Les Marais de la Haine

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Lancement de la Collection Redneck pour Artus, avec les deux Séries B on ne peut plus représentatives du cinoche bouseux que sont les Gator Bait. Comme on est ordonnés, on débute par le premier, Les Marais de la Haine (1974), une affaire de famille devant et derrière la caméra…

 

 

 

Car c’est un couple que l’on trouve à l’origine de cette courte saga, soit Ferd et Beverly Sebastion, producteurs/réalisateurs unis par le mariage et l’amour du cinéma d’exploitation, auquel ils offrent un peu moins de quinze rejetons. Des petites choses pensées pour les salles obscures les plus modestes, comme Hitchickers en 1972 (des auto-stoppeuses sexy profitent de leurs charmes pour piquer le fric des automobilistes), le proto-slasher The Single Girls en 74 (des fifilles se réunissent aux Caraïbes pour être à l’écoute de leur sexualité, mais l’une d’elle se découvre des qualités de meurtrières), Delta Fox en 79 (une gonzesse est kidnappée par un tueur à gages… lui-même traqué par un autre hitman!) ou encore le heavy metal horror movie Rocktober Blood en 84 (un chanteur de hard-rock revanchard sort de la tombe pour zigouiller les membres de son groupe). Des films à la simple visée commerciale, mixant les deux thèmes éternels du cinéma grindhouse : le sexe et la violence. Pas de raison que Les Marais de la Haine, ou Gator Bait premier du nom chez les anglophones, vire à la soirée de gala guindée, les époux Sebastion partant au contraire plus loin dans la crasse et la bassesse humaine. Et ne prennent pas la peine de se doucher pour Les Marais… puisque le tout se déroule dans la gadoue, entre des serpents venimeux et des crocos pressés de se tailler un steak dans le bide de chasseurs inattentifs. Sortez les bottes quoi, et envoyez les gosses au lit, car si Gator Bait se parfume d’un soupçon de légèreté via quelques dialogues forcément rigolos ( les rednecks, même quand c’est des salauds, sont toujours un peu drôles malgré eux) et une musique globalement enjouée, l’histoire ne prête en rien au lolage.

 

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Alors qu’elle chasse du saurien et attrape des couleuvres pour les ramener à son petit frère muet et sa jeune sœur dans leur cabanon perdu dans les bayous, la belle Désirée (la playgirl Claudia Jennings) rencontre Billy Boy, le fils du shérif, et Ben, fiston de la violente tribu Bracken. Comme Désirée est appétissante et prise en flagrant délit de braconnage, Billy Boy lui fait une proposition qu’il pense avantageuse pour les deux partis : si elle accepte qu’il la nique, comme il dit, il la laissera partir sans faire d’histoires. Une idée qui ne rassure guère Ben par ailleurs, le bonhomme se souvenant que son frangin Leroy tenta déjà de violer Désirée et qu’il ressortit de l’expérience castré… D’ailleurs, Désirée prend la fuite, mais la libido du petit flic est plus forte que tout et il entreprend de la poursuivre, avec pour seul résultat la mort de Ben, que Billy Boy tue par mégarde d’une balle dans la tête. Pas très motivé à l’idée d’assumer l’accident, le fourbe raconte à son père et aux Bracken que c’est bien évidemment la jolie rousse que l’on trouve à l’origine du drame. Et tout ce beau monde de partir dans les marais pour punir la sauvageonne, qu’ils ne dénichent pas d’emblée, décidant alors de passer leurs nerfs sur sa sœurette, qu’ils violent et liquident d’un coup de fusil dans l’entre-jambe. Un meurtre que Désirée ne saurait tolérer…

 

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Rape and revenge virant au survival, Gator Bait se veut être un Zaroff des marécages, et ce bien avant le très bon Sans Retour de Walter Hill, dans lequel quelques bidasses étaient coursées et exécutées par des cul-terreux vexés qu’ont leur ait piqué une barque. La tendance est néanmoins inversée dans Les Marais de la Haine : menace invisible chez Hill, les pedzouilles impulsifs sont ici des protagonistes principaux, constamment à l’image, et si Désirée est de toute évidence la figure positive du métrage, elle est également une boogeywoman limitant ses apparitions. Un choix plutôt audacieux de la part des Sebastion, que l’on imaginait déjà prêts à la filmer sous tous les angles, dans son bain ou éliminant ses adversaires de manière héroïque. Rien de tout ça, et si on verra un téton au détour d’une scène et que Claudia Jennings est plus ou moins iconisée en déesse de la nature renvoyant l’homme à son statut de simple mortel, c’est tout de même la pas si fine équipe composée des forces de l’ordre et des Bracken que l’on suivra en majorité. Filmés comme des salopards dans la première moitié du film, ils deviennent les victimes d’une force supérieure, qui les piège sur son propre terrain et les tuera les uns après les autres, que ce soit au flingue, en usant de serpents venimeux ou en jouant sur leurs nerfs. Car comme dans tout film de groupe qui se respecte, des divergences apparaissent et se régleront dans le sang…

 

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Les Sebastian respectent donc à la lettre les règles d’un genre encore en construction, et auquel ils ajoutent une pierre plutôt solide à l’édifice. Pas une pierre précieuse, car Gator Bait met malheureusement beaucoup trop de temps à entrer dans le vif du sujet, la première demi-heure se résumant à des discussions sans fin et des rednecks s’offrant des ballades en chaloupe. Et s’il y a un défaut dont la Série B ne peut se permettre de souffrir, c’est bien d’un rythme défaillant et des passages ennuyeux comme ceux-ci… Mais une pierre solide car une fois lancée, la machine ne s’arrête plus, forte d’une réalisation étonnamment correcte au vu des conditions de tournage (équipement miséreux, dix jours de tournage précipités) et de comédiens vieillissant qui connaissent leur métier. On parle là des vétérans Sam Gillman, impressionnant et inquiétant en chef de famille adepte du fouet, et Bill Thurman, en shérif ne sachant trop s’il faut liquider Désirée une bonne fois pour toutes ou s’il est préférable de rebrousser chemin. Notons également une tentative de twist en fin de dernière bobine, une petite révélation dont on ne sait que penser, les réalisateurs préférant entretenir le mystère quant à l’origine de Désirée. Intéressant, pour le moins. Et une preuve que du cœur fut mit à l’ouvrage, bien que Les Marais de la Haine n’est en aucun cas un indispensable, se contentant plutôt d’une place confortable sur le divan des films d’exploitation « dans la bonne moyenne du genre ». Artus n’en a pas moins soigné son édition DVD, garnie d’un long module de plus de 40 minutes de Maxime Lachaud (spécialiste en cinoche branché bouseux édentés, comme chacun sait), une petite plongée dans la vie des Sebastion, désormais bien loin du cinéma et concentrés sur leur association pour aider les chiens, une interview du couple faisant office de making of et les habituels spots et compagnie.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Ferd et Beverly Sebastion
  • Scénarisation : Beverly Sebastion
  • Production : Ferd et Beverly Sebastion
  • Titre original : Gator Bait
  • Pays : USA
  • Acteurs : Claudia Jennings, Sam Gilman, Bill Thurman, Clyde Ventura
  • Année : 1974

2 comments to Les Marais de la Haine

  • Sangore  says:

    Ah, prochaine fois que je croise un stand Artus, je l’achèterai, celui-là !

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