La Vengeance de la Femme au Serpent

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Patauger dans la gadoue et se dégommer les godasses dans les marécages, ça paie. La preuve : près de quinze ans après Les Marais de la Haine (1974), les époux Ferd et Beverly Sebastian nous refont le coup du rape and revenge dans le bourbier via La Vengeance de la Femme au Serpent (1988), second chapitre de la saga Gator Bait sorti en même temps que le premier chez Artus. Mais est-ce que ça vaut vraiment la peine de sortir les bottes et risquer de s’y mouiller les chaussettes ?

 

A en croire le couple composé de Beverly et Ferd, désormais des retraités profitant du soleil en se remémorant leurs souvenirs cinématographiques, si Gator Bait II : Cajun Justice naquit un jour, c’est parce que le géant Paramount le leur avait commandé. C’est que malgré une qualité relative (traduction : c’était sympa mais pas plus), l’assez grindhouse Les Marais de la Haine fut une expérience plutôt lucrative, à plus forte raison lorsque le marché de la VHS éclata et que le bon peuple cherchait à louer des mixtures plus ou moins subtiles mêlant sexe et violence. Et puisque beaucoup de fric appelle encore plus de thunes, c’est sans trop se poser de questions que les Sebastian tournent donc La Vengeance de la Femme au Serpent à la fin des années 80, qu’ils veulent comme une suite directe de ce qui reste l’un de leurs plus gros hits. Sans avoir cependant la possibilité de refaire appel à la star du premier Gator Bait, la belle Claudia Jennings étant malheureusement décédée depuis 1979, elle qui s’endormit et se tua au volant de sa voiture à la début octobre. Pas question de refiler le rôle de Désirée à quelqu’un d’autre, dès lors, et le duo de réalisateurs saute sur l’occasion pour introduire un nouveau protagoniste dans l’univers tout en viols et en alligators de leur saga : Angelique, jolie citadine venue épouser Big T., garçonnet muet dans le film original et gros nounours  protecteur dans Cajun Justice. Un changement d’héroïne accompagné pour les Sebastian de la chance inespérée de lancer la carrière de leur fille Jan, qui n’ira cependant pas bien loin puisqu’elle ne recroisera les spotlights qu’à une unique reprise. Pour American Angels: Baptism of Blood (1989) tourné par… son papa et sa maman. A family affair, comme on dit…

 

 

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Pour l’heure, c’est lors d’un mariage que Jan Sebastian débute donc sa très courte activité de comédienne, la rousse acceptant de quitter béton et places de parking pour se faire enfiler la bague au doigt au milieu des sauriens par Big T., très heureux d’avoir quelqu’un à ses côtés depuis la mort de ses deux sœurs, Désirée étant, on l’apprend, passée de vie à trépas. Mais on le sait, le bonheur est de courte durée dans les Gator Bait, et toute jolie cocotte se voit très vite poursuivie par des hordes de rednecks aux neurones fondus, pressés de s’offrir eux aussi une petite lune de miel avec Angelique. Menés par le revenant Leroy, cruel eunuque ayant donc survécu à sa croisade contre Désirée dans le premier volet, les vilains ploucs blessent Big T. et kidnappent sa chère et tendre, qu’ils violeront les uns après les autres. Ce qui occasionna probablement une certaine gêne sur le plateau, puisque parmi les tocards de service se trouve Ben Sebastian, fils de qui-vous-devinez, dès lors obligé de mimer une agression sexuelle sur sa sœur. Heureusement pour la pauvre suppliciée, l’un des bouseux s’éprend d’elle et lui glisse dans les mimines la clé de ses menottes, lui permettant de prendre la fuite. Et la chasse à la demoiselle en mini-short de reprendre comme en 74… Et à la virgule près, s’il vous plaît ! Car trop frileux à l’idée de s’éloigner des ces si profitables Marais de la Haine et risquer de les perdre de vue en allant patauger dans des mares plus expérimentales, Ferd et Beverly optent pour la tactique du décalquage, reprenant le script rédigé 15 ans plus tôt, changeant quelques noms, revoyant deux ou trois situations et bougeant quelques lignes de place… mais en gardant bien tous les défauts.

 

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Gator Bait prenait un temps dingue avant de démarrer ? Pas de raison que ça change pour La Vengeance…, dont les 30 premières minutes semblent longues comme un jour sans Ferrero Rocher. Après une interminable cérémonie de mariage et les festivités qui s’en suivent, plus quelques causeries si ordurières qu’elles en deviennent involontairement (à moins que?) drôles de la part des futurs agresseurs, on s’engouffre dans de pénibles séquences montrant le quotidien modeste de Big T. et sa chérie. Chasse au croco, tir à la canette, cours de conduite de bateaux (tout en pelotant Madame, parce que faut bien remuer l’audience quand même), bain dans une petite bassine… On voit la manœuvre : le gros T. apprend à son amoureuse comment survivre dans la nature et tous ces cours à l’air libre lui permettront plus tard de punir les bad guys comme il se doit. Utile dans l’histoire, certes, mais si ce n’est la petite douche sous les feuillages, toujours bienvenue pour observer la plastique parfaite de la Jan, on se serait bien passé de séquences entières pour se contenter d’un montage rapide. Les Sebastian jouent la montre, traînent la patte, et nous laissent dès lors, et par accident, tout le loisir de découvrir qu’ils ont un peu perdu la main. Ou tout du moins qu’ils sont décidés à faire moins d’efforts que quinze ans plus tôt, lorsqu’ils étaient certes loin de proposer un boulot millimétré comme du Kubrick, mais étaient encore dispensaires de quelques plans iconiques et capables de mettre en valeur la jupe vaseuse de Dame Nature. Pas de ça ici, Cajun Justice se contentant d’une forme paresseuse de B-Movie fauché, et si le premier chapitre ressemblait encore à une production professionnelle, on subit ici un glissement de terrain vers le shot on video plutôt Z, pas si éloigné de l’amateurisme que ça.

 

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Une baisse qualitative venue toucher aussi les comédiens, nettement moins charismatiques que jadis. Toute bien gaulée soit-elle, Angélique n’a pas la dimension quasi-fantastique de Désirée, en son temps une insaisissable ombre abattant sa faux sur ses proies, tandis que les culs-terreux lancés à ses trousses n’ont jamais le magnétisme d’un Sam Gilman. Reprenant mécaniquement les éléments de son modèle, Gator Bait II en oublie de soigner son univers, de se trouver une identité propre, et le seul apport fait à la franchise se trouve être une brutalité plus graphique. Une vaine tentative de corser le tout, car si ça égorge ou met un sac rempli de serpents sur une tête (dans le genre cruel…), aucun effet ne se fait sentir puisque nous sommes anesthésiés depuis bien longtemps par la mollesse du spectacle ici proposé. Reste un doublage français forcément amusant tant il est pourrave (« Je veux bé-bé-bé-bé… Baiser ! » nous dit un redneck bègue) et un DVD disponible chez Artus qui profite de bonus intéressants (globalement les mêmes que ceux des Marais de la Haine, mais concentrés cette fois sur La Vengeance de la Femme au Serpent bien sûr), mais est-ce que cela suffit à faire passer la pilule, difficile à avaler, d’une séquelle chiante au possible ? Ce serait trop beau… On serait en tout cas curieux de voir la gueule des gus de la Paramount quand le résultat leur fut livré, tiens.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Ferd et Beverly Sebastian
  • Scénarisation : Beverly Sebastian
  • Production : Ferd et Beverly Sebastian
  • Titre original : Gator Bait II : Cajun Justice
  • Pays : USA
  • Acteurs : Jan Sebastian, Tray Loren, Paul Muzzcat, Ben Sebastian
  • Année : 1989

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