Trick or Treat

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Va falloir remettre votre visite chez le coiffeur à un autre jour, les enfants ! C’est qu’avec Trick or Treat (1986) dans le magnéto, il est de bon ton de faire l’hélicoptère avec ses tifs, les festivités de la fin octobre étant plus métalliques que jamais avec cette espèce de Shocker (1989) avant l’heure.

 

 

 

Il y a des parcours qui laissent sans voix et celui de Charles Martin Smith en fait partie. A première vue, ce chauve sacrément souriant est un comédien parmi d’autres, chanceux d’avoir foulé de la babouche les sets de quelques bandes populaires (American Graffiti, Les Incorruptibles), ainsi qu’un réalisateur auquel on doit un petit succès auprès des marmots (Air Bud et son clebs pro du basket) et quelques épisodes de séries très in (Buffy, dont on n’a jamais été de grands fans dans la crypte toxique d’ailleurs…). Un amuseur venu occuper les mercredis après-midi des plus petits, en somme, un faiseur donnant dans le mainstream et ne cherchant pas à remuer les estomacs de la veuve et l’orphelin. Enfin, ça c’est l’image que l’on a du bonhomme si l’on ne gratte pas un peu sa filmo, et que l’on ne découvre donc pas qu’il a fait ses premières armes de réal sur Trick or Treat, pelloche situant son intrigue lors d’Halloween et dégainant la carte du heavy metal movie. Tout pour plaire aux gens de goût… Et une petite production De Laurentiis Entertainment Group surfant, comme d’autres à la même période (Black Roses pour n’en citer qu’un), sur le scandale des messages sataniques prétendument planqués dans les albums des groupes de hard rock. Beau sujet cela dit, apte à faire criser de la grenouille de bénitier, et une rampe de lancement pour quelques jeunots bientôt assis au premier rang de l’horreur moderne. Comme, ici pendu au-dessus du script, Joel Soisson, réalisateur dans les années 2000 des séquelles DTV que sont Pulse 2 et 3, Children of the Corn : Genesis et The Prophecy : Forsaken et Uprising. Ou encore, et toujours au scénar’, Glen Morgan (Willard, Black Christmas) et James Wong (Destination Finale 1 et 3), duo terrible derrière la création de la saga de la grande faucheuse. Une belle bande de débutants amenés à compter (inégalement, certes) dans le paysage horrifique, et trois gus faisant leurs dents de la plus belle des manières…

 

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Eddie (Marc Price, Killer Tomatoes Eat France!) est un mec vachement cool. Non seulement il se fait appeler Ragman, nom qu’il a en outre foutu sur la plaque d’immatriculation de sa vieille carlingue, mais en plus c’est un metalhead pur jus. Le genre qui porte un t-shirt d’Anthrax, qui écoute le vinyle du Seven Churches de Possessed, dont la piaule est décorée façon Judas Priest et qui colle sur son casier le logo de Lizzy Borden. Son artiste favori, celui dont il punaise le poster au-dessus de son lit comme une gamine le ferait avec Patrick Fiori ? Sammi Curr (Tony Fields) bien sûr, frontman de fiction qu’il vénère plus que tout, notamment pour sa capacité à emmerder le monde et faire criser les petites vieilles, jamais les dernières à voir en lui l’ennemi public numéro 1, sorti des enfers pour corrompre la jeunesse. Pour ne rien gâcher, le Ragman bosse dans une station radio tenue par Nuke (Gene Simmon, le maquillé a la langue bien pendue de KISS), métalleux des premiers jours passant bien évidemment du rock dur du lever au coucher. Ouais, Eddie est décidément un mec vachement cool. L’ennui c’est qu’à part son pote geek au possible qu’est Roger (Glen Morgan dans son seul et unique rôle), personne ne prend notre amateur de bon son pour autre-chose qu’un mec bizarre. Et c’est un classique dans les bahuts ricains : celui qui ne rentre pas dans les rangs devra le payer, Eddie subissant dès lors de multiples humiliations de la part des habituels jocks, ces sportifs populaires et venus de milieux aisés. Heureusement que la jolie Leslie (Lisa Orgolini) lui balance un sourire de temps en temps dans les couloirs, et que Sammi Curr est toujours là pour le venger du monde extérieur en crachant sa bile sur cassettes audio. Enfin, ça c’était avant, car planté devant le JT, Eddie apprend que son idole vient de périr dans l’incendie d’un hôtel. Coup de mou et grosse déprime, que le brave Nuke atténuera en lui posant dans les pattes le dernier enregistrement du défunt Sammi, une rareté absolue que personne ne possède. Excité comme un gosse découvrant une Nintendo Switch sous le sapin, il s’en va écouter le Saint Graal et découvre que s’il passe le skeud à l’envers, un message de Curr lui vient dans les cages à miel… Le début des ennuis, vous vous en doutez.

 

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Ca commence doucement avec un effet sur la personnalité d’Eddie, de plus en plus courageux mais aussi de plus en plus sombre, puis ça passe la seconde lorsque les appareils électriques se déglinguent, risquant notamment de liquider les salopards s’en prenant à notre rockeur. Le clou du spectacle ? Le retour parmi les vivants de Sammi Curr, dont la mort n’était en rien accidentelle : le feu à l’hôtel, c’est lui qui l’a lancé lors d’un rituel démoniaque, un pacte lui permettant d’acquérir des pouvoirs dont rêvent tous les employés d’Electrabel. Soit la possibilité de voyager à travers les ondes et l’électricité, le hurleur à la coupe très glam étant désormais capable de tuer une vioque à distance, juste parce qu’elle passe à la telloche. Trick or Treat, un sous-Shocker de Wes Craven ? L’inverse les gars, puisque sorti en 86, le film de Charles Martin Smith met trois ans d’avance dans les dents du condamné à mort Horace Pinker, qui devient donc le vil copieur. C’est que dans son sympathique retour au film de croquemitaine fantastique, le père Craven « empruntait » – on va être sympas et laisser le bénéfice du doute – quelques éléments à Trick or Treat : une bande-son sortant les vestes à patchs et les blousons de cuir, un boogeyman capable de voyager dans les câbles électriques et donc de sortir de votre autoradio, un second degré bienvenu (Roger passant l’aspirateur pour retirer de sa moquette les restes de la mémé cramée que Sammi a ramenée dans son salon!)… Pas la peine de choisir un camp, les deux sont des films fantastiques réussis. N’empêche que Trick or Treat marque de nombreux points et devance son challenger de plusieurs kilomètres…

 

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Déjà parce qu’il situe son intrigue lors de la semaine d’Halloween (pas une surprise, le titre mettait la puce à l’oreille), se plantant dans le paysage des citrouilles enflammées et des écoliers costumés, ce qui a toujours le chic de mettre en joie les goules de la crypte toxique. Ensuite parce que bien qu’assumant son rôle de petite production faite pour amuser le teenager portant autant d’attention au film qu’à son sachet de popcorn ou aux nibards de sa voisine, balançant quelques scènes pleines d’effets spéciaux (une cocotte se fait déboutonner la chemise par une fumée verdâtre avant d’être violentée par un démon lubrique dans une bagnole, des élèves explosent dans un déluge d’étincelles, cascades diverses), Trick or Treat ne se fait pas bêta pour autant. On sait, la petite chronique adolescente du pauvre gars se sentant différent (mais qui finira quand même par emballer la plus jolie biche des environs) et venant à jouer avec des forces qu’il ne maîtrise pas n’a rien de neuf, même si la planche de ouija est cette fois remplacée par une zik cousine de celle d’Iron Maiden. Et on pense bien sûr à Christine ou Evilspeak à certains instants, la noirceur et le pessimisme en moins. Mais contrairement à John Fasano et son Black Roses pointant maladroitement un doigt inquisiteur sur le heavy metal (alors que Fasano n’était pas le dernier à faire les cornes avec les doigts), Smith se sert du médium pour dresser un portrait intéressant entre le fan et l’artiste. Au départ en plein désarroi, Eddie s’abandonne complètement à la musique de Sammi Curr, puis embrasse peu à peu ses sombres messages pour désirer prendre une revanche sur ses oppresseurs aux cheveux courts. Un fanatique aveuglé, totalement à genoux devant la star qu’il chérit, et qui finira par se rendre compte que son dieu n’est rien sans ses prières, que sa renommée n’est due qu’à des petits gars comme lui prêts à dépenser un peu d’argent de poche pour les faire vivre. « Je n’ai plus besoin de toi, et c’est toi qui n’es rien sans moi, pas l’inverse » balance même Ragman à son ancienne coqueluche, qui n’en finira plus de crier à la trahison… Un message bienvenu que devraient ingurgiter quelques dévots marchant aveuglement dans les traces de pas de leurs modèles.

 

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Trick or Treat est donc aussi amusant qu’il est loin d’être con, mais est-ce que ça suit question technique ? Plutôt, Smith s’appliquant derrière la caméra, jouant avec les apparitions de Curr et offrant quelques mouvements de caméra pas dégueux, et le débutant peut alors profiter sur des interprètes solides pour renforcer son affaire, Marc Price faisant un héros très attachant. Pour tout dire, même Gene Simmons, d’ordinaire mauvais comme un pruneau, fait illusion plus de dix secondes, tandis qu’Ozzy Osbourne, guest-star de luxe, fait du bon boulot en révérend psychologue venant mettre en garde les plus petits contre les dangers du metal. Le casting de vedettes du heavy aurait d’ailleurs pu s’agrandir encore avec Blackie Lawess, chanteur de WASP, qui tenta de décrocher le rôle de Sammi Curr en espérant que son groupe s’occuperait également de toutes les chansons du film. Et le chanteur de se vexer d’apprendre que c’est Fastway que l’on a choisi pour se charger de la bande-son, puis de partir du projet en refusant de faire semblant de chanter les titres d’une autre formation. Tant pis pour lui, et tant mieux pour nous : Tony Fields est convaincant sous le cuir de Curr, méchant plus stressant que ce que sa dégaine de grande folle laisse présager. Bref, tout va si bien dans le meilleur des mondes que l’on en oubliera facilement ce malheureux plan lors duquel le perchiste se fait remarquer. C’est des choses qui arrivent même aux meilleurs, dont Trick or Treat fait indéniablement partie. Un must-have dont le statut d’inédit DVD par chez nous laisse pantois, d’ailleurs…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Charles Martin Smith
  • Scénarisation : Joel Soisson, Glen Morgan, James Wong, Rhet Topham, Michael S. Murphey
  • Production : Joel Soisson, Michael S. Murphey
  • Titre: Farce ou Festin (France)
  • Pays : USA
  • Acteurs : Marc Price, Tony Fields, Lisa Orgolini, Doug Savant
  • Année : 1986

2 comments to Trick or Treat

  • Roggy  says:

    Un petit inédit en DVD qui a l’air sympa. Merci pour la découverte !

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