The Barn

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Si ce n’est quelques âmes tristes ne voyant en Halloween qu’une invasion commerciale de plus pilotée par les États-Unis, tout le monde aime le 31 octobre. Justin M. Seaman, lui, adore carrément le jour des citrouilles, au point de lui offrir un splendide hommage via un The Barn (2016) tourné avec les moyens du bord. Trick or treat, baby !

 

Si certains jeunes gens ignorent toujours de quoi sera fait leur avenir et quel job leur permettra de remplir leur frigo de pots de mayonnaise, d’autres se trouvent déjà une vocation à peine sorti du berceau. Justin Seaman est de ceux-là, lui qui tourne déjà ses premiers essais cinématographiques avant même d’être en âge d’avoir des boutons et de soulever les jupes des filles, et tout cela sans comédiens. Ses acteurs, il les trouve dans sa boîte à jouets, et oppose le king of monsters Godzilla, version plastoc, à ses figurines de Ghostbusters, Tortues Ninja, Les Maîtres de l’Univers ou Batman, le tout dans un Gotham City où est relocalisé le Q.G. des casseurs de fantômes. Une imagination débordante, qui pousse le bambin à imaginer que les lieux les plus banals deviennent l’antre d’atroces monstruosités. Comme cette intrigante grange qu’il aperçut lorsqu’il était chez ses grands-parents et dont il fera le point central d’une bande-dessinée maladroitement créée alors qu’il avait six ou sept ans : The Barn. Créatif, il y loge trois monstres de sa conception, à savoir l’homme-citrouille Hallowed Jack, l’épouvantail The Candycorn Scarecrow et l’employé de la mine fou The Boogeyman. Une vraie armada de maniaques dignes d’un bon slasher des familles, et personne ne sera surpris de voir Seaman dépoussiérer ses trois amis d’enfance une fois venu le temps de passer aux choses sérieuses. The Barn devient donc un long-métrage en 2016, généralement repéré par les fans du genre grâce à son splendide poster, bien que relativement peu vu de notre côté du globe, la faute à un statut d’inédit pour ce petit budget enfanté dans la douleur.

 

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Car comme une large majorité de pelloches nées de l’huile de coude, The Barn souffrit d’une genèse difficile, et Justin Seaman ne fut pas loin de devoir sortir le forceps. Renvoi d’un créateur d’effets spéciaux visiblement peu à sa place sur le tournage, ce qui pousse l’équipe à refaire tous ses sfx, production du film stoppée nette en plein milieu, incapacité à trouver un acteur acceptant de porter le maquillage nécessaire au perso du Boogeyman (c’est dès lors à Seaman lui-même de tenir la pioche)… Que des mauvais souvenirs ? Heureusement non, et la vision du réalisateur est si poussée que son équipe acceptera de se réunir gratuitement pour l’aider à shooter les plans manquants, tandis que Linnea Quigley, à l’origine trop occupée pour faire acte de présence, finira par se joindre aux festivités après avoir vu un premier teaser sur la toile. Quant à Rocky Gray, ancien batteur du groupe de metal à midinettes Evanescence (checkez le Deezer de votre petite sœur, ça y est sûrement), il propose ses services spontanément après avoir découvert l’affiche sur le net, composant dans la foulée une bande originale de première qualité pour The Barn. La passion comme moteur, en somme, et les souvenirs de jeunesse comme carburant, car c’est fermement décidé à rendre un véritable tribut aux dernières lueurs d’octobre que Seaman a agrippé sa caméra…

 

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C’est d’ailleurs son amour pour Halloween qui lui sert de base à la création de son héros Sam, sorte d’adulescent tellement à fond dans la fiesta toute en bonbons et mômes déguisés en sorcières qu’il a érigé une foule de règles à suivre durant le 31 octobre. Au point de foutre la pétoche aux sales garnements osant venir lui quémander des Haribo sans s’être costumés… Inacceptable pour son daron, fatigué de voir sa progéniture refuser de mûrir, mais aussi pour Ms. Barnhart (Quigley), qui somme Sam de faire la tourner des baraques pour réunir des dons en nourriture pour les plus défavorisés. Moins marrant que de recouvrir les maisons de papier toilette, qu’on se le dise, et c’est tout naturellement que Sam choisit d’esquiver ses devoirs pour partir avec ses amis faire du porte à porte et réunir des bonbecs. Non seulement c’est là la chance inespérée de draguer la belle Michelle, mais en plus ils pourront assister au concert de l’un de leurs groupes de heavy metal favori. Mais le plus beau jour de l’année devient aussi le plus meurtrier lorsque toute la troupe s’en va faire un feu de bois près d’une grange réputée maudite, à laquelle tout accès est interdit depuis qu’une fillette y fut tuée quelques décennies auparavant. Les jeunots découvriront bien vite que la légende est on ne peut plus vraie, les démons Boogeyman, Hallowed Jack et The Candycorn Scarecrow sortant de leur sommeil pour liquider tout ce qui bouge… ou presque. Un script eighties en diable, et d’ailleurs situé en 1989, tenant de la déclaration d’amour à son enfance de la part de Seaman, entré dans le septième art pour rappeler à quel point la veillée de la Toussaint est une journée pas comme les autres.

 

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Que les choses soient claires : si voir les plus petits réclamer des sucettes à l’orange et se tartiner la gueule de faux sang ne vous remplit pas le coeur de joie, que la perspective de l’arrivée d’Halloween ne vous colle pas une gaule d’enfer, il y a peu de chances que The Barn soit à vos yeux autre-chose qu’un slasher indépendant, coincé quelque-part entre la galaxie du B et l’astre du Z. Acteurs pas vraiment oscarisables (mais pas mauvais non plus), patine visuelle assez éloignée de celles des machins pétés de fric envahissant nos multiplexes, effets gore faits mains, filmage quelquefois un peu raide : The Barn trahit à certaines occasions ses origines modestes et s’adresse, on le rappelle, à un public pour qui le budget ne se doit pas de crever le plafond. Et puis, l’important ici se trouve dans l’atmosphère, dans la célébration d’un climat particulier, typiquement automnal et dont les décorations font l’éloge du sinistre. En cela, l’ami Justin ne loupe aucun détail, n’oublie aucune habitude des Américains prêts à se ruiner les molaires sur des chocolats bon marché. Discussions flippantes au coin du feu, teenagers voyageant dans un vieux van pourri, petite fête d’Halloween où se réunissent les adolescents pressés de gigoter sur du punk local, passage dans le snack du coin pour avaler une pizza en reluquant l’émission horror rock du Dr. Rock (Ari Lehman, le Jason sortant de l’eau du premier Vendredi 13), collecte de sucreries pour les chiards, bande-son orientée thrash metal… Rien ne manque pour créer une nuit des masques crédible. Même traitement question slasher par ailleurs, puisqu’en bon connaisseur du genre, l’auteur imagine quelques tueries joliment gore et organise même un énorme massacre dans une fête, où les gerbes de sang pleuvent et les corps tombent.

 

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Du soin, The Barn n’en manque pas, jusque dans les contours imaginés pour donner vie au beau trio de monstres sortis de la fameuse grange, dotés de personnalités propres et de pouvoirs bien à eux. Si le Boogeyman est le killer on the loose de slasher typique, belle idée de faire de l’épouvantail un sadique riant de ses méfaits et de la face de citrouille un espion capable de suivre les faits et gestes de ses proies à travers les courges et coloquintes sculptées déposées en ville. Et franchement bien vue l’idée que ces envoyés des Enfers ne s’en prennent jamais aux gamins déguisés, qu’ils pensent des leurs, ou ce petit détail voulant que les monstres emportent les entrailles de leurs victimes pour les manger comme des confiseries. Un effet miroir qui ne change pas la direction du script, mais apporte encore un peu plus de substance à un récit loin d’en manquer. On pourrait presque reprocher à Seaman d’en faire trop d’ailleurs, sa volonté d’approfondir le passé du moindre personnage finissant par perdre le spectateur dans des causeries parfois un peu longues, étirant The Barn jusqu’aux 97 minutes, là où 80-85 auraient été amplement suffisantes. Une maigre carence cependant, vite balayée d’un coup de serpe par des années à étudier les ancêtres (on se croirait vraiment devant un slasher de trente ans d’âge, pellicule abîmée inside) et le charme d’un univers haut en couleurs, sentant la chique au citron et les mythes d’antan. Inventif jusque dans sa promotion (pour accompagner la sortie, la production dégaina un jeu-vidéo et un jeu de société!), The Barn lance la carrière de son auteur de la plus belle des manières et semble appeler une suite, que Seaman tente de monter actuellement. On ne dira pas non.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Justin M. Seaman
  • Scénarisation : Justin M. Seaman
  • Production : Justin M. Seaman, Maggi Mizell
  • Pays : USA
  • Acteurs : Mitchell Musolino, Will Stout, Lexi Dripps, Nikki Howell
  • Année : 2016

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