Frissons d’Outre-Tombe

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On le voit chez ESC et ses mediabooks : la Amicus a la cote auprès du public français, visiblement ravi de replonger encore et toujours dans les anthologies frissonnantes de ces éternels rivaux de la Hammer. Des concurrents qui visaient toujours juste ? Le médiocre Frissons d’Outre-Tombe (1974) tend à prouver le contraire…

 

 

Devait pas faire le fier, le brave Kevin Connor lorsque l’on lui proposa de tenir les rênes de Frissons d’Outre-Tombe, alias From Beyond the Grave, énième film à sketchs que la Amicus compte bien mettre sur le marché dans la première moitié des seventies. S’il n’est pas un chiot d’hier et peut même se vanter d’avoir une petite carrière de monteur, Connor avouait en effet lui-même qu’il n’avait jamais réalisé quoique ce soit et qu’il était peut-être risqué pour le studio de lui offrir le trône de metteur en scène. Ce a quoi ses producteurs lui répondirent du tac au tac que les monteurs font souvent les meilleurs réalisateurs. Des paroles de nababs malins et bien conscients que le budget riquiqui de leur prochaine sortie limite les risques de se planter, mais des propos pas forcément faux non plus. Et qui se vérifieront d’ailleurs, Kevin Connor devenant un faiseur de bandes populaires plutôt important à l’époque, nous offrant notamment l’un peu surestimé Nuits de Cauchemar (aka Motel Hell, 1980) et une brouette pleine de pelloches branchées « vacances dans des mondes perdus ». Le Sixième Continent, Centre Terre, septième continent, Le Continent Oublié, Les Sept Cités d’Atlantis : tout ça, c’est du Connor, agence de voyages risqués faite homme ! Une jolie carrière qui continue de s’allonger de nos jours via de nombreux téléfilms, alors que le bon Kevin est désormais octogénaire. Sacré forme, quand même… Et sacrée chance que d’avoir débuté avec From Beyond The Grave, petite prod. certes, et pas tout à fait l’un des Amicus Movies les plus célébrés à dire vrai, mais une chance inespérée de croiser une belle brochette d’acteurs cultes. C’est que tout le monde n’est pas veinard au point de pouvoir faire ses premiers pas en compagnie de Donald Pleasance (Halloween, L’Impasse aux Violences, mais vous savez déjà tout ça), Ian Ogilvy (le méconnu mais terriblement bon The Sorcerers de Michael Reeves, Le Grand Inquisiteur du même Reeves), David Warner (La Malédiction, Waxwork, Necronomicon… et Les Tortues Ninja II surtout!), Ian Bannen (Doomwatch, Les Yeux de la Forêt) ou encore Diana Dors (Nothing but the Night, Théâtre de Sang). Un beau casting, dans lequel est probablement passé une bonne partie du budget, Frissons d’Outre-Tombe ne proposant malheureusement rien de plus qu’un alléchant défilé de comédiens…

 

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Reliés bon an mal an à une boutique de vieilles breloques tenue par Peter Cushing, les sketchs entraînent dans le tourment les clients les plus pingres de ce vieil antiquaire, coupables qu’ils sont d’avoir volé sa marchandise ou de lui avoir plus ou moins forcé la main à baisser ses prix. En somme, plus on est cupides dans son petit magasin, plus on le paye cher ensuite… On a vu pire manière de raccrocher les wagons, et puisque nous sommes toujours heureux comme des gamins de primaire devant une confiserie lorsque déboule l’ami Cushing (pourtant peu aidé par les paillassons qui lui ont été collés sur les sourcils), on entre dans From Beyond the Grave avec l’optimisme en poche. Au point qu’on ne s’inquiète guère de la relative fadeur du premier récit, dans lequel David Warner ramène dans son appartement un miroir vieux de plusieurs centaines d’années et dans lequel semble coincé un fantôme barbu. Et très influent, le spectre pousse Warner, qui eut la mauvaise idée de s’adonner à une séance de spiritisme sous la glace, à liquider des jeunes femmes pour le ramener à la vie. Rien de bien original, mais quelques scènes font de l’effet (la première rencontre entre le David et son ectoplasme looké comme un clochard, les plans à l’intérieur du miroir) et l’un dans l’autre le côté Tales from the Crypt est respecté. Pour sûr qu’on sait d’avance comment ça va se finir, mais en même temps on sait aussi par expérience que les films à sketchs débutent le plus souvent par leur partie la plus basique et facile d’accès, histoire de mieux monter en puissance par la suite.  Vraiment ?

 

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Car on peut se poser la question avec cette longuette seconde trame voyant Ian Bannen se lier d’amitié avec un vendeur d’allumettes sans le sou (Donal Pleasance). Au point d’aller manger chez lui et sa fille (Angela Pleasance, fille de son père, est un sommet de bizarrerie)  pour échapper à sa triste vie de famille, faite d’une femme toujours à l’heure lorsqu’il s’agit de le rabaisser (Diana Dors) et d’un mouflet hilare quand ses parents s’adonnent aux bisbilles. S’il retrouve un peu de plaisir chez les Pleasance, qui lui offrent délicieux gâteaux et parties de jambes en l’air avec la so strange Angela, Bannen se frotte surtout à une famille n’ayant rien contre la magie noire. Là encore, on a droit à un final bien dans l’esprit des EC Comics, et on le voit encore une fois venir, mais que c’est long pour en arriver là… C’est pas déplaisant pour un sou, et là encore les interprètes et une certaine ambiance zarbi fait que l’on ne s’emmerde pas vraiment, mais l’ensemble manque tout de même d’attrait visuel, d’élément fantastique dont on se souviendra encore le lendemain. On ne parlera pas de fainéantise, d’autant que si les goules et les démons ne sortent pas de leur trou volcanique, c’est principalement dû à un criant manque de moyen. N’empêche que le tout est bien trop sobre pour remporter l’adhésion. Et ça continue malheureusement dans cette voie par la suite, avec la fable d’un vieux type ayant volé une tabatière à Cushing pour au final se coltiner un diablotin invisible (ça coûte moins cher) juché sur l’épaule. Pour virer cette saloperie qui ne cesse de tenter d’étrangler bobonne, est appelée à la rescousse une voyante, dont les quelques incantations briseront la porcelaine du couple. Ca sera tout pour les effets, Connor ne pouvant de toute façon proposer plus lors de ce sketch à base de poltergeist sans grand intérêt, et qui garde la tête hors de l’eau grâce à sa médium, rigolote. Reste que ça fait peu…

 

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Est-ce que l’ultime chapitre rattrapera le coup ? Un peu, car cette affaire de beau gosse achetant une étrange porte pour la placer devant son cagibi a des arguments plutôt flippants en sa faveur. En effet, à compter de ce jour, le placard donnera plutôt sur une étrange pièce bleue, visiblement issue d’un manoir dans lequel vit un fantôme pas contraire à l’idée de lui enlever la petite amie du héros. De quoi refiler la chair de poule, d’autant qu’on en arrive enfin à des contours gothiques avec cette pièce poussiéreuse et ses vieux grimoires. Dommage que le big bad ghost n’est rien d’autre qu’un vieux châtelain portant la moumoute, une sorte de mousquetaire à la retraite qui aurait mieux fait de rester dans l’ombre… Une petite éclaircie tout de même que ce final, satisfaisant mais pas encore assez fortiche pour sauver réellement un Frisson d’Outre-Tombe bien trop économe en effet pour convaincre. Si la Amicus ne s’est que rarement envolée au point de rejoindre la Hammer dans les nuages, il était tout de même permis de s’attendre à bien mieux que cette soupe tiède…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Kevin Connor
  • Scénarisation : R. Chetwynd-Hayes, Raymond Christodoulou et Robin Clarke
  • Production : Max Rosenberg et Milton Subotsky
  • Titre Original : From Beyond the Grave
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Peter Cushing, David Warner, Donald Pleasance, Ian Ogilvy
  • Année : 1974

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