifs et sa bande d’utopistes, partis à la chasse aux pollueurs, ferait vibrer le petit coeur d’Eva Joly ? Plutôt celui des gros bourrins en quête de membres arrachés dans de l’eau croupie, à dire vrai…

 

On l’oublie un peu vite, mais en plus de sa grosse carrière de producteurs de Séries B ritales (les meilleurs Fulci, Les Guerriers du Bronx, Zombie Holocaust…), Fabrizio De Angelis tâta de la caméra durant une quinzaine d’années. Principalement pour torcher quelques bandes sentant bon les aisselles de camionneurs polonais, dans lesquelles on dégaine le bazooka pour faire sauter des huttes, quand on ne sort pas les AK-47 pour vriller la gueule de sinistres bandits. Des films de costauds se la jouant John Rambo, des bobines où ça use du karaté ou des polars à la mâchoire serrée comme les trois Thunder, Karate Warrior ou Autorisé à Tuer, avec cette vieille trogne de Fred Williamson. L’art de la guerre, et l’étude de la justice sans somation, en somme. On peut néanmoins comprendre qu’au bout d’un moment il soit tentant de quitter les champs de bataille et les armureries pour plonger la tête la première dans le genre horrifique : non seulement ça permettra au Fabrizio de varier un peu les plaisirs, mais en plus le genre reste commercialement viable, même si la fin des années 80 commence à répandre une odeur de roussi sur la production italienne… Mais il reste encore une carte à jouer, celle de l’animal attack, genre toujours en forme et apprécié d’un public loin d’être séché de sa rencontre avec Les Dents de la Mer. Histoire de changer un peu des requins – dont les pelloches de l’époque étaient si interchangeables qu’elles partageaient souvent les mêmes plans, voir pour s’en convaincre le trio infernal La Mort au Large/Deep Blood/Cruel Jaws – De Angelis se met à la machine à écrire avec le Mr Script du ciné de genre local – Dardano Sacchetti, donc – pour se fendre d’un Killer Crocodile préférant le cuir aux ailerons.

 

killercroco1

killercroco2

 

Une toute petite production encore, faite avec de la ficelle et trois feuilles mortes, tournée en République Dominicaine avec son vieux baroudeur du bis latin (Ennio Girolami des Nouveaux Barbares) et son vétéran se demandant sans doute comment sa carrière a pu dégringoler à ce point (Van Johnson de La Scène du Crime). Et bien sûr, quelques jeunes Américains embauchés pour donner une patine plus internationale à une bande sinon trop européenne, des amateurs qui ne feront pas grand-chose si ce n’est de la figuration : Sherrie Rose se retrouvera dans la série Black Scorpion, et le héros Richard Anthony Crenna écope de minuscules rôles dans The Blob version 88 et Predator 2 avant de passer sur la série Roswell. Plutôt des étoiles filantes que des grosses stars, que De Angelis envoie patauger dans la merde, tel des boy scouts sortant les jumelles pour retrouver des fûts toxiques dans des fleuves pour ensuite y aller de leurs petits rapports. Enfin, ça c’est si tout se passe comme prévu et que le vilain croco de six ou sept mètres de long ne vient pas les croquer sous la tente, bien sûr.  Un pitch on ne peut plus simple, et auquel on vient greffer des autorités désagréables et malhonnêtes (Van Johnson incarne un juge corrompu, Bill Wohrman des deux Porky’s et Nightmare Beach endosse le marcel d’un salopiaud jetant ses crasses dans les pantoufles de Dame Nature) et l’obligatoire vieux loup de mer (Girolami), solitaire fermement décidé à se faire un sac-à-main avec le saurien tueur d’hommes. La relative nouveauté de Killer Crocodile, c’est le caractère des jeunots, des idéalistes désireux de sauver l’animal de la mort, quand bien même celui-ci a déchiqueté l’une des leurs dans le premier quart d’heure du film. Un état d’esprit à la Aymeric Caron de courte durée, puisque les ultimes minutes voient l’un des gus changer son fusil d’épaule et devenir un être assoiffé de vengeance, faisant même des gros yeux de détraqué lors de l’affrontement final qui le voit balancer une hélice de bateau dans la gueule du monstre. Bien trashouille tout de même, et pessimiste dans ce retournement de situation voyant les plus pacifistes se transformer en des maniaques avides de violence.

 

killercroco3

killercroco4

 

La finesse, De Angelis la laisse volontiers à d’autres, conscient qu’il est que son potentiel public attend surtout de lui que des jambes et bras soient décollés de leur tronc, et que les torses soient broyés entre les dents de son méchant reptile. Que ça gicle, pour le dire autrement. A ce niveau, rien à redire sur Killer Crocodile, qui a le bon goût de montrer le bestiau régulièrement et d’organiser des attaques toutes les dix minutes à peu près. Puisque Gianetto de Rossi (Haute Tension, L’Enfer des Zombies, Pulsions Cannibales) se charge des maquillages cracras, on prend un plaisir non-feint à scruter les dépouilles labourées de pauvres demoiselles séjournant à la morgue, ou on observe la dérive de torse mâchés par le monstre, oubliant volontairement que le crocodile en question, s’il est plutôt joli, est moins vivace qu’un tronc d’arbre. Mais c’est ça aussi le cinoche cheapos venu de Rome… Rien de bien grave, et le côté mal foutu de l’ensemble fera moins loler que l’ahurissante séquence du ponton, lors de laquelle une gamine se maintient pour ne pas tomber dans la flotte, où l’attend bien sûr le crocodile de la mort comme dirait l’ami Tobe. Et plutôt que de la tirer par le dessus, un grand con décide de partir faire trempette pour la pousser par le bas, histoire de finir par se faire boulotter par Wally Gator. Un autre mec arrive, pour tirer la petite (en tout bien tout honneur, hein) par le dessus cette fois ? Les planches en bois craquent et le malheureux passe au travers, pour se faire manger tout cru à son tour ! Et que dire de tous les glandus observant la scène au lieu d’aider ? Pour le coup, le rire est permis, surtout devant ce genre de séquences valant bien toute la filmographie de Dany Boon et Isabelle Nanty réunies. Rajoutez par-dessus le marché une troupe de héros nous donnant une bonne idée d’à quoi ressemblerait un épisode d’Ushuaya si Hulot était remplacé par la fine équipe d’Hélène et les Garçons et vous obtenez Killer Crocodile, bande fauchée et au doublage souvent fendard mais au rythme qui ne connaît pas la crise et disposant d’un filmage ne manquant pas d’idées (la vue subjective derrière un masque à gaz, le ralenti sur le lancer de chapeau). Pas un indispensable, mais si vous n’êtes pas contre le bis décérébré mais hautement divertissant, ça devrait le faire. Sorti en combo avec sa suite (dont on va forcément recauser…) chez Neo Publishing, qui n’en finissait plus de remplir nos étagères avec de jolies cochoncetés de ce type.

Rigs Mordo

 

killercrocoposter

 

  • Réalisation : Fabrizio De Angelis
  • Scénarisation : Fabrizio De Angelis, Dardano Sacchetti
  • Production : Fabrizio De Angelis
  • Pays : Italie
  • Acteurs : Richard Anthony Crenna, John Harper, Ennio Girolami, Van Johnson
  • Année : 1989

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>