The Witching Season

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Entre deux fake news plus ou moins drôles auxquelles les gogos croiront quand même, et quand il n’y a plus de vaines polémiques à recracher sur les écrans des smartphones, le net peut être un doux foyer pour les réalisateurs soucieux de faire leurs premières dents. La preuve avec The Witching Season, web-série se présentant comme une version adulte de Chair de Poule et se déroulant donc à Halloween ? Pas si sûr.

 

On vient à peine de finir de causer de Justin M. Seaman pour son excellent The Barn (2016) que l’on se doit déjà de retourner dans son univers via The Witching Season. Non pas que le bonhomme soit l’une des forces créatrices du projet, pour lequel il n’est pas réalisateur, mais il décida de le sortir en haute-définition via sa boîte Scream Team Releasing. Bon empaqueteur, le Justin a offert à cette courte série de cinq épisodes, dont la durée oscille entre dix et vingt minutes, un artwork de toute beauté, du genre à vous hameçonner la rétine et vous pousse à passer commande dans la seconde. Quelques allers-retours sur Paypal et un voyage USA/Belgique plus tard, on tient enfin dans les mimines cette prometteuse entreprise, imaginée par deux metteurs en scène faisant encore leurs premiers pas. Soit James Morris et Michael Ballif, qui se répartissent cinq épisodes comme on se partage les bonbons glanés lors de la soirée du 31 octobre, ici au centre de chaque segment. Bien sûr, une fois réunis dans le même DVD, tous ces chapitres prennent finalement la forme d’un film à sketchs, même si les génériques de début et de fin viennent rappeler entre chaque récit qu’ils étaient à la base séparés. Ce qui est d’autant moins grave que c’est là l’occasion de se refaire la bande-son Carpenterienne composée par Slasher Dave, métalleux (on le croise dans les excellents groupes Acid Witch et Horrific) peu à peu en train de prendre des galons en tant que faiseurs de soundtracks. Synthé fantomatiques sortis des années 80, ambiance automnale ensoleillée, décorations d’Halloween… Un opening idéal pour mettre dans le bain, et pour tout dire le meilleur de The Witching Season. Car derrière, si ce n’est jamais honteux, c’est pas la folle joie non plus.

 

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On ne s’inquiète pourtant pas trop lors de la première partie, parce que l’on sait que les ouvertures des bandes omnibus commencent toujours mollement et brossent le fan dans le sens du poil, comme ici avec ce Killer on the loose se la jouant slasher à twist prévisible. C’est du déjà-vu, mais on devine que ce n’est là qu’un avant-goût, un petit four fait pour laisser le temps de s’installer confortablement, en attendant que les choses sérieuses débutent et que le plat principal cuit tranquillement. Et puis ce petit jeu de cache-cache faisant de l’oeil à La Nuit des Masques de Papy Carpy se suit plutôt bien et rassure quant à la teneur visuelle de The Witching Season : malgré un budget bien mince et des équipes réduites, le tout aura tout de même de la gueule et va soigner son climat. Les problèmes commencent véritablement avec la seconde offrande, Princess, dans laquelle une petite fille trouve une peluche à la tronche en biais qui pourrait s’avérer être possédée. Et donc mortelle… Primo, on se retrouve à nouveau avec une thématique archi-rabattue, et secundo, on capte tout aussi rapidement que ces quelques minutes branchées demonic toy ne vont pas pisser bien loin. On ne se trompe guère : après une dizaine de minutes, l’affaire se termine sans qu’aucune séquence ne soit venue marquer réellement les esprits, même si comme Killer on the Loose, l’ensemble se suit d’un œil distrait, pour peu que vous ayez une marmite de bonbecs dans laquelle plonger vos griffes. Est-ce que ça ne commencerait pas à sentir doucement le sapin, cette affaire ?

 

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Si, et on en a la confirmation avec Not Alone, dans lequel un pauvre type reçoit la visite d’un extra-terrestre dans sa piaule, une fois la nuit tombée. Encore une fois, c’est du bien torché, et cette ombre venue des étoiles peut même dresser quelques poils, mais n’avons-nous pas vu tout cela un bon paquet de fois désormais ? On pense à Dark Skies de chez Blumhouse, ou plus proche de nous géographiquement au très bon court La Quatrième Nuit des frères Leroux, et l’on se sent finalement kidnappés dans une quatrième dimension dont on connaît déjà tous les angles. M’enfin, la conclusion est suffisamment méchante pour que l’on garde à nouveau notre bic rouge dans notre plumier et que l’on refile la moyenne à The Witching Season, en espérant tout de même que l’élève, certes studieux, finisse par montrer un peu plus d’imagination pour ses deux devoirs restants. Elle vient heureusement avec They Live Inside Us, dans lequel un scénariste en panne d’inspiration (tiens donc…) part écrire un film d’horreur dans une baraque présumée hantée, là où un père de famille liquida sa tribu avant de se faire sauter le caisson. Un point de départ prometteur qui servira à triturer la culpabilité et la mauvaise conscience d’un premier rôle loin d’être tout blanc, mais que l’on louera surtout pour sa variété. Car outre une tentative évidente de se rouler dans les tapis d’Amityville, on passera par le slasher forestier, le film de clown maléfique et, plus intéressant, l’épouvantail vindicatif au gré des essais scénaristiques du personnage, indécis quant à la direction qu’il doit apporter à son script. Sans conteste le meilleur de The Witching Season, et la partie la mieux réalisée (Michael Baliff est globalement plus inspiré que son compère James Morris). Comme s’il s’était rendu compte qu’il tenait peut-être quelque-chose, le même Baliff tente de monter un long-métrage du même nom, et probablement avec le même principe en ce moment même. Une histoire à suivre, et pour l’heure une montée en puissance bienvenue.

 

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Une montée en puissance, certes, mais suivie d’une légère baisse de tension avec Is that You ?, loin d’être déplaisant mais à nouveau très balisé : alors qu’elle est coincée au lit pour cause de jambe cassée, une ado découvre qu’une entité démoniaque s’est infiltrée dans sa bicoque pendant la nuit du trick or treat. Encore une fois, de part les jumpscares et l’ambiance générale, on se sent un peu dans la couette de chez Blumhouse, l’efficacité en moins… On saluera une belle sorcière, sacrément creepy lorsqu’elle patiente dans un couloir à scruter sa future victime, mais on regrettera une fois de plus la banalité des situations. The Witching Season ne serait-il finalement qu’une belle affiche et un beau générique ? Peut-être pas, car le plaisir de naviguer dans des banlieues américaines avec des pierres tombales dans les jardins et ses champs de citrouilles reste intact, d’autant que le duo n’oublie pas de flanquer ses persos devant une émission avec un horror host, le Count Spookula. Mais n’y avait-il pas moyen de débarquer avec autre-chose que des histoires de serial-killer, d’envahisseur, de nounours pas zentil ou de spectre flottant ? Et était-il vraiment nécessaire de localiser la quasi-totalité de l’action dans des chambres à coucher ? Le constat est donc amer, et sans doute sévère au vu de la modestie de l’opération, mais on en espérait tellement mieux qu’il est difficile de se satisfaire d’épisodes se contentant d’être dans la norme, sans jamais chercher à proposer plus. Et au vu de la pauvreté de la production récente de films à sketchs, on en vient à se demander si l’on a pas fait le tour du sujet, tiens…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : James Morris, Michael Baliff
  • Scénarisation : James Morris, Michael Baliff,…
  • Production : James Morris, Michael Baliff
  • Pays : USA
  • Acteurs : Belle Warren, Karlee Broschinsky, Emily Broschinsky, Stevie Dutson
  • Année : 2015

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