Happy Birthday To Me

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Le slasher, une fois qu’on y goûte, on ne le lâche plus ? En tout cas, les producteurs canadiens John Dunning et André Link s’y attacheront, puisqu’en pleine préparation d’un Happy Birthday to Me (1981) prévu pour leur offrir leur part du gâteau (d’anniversaire?) du genre, ces bonhommes se lanceront dans l’aventure Meurtres à la Saint-Valentin, le massacre de la fête des amoureux sortant néanmoins avant la fiesta où l’on ensevelit de cadeaux et de cakes aux pommes celui qui vient de prendre une ride. Gare à ne pas avaler une bougie.

 

1981, année dorée pour tous les échappés de l’hôpital psychiatrique perfectionnant leur pratique du lancer de couteau sur des baby-sitters esseulées ? Un peu mon neveu, car avec des brûlots comme Massacres dans le Train Fantôme, Halloween 2, Carnage, Horrible, Rosemary’s Killer, Pieces ou Humongous à l’affiche, le public trouvait facilement son poids en meurtres atroces, en mabouls masqués ou au visage déformé, en teens aux pubis enflammés et en lueurs de lames fendant la nuit noire. La belle époque, à laquelle voulaient participer les Canadiens Link et Dunning, probablement rassurés par les chiffres encourageants des pelloches du même type tournées chez eux, comme Le Monstre du Train ou Le Bal de l’Horreur, tous deux sortis une petit année auparavant. L’oeil grand ouvert et les méninges en route, le duo se rend bien vite compte que le genre ne se base pas que sur des grands brûlés partis tailler les mimines de quelques gamins lors des colonies de vacances, et que la date des meurtres est au moins aussi importante que le massacre tant attendu. Pas pour rien qu’à la même époque ils se lancent dans My Bloody Valentine, et pas un hasard s’ils décident, à l’image du chouette Madhouse sorti la même année, de foutre le boxon lors d’une petite sauterie où l’un des futurs trucidés reçoit présents et félicitations pour avoir une année de plus au compteur. La dernière…

 

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Succès mitigé lors de sa sortie – en remportant 10 millions de dollars à sa sortie, Happy Birthday to Me fait bien mieux que Hell Night (2 300 000 dollars) et Meurtres à la Saint Valentin ( 5 600 000 dollars), mais reste très en-dessous des Halloween et Vendredi 13 et leurs 30 ou 40 millions de chiffre d’affaire – cette tuerie sentant bon le champagne bon marché et les assiettes en carton n’en obtiendra pas moins un enviable statut de culte avec les années. Tout du moins dans les milieux concernés, et chez les chanceux qui ont pu mettre la main dessus, puisque le film est toujours inédit en DVD par chez nous. Mais que fait la police ? Ben elle enquête (enfin, elle enquête plus ou moins, slasher style quoi…) sur les disparitions dans l’entourage de la jeune Virginia, qui a tout pour être heureuse mais tire une gueule de six pieds de long du début à la fin. Faisant partie du Top 10 d’une université cotée – Top 10 signifiant que Virginia est des dix élèves à deux doigts d’avoir leur casier à Harvard, mais aussi des dix jeunes gens les plus riches du campus -, la mamzelle réussit presque tout ce qu’elle entreprend et se voit donc entourée des neuf garnements les plus in du coin, avec lesquels elle enchaîne beuveries et délires nocturnes. Mais l’alcool ne suffit pas à noyer les doutes d’une malheureuse ayant subit un accident de voiture auparavant, lors duquel sa pauvre mère périt et dont Virginia sortit avec une petite opération du cerveau à la clé. Et tout ça le jour de son anniversaire ! En proie à des pertes de mémoire depuis qu’un chirurgien a joué du bistouri dans sa matière grise, et ce lors d’une scène particulièrement dégueulasse qui devrait en faire grimacer plus d’un, notre héroïne perd un peu la boule et se demande si se souvenir de son lourd passé est véritablement une bonne idée… Mais ne s’y trouverait-elle pas la clé permettant de résoudre les disparitions de tous ses amis, zigouillés les uns après les autres de manières étonnantes ?

 

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Si Happy Birthday to Me s’est vendu à l’époque, c’est très clairement sur ses méthodes d’équarrissage, présentées comme étant les « six meurtres les plus bizarres ». Vrai qu’il y a un peu de Destination Finale avant l’heure dans le coin, avec une caboche rognée contre la roue d’une moto, un musclé se prenant ses poids sur la gueule (et le zob, aie!) lorsqu’il soulevait de la fonte ou encore un coup de brochette de viande dans le fond de la gueule. Pas férocement sanglant, car le montage prend toujours soin de couper avant que ça ne devienne trop trashos, malgré la scène précitée de l’opération du ciboulot, pour sa part généreuse en détails à vous coller une grosse nausée. Allez comprendre pourquoi les meurtres sont softs et le passage sur le billard gerbant au possible, avec ses coups de foreuse dans la boîte crânienne… Le réalisateur J. Lee Thompson (Les Canons de Navarone, Les Nerfs à vif… pas un cave donc) préférerait-il l’horreur médicale, et ne serait dès lors pas très heureux d’avoir à foutre des coups de cisailles dans des bides ? Il n’oublie en tout cas pas d’y aller de son hommage au giallo lors d’une scène d’ouverture dans un parking, avec mains gantées et rasoir lumineux, s’abattant sur une pauvre fifille renvoyant malgré elle aux sévices vécus par Edwige Fenech. Thompson connaît le métier, et est bien secondé par un scénariste accompli en la personne de John Saxton (Blackout, Class of 1984), la fusion entre un cinéaste expérimenté et un faiseur de scripts plutôt doué offrant, c’est mathématique, un slasher plus ambitieux que la moyenne. Et pas loin de flirter avec le psychothriller, par ailleurs, car si on est bien dans le genre rendu populaire par La Nuit des Masques avec ses règles, ici bien respectées (plans subjectifs, gosses un peu cons, multiplication des suspects, trauma surgi du passé, mauvaises blagues entre bons copains…), Happy Birthday to Me fait de son mieux pour prendre de l’ampleur.

 

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Certes, on ne quitte jamais vraiment le campus où pleuvent les corps, mais plutôt que de s’en tenir à une salle de classe et trois chambres, Thompson filme tous les environs et crée un petit monde à part, inquiétant et brumeux, aux nombreux coins sombres. Et puisqu’il en est à tenter de ne pas fournir une simple copie de Vendredi 13, une banale entreprise de boucher où l’on mutile mécaniquement de la barbaque sans poils, le réalisateur s’essaie même à une légère critique sociale. Celle d’une bourgeoisie austère, qui n’accepte pas lors de ses petites sauteries la mère de Virginia, coupable de ne pas avoir été riche assez tôt, et d’avoir ouvert son intimité à des hommes mariés. Thompson ne les aime pas beaucoup, ses riches protagonistes, et il prend même un plaisir non-feint à présenter sous un jour négatif ses ados de service, tous au larfeuille bien garni. Si quelques-uns semblent être de braves gens un peu naïfs, les autres sont des casse-cous risquant la vie de leurs potes, des pervers s’immisçant en douce dans les chambrées pour piquer des petites culottes, des freaks pratiquant l’art de la taxidermie ou des doux dingues un peu flippants. Un point de vue qui change un peu, et vient parfaire une histoire s’éloignant des chemins balisés du genre pour virer au suspense psychologique, Virginia perdant de plus en plus la boule, allant jusqu’à imaginer des cadavres dans son bain. On reconnaît là le boulot abattu par un metteur en scène à l’ancienne, déjà passé par des crime drama et bien conscient qu’il a besoin de protagonistes approfondis pour que le jeu de massacre prenne sens. De là à dire que tout cela se prend très au sérieux, il ne faut pas charrier non plus, car en plus des quelques notes d’humour distribuées ça et là, on aura droit à un final hallucinant, plus Scooby Doo qu’un épisode du chien peureux, et auquel on a bien du mal à croire. Une preuve s’il en fallait une que Thompson et sa troupe savait qu’elle ne tournait rien d’autre qu’une petite Série B du week-end, à laquelle on reprochera juste une durée excessive (1h50, c’est long pour du slasher) et le fait que certains jeunots disparaissent du métrage sans donner de nouvelles, soulignant dès lors leur profonde inutilité. Mais du reste, rien à redire, c’est du solide qui ne craint pas les affres du temps et reste, pas loin de quarante ans après sa sortie, un divertissement remplissant tous ses objectifs.

Rigs Mordo

Thanks à Jérôme !

 

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  • Réalisation : J. Lee Thompson
  • Scénarisation : John Saxton, Peter Jobin, Timothy Bond
  • Production : André Link, John Dunning
  • Pays : Canada
  • Acteurs : Melissa Sue Anderson, Glenn Ford, Tracey Bregman, Jack Blum
  • Année : 1981

 

 

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6 comments to Happy Birthday To Me

  • Nazku Nazku  says:

    J’ai acheté le dvd il a plusieurs années un peu par hasard et sur un coup de tête (il n’est pas inédit au Québec). Je ne le regrette pas, c’est sûr que je ne le regarde pas chaque année, mais ça reste un chouette slasher qui est trop peu mentionné malheureusement.

  • Laurent  says:

    Content de l’avoir en Laserdisc celui-là 🙂

  • Roggy  says:

    Un film jamais vu (mais que je note sur ma liste), alors que l’affiche apparaît régulièrement à chaque anniversaire 🙂

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