The Guest

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On se souvient d’Adam Wingard pour son très chouette et bien méchant You’re Next (2011), un peu moins pour son dispensable Blair Witch (2016) et carrément pas pour son Death Note (2017) à la réputation calamiteuse. Et avant de voir comment il gère les combats de catch maousses avec Godzilla vs. Kong et le remake du coréen J’ai rencontré le Diable sur lequel il ne peut que se foirer (le combat est perdu d’avance, soyons clairs), on se laisse inviter dans The Guest (2014). Et on fait plutôt bien...

 

Attention, spoilers in da chro !

 

Dans la crypte toxique, on a toujours eu une méfiance naturelle envers les Ti West, Joe Swanberg, Adam Wingard et toute cette clique de jeunes cinéastes, qui copulent tellement ensemble que leur descendance risque d’être faite de mutants nés avec un t-shirt du Assaut de Carpent greffé sur le torse. Non pas que ces gars nous soient particulièrement antipathiques, mais il ressort de leur cinéma quelque-chose de froid, pour ne pas dire frigide. Et puis ils ont la fâcheuse tendance à tellement s’éparpiller qu’ils en viennent à nous proposer des plats indignes, que l’on aura tôt fait de renvoyer en cuisine. Bref, avec ces loustics, c’est souvent tout ou rien, ce que laissait déjà présager le film à sketchs V/H/S (2012), dans lequel le meilleur (la dernière partie, 10/31/98, du collectif Radio Silence) côtoyait la daube la plus minable (The Sick Thing That Happened to Emily When She Was Younger de Joe Swanberg, Second Honeymoon de Ti West). C’est donc un peu à reculons que nous avons tenté l’expérience The Guest, qui débute d’ailleurs dans cette froideur habituelle propre au cinoche de ces mectons : soldat revenu au pays, David (Dan Stevens) débarque à la fin octobre dans le petit patelin paumé de son ami Caleb, mort au front, pour venir dire à la famille éplorée que leur fils et frère les aimait énormément. Et pendant quelques minutes, tout ce beau monde se regarde sans rien dire ou presque, s’observe, tous plantés au milieu du salon de Monsieur et Madame tout-le-monde. On le sait, Wingard, comme son copain West, aime prendre son temps pour planter le décor et développer une ambiance, quitte parfois à ce que leur film ne démarre véritablement que dix minutes avant sa fin. On a un peu peur de se faire chier, pour le dire franchement. Et on stresse carrément à l’idée de se retrouver à nouveau devant l’une de ces bandes so 2010’s, au naturalisme poussé dans ses derniers retranchements, devant une bête de festival qui ne peut faire illusion lorsqu’elle est coincée entre deux navets mais redevient une simple Série B moyenne dans nos salons. Heureusement, Wingard ne s’est pas loupé sur ce coup-ci.

 

 

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Car plutôt que de rester assis à fixer les murs de ses yeux qui ne clignent jamais, David entreprend de filer un coup de main à la tribu du défunt Caleb. Pliage de linge avec la maman (Sheila Kelley de Lost), petit apéro avec le daron (Leland Orser, Alien : Resurrection), correction des impolis se montrant un peu rudes avec les amis de la soeurette Maika Monroe (It Follows) et démolition de la mâchoire des salopiauds harcelant le frérot Luke (Brendan Meyer, Fear the Walking Dead). Un joli programme de petit thriller, certes classique, mais que l’on suit avec d’autant plus d’intérêt que le personnage principal devient de plus en plus inquiétant au fil de ses séances de justicier. Jusqu’à devenir une sorte de Captain America déviant, aux coups de sang si vilains qu’un commando mené par Lance Reddick (les John Wick) se doit d’intervenir pour arrêter ce meurtrier professionnel. Du polar oppressant, The Guest glisse d’un coup d’un seul vers le film d’action énervé, avec grenades, maisons trouées de toutes part par les sulfateuses et bastos partant se loger dans des fronts pour repeindre les murs couleur groseille. On prend d’ailleurs les paris qu’avec ces séquences pétaradantes, Wingard avait pour but de faire son propre First Blood, sa version bien à lui, et plus corsée, du premier Rambo. Après tout, dans les deux cas il s’agit d’un  brave G.I. revenu au bercail avec des traumas plein les poches… A moins que David ne renferme d’autres secrets ? De son passé, on ne saura que peu de choses, Wingard et son scénariste Simon Barrett (autre habitué de leur petit clan) étant d’ailleurs bien contents qu’après quelques projections tests le public trouve les diverses explications visant à étoffer le personnage un peu trop nombreuses et peu utiles. Du coup, ils coupent dans la pellicule et ne gardent que le strict nécessaire, soit une vague trame de fond susurrant à demi-mot que David serait le fruit d’expériences de l’armée, une sorte d’Universal Soldier solide comme un panzer et hargneux comme un doberman.

 

 

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Et alors qu’on s’imagine déjà installés devant une course-poursuite entre une bidasse surhumaine (quand on vous causait de Cap’ Am’ plus haut… D’autant que Dan Stevens a bossé dur pour avoir un physique à la Steve Roger) et les mercenaires lancés à ses trousses, The Guest s’enfonce dans une nouvelle ruelle, celle du cinéma purement horrifique. On avait vu avec You’re Next que Wingard aimait les mélanges, puisque se croisaient dans ce carnage masqué le slasher, le home-invasion et le survival, des sous-genres néanmoins assez proches de par leurs thématiques générales. Le cocktail The Guest est autrement plus courageux, et au film à suspense tendu rappelant parfois Drive et à l’actioner impitoyable, pour ne pas dire trash, vient se greffer une épouvante pure et dure. Comme tous les réalisateurs surgis ces dix dernières années, Adam Wingard veut montrer qu’il est diplômé de l’université John Carpenter, et fait muter David le vigilante sympa en David le boogeyman surinant comme une machine. Halloween ? Un peu mon neveu, puisque le récit est situé aux alentours du 31 octobre, que des citrouilles servent de décoration un peu partout, que les masques du chef d’oeuvre Halloween III sont visibles au détour d’un plan et que le climax se déroule dans un épouvantable labyrinthe, créé par des lycéens pour fêter le meilleur jour de l’année. Les années 80 n’étaient déjà pas très loin avant cela, et on sait qu’elles font partie de l’ADN du réalisateur, mais là on saute dedans les pieds joints, le final faisant en outre penser au Bal de l’Horreur.

 

 

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Sans doute heureux de multiplier les clins d’oeil au slasher eighties, Wingard se sent pousser des ailes et joue avec les coloris, enchaîne les plans qui font mouche – ça filmait déjà bien avant, mais on sent qu’il s’éclate particulièrement en fin de parcours – et ne se prive même pas d’une conclusion en forme d’hommage à Michael Myers et tous ces increvables maniaques. Trop référentiel ? Peut-être, mais difficile de nier que le tout fonctionne, et que lorsqu’une situation s’enlise un peu trop et que le tour d’un acte est fait, Wingard a le bon goût de passer à autre-chose et secoue un peu son entreprise. Ca n’en fera pas un indispensable pour lequel nous sacrifierons agneaux, moutons et nouveaux-nés chaque dimanche matin, mais ça lui assure une bonne place au Walhalla des Séries B jamais chiantes. C’est déjà ça de gagné, surtout pour un réalisateur inégal.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Adam Wingard
  • Scénarisation : Simon Barrett
  • Production : Keith Calder, Jessica Wu
  • Pays: USA
  • Acteurs : Dan Stevens, Maika Monroe, Brendan Meyer, Lance Reddick
  • Année : 2014

4 comments to The Guest

  • Nazku Nazku  says:

    The Guest est une bonne surprise avec un Dan Stevens dérangeant (surtout ses yeux, du coup peu importe dans quoi il joue, je m’attends à ce qu’il vire en psychopathe). Un ami me l’avait conseiller et ce fut un bon conseille.

    Par contre j’ai l’impression de vivre dans un monde parallèle : je n’arrive pas à croire que You’re Next soit sorti il y a 7 ans et The Guest il y a seulement 4 ans. J’aurais cru le contraire, je ne sais pas pourquoi.

  • Roggy  says:

    Bien d’accord avec toi, une série B de qualité comme on en voit trop peu. C’est vrai que le réalisateur s’est surpassé, et ce n’est pas toujours le cas :).

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