Le Cauchemar de Dracula

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S’il y a une chose de sûre et certaine dans le cinéma fantastique, c’est que Dracula est un immortel. La chauve-souris la plus connue du monde n’arrête pas de revenir, que ce soit au cinéma, en comédie musicale ou dans des jeux-vidéos. Mais son retour le plus flamboyant, c’est en 1958 qu’il l’a fait…

 

En 58, la Hammer Film était heureuse, très heureuse, car elle venait de remporter un pari des plus risqué. Oui, c’était plus que risqué de ramener à la vie le baron Frankenstein et sa créature à une époque où ils étaient considérés comme datés et ne semblaient plus faire le poids face aux extra-terrestres qui posaient leurs soucoupes volantes sur tous les écrans des cinémas de quartiers d’alors. Et pourtant, en apportant la couleur à une œuvre qui ne connut que le noir et le blanc, la Hammer changea la face du fantastique. Voire du cinéma tout entier. Le sang rouge remplaça la mélasse noire que les spectateurs étaient alors habitués à observer et les décors se colorisaient pour devenir de véritables tableaux de maître. Et ce maître, c’était Terence Fisher, qui devint automatiquement une légende de l’horreur, secondé par une équipe technique qui mérite les mêmes égards (James Bernard à la musique, Jimmy Sangster au scénario, Jack Asher à la photo, Bernard Robinson à la déco) et un duo d’acteur du tonnerre, le plus célèbre du cinéma horrifique, juste devant Béla Lugosi et Boris Karloff: Peter Cushing et Christopher Lee. Un chef d’œuvre naquit de cette union: Frankenstein s’est échappé, une pépite qui réussit à cohabiter aux cotés des classiques de la Universal. Affaire juteuse, la Hammer remit le couvert et se lança sur un roman qui venait de tomber dans le domaine public: le Dracula de Bram Stoker. Une deuxième légende allait renaître.

 

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Pauvre Dracula… Après un classique qui eu droit à deux versions (celui de la Universal, qui fut aussi tourné en espagnol par une autre équipe), le pauvre vampire tomba très vite de son piédestal. Contrairement au monstre de Frankenstein, il n’eu droit à aucune suite directe le mettant en scène et lorsqu’il fit son grand retour, c’était dans une comédie qui le ridiculisa (Deux Nigauds contre Frankenstein, Dracula n’est même pas dans le titre !). Le vampire n’avait donc plus les dents aussi longues et ne semblait pas avoir un avenir radieux devant lui. Le soleil l’avait-il fait disparaître pour de bon ? Heureusement, quelques anglais décidèrent de le ressusciter sous les traits de Christopher Lee dans Le Cauchemar de Dracula, titre français un peu surprenant. Est-ce Dracula qui fait le cauchemar ? Si oui, il ne fait plus si peur, le bougre ! Le titre original, Horror of Dracula, évite le problème, lui. Quoiqu’il en soit, tout débute avec la venue de Jonathan Harker dans le château du prince des ténèbres, officiellement pour aider le maître des lieux à classer ses archives, officieusement pour lui planter un pieu dans le cœur. Harker a en effet eu vent des agissements du comte et compte bien lui régler son compte. Dracula n’y voit d’ailleurs que du feu, bien trop occupé à reluquer les photos de la fiancée de son invité, la jolie Lucy. Ce qui ne veut pas dire qu’Harker aura la tâche aisée, au contraire ! Il loupe sa cible, qui prend la fuite, et se fait mordre dans le même temps ! Il ne reste du coup plus qu’une seule personne pour empêcher le vampirisme de se répandre comme la peste: le docteur Van Hellsing.

 

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Ce qui marque d’emblée avec Le Cauchemar de Dracula c’est que nous sommes face à un spectacle aussi chatoyant que l’était Frankenstein s’est échappé. Autant dire que les décors sont beaux, très beaux. Ils arrivent même à l’être plus que dans le Frankenstein via un nombre de lieux plus important et qui versent plus volontiers encore dans le gothique pur et dur. Dans Frankenstein s’est échappé, nous restions majoritairement dans la demeure cossue du baron et dans son laboratoire. Ici, nous allons visiter cryptes, châteaux lugubres, cimetières brumeux et vieilles tavernes. On en prend plein les mirettes, Bernard Robinson nous offrant à nouveau des compositions que Valérie Damidot n’arrive même pas à créer dans ses rêves les plus fous. La qualité similaire à celle du précédent film nous fait vite comprendre que nous sommes entre de bonnes mains puisque l’équipe du premier film s’est entièrement reformée pour nous offrir notre dose de cinéma gothique. Inutile de dire que Terence Fisher n’a rien perdu de sa superbe depuis sa première horreur, tout comme James Bernard qui nous sort une bande-originale culte, le genre à être chantonnée sous la douche par quelques bisseux poilus. De son coté, Jimmy Sangster nous concocte un scénario aux rebondissements réguliers, s’amusant du jeu de cache-cache qui s’instaure entre Dracula et sa Némésis Van Hellsing. Le film est bien construit et sa petite heure-vingt passe comme une lettre à la poste. Nous serions même partants pour reprendre trente minutes ! Ca y est, nous sommes mordus !

 

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Le scénariste prend un parti-pris assez étonnant: il nous montre Dracula dès le début. Harker a à peine le temps de s’installer que le sinistre suceur de sang débarque, descendant des escaliers, en se pressant et… en étant d’une grande politesse ! Et oui, Dracula est un gars charmant qui propose même à Harker de porter sa valise ! Un monstre bien poli qui s’offre là quelques lignes de dialogues, les rares de sa carrière. Christopher Lee se plaindra d’ailleurs régulièrement du peu de texte qu’il a à apprendre, son rôle consistant principalement à sortir les crocs, un job dans lequel il s’en tire merveilleusement bien, l’acteur étant hypnotique et d’un charisme naturel. Et puis il n’a pas à se plaindre, il n’est pas maquillé des pieds à la tête comme dans Frankenstein s’est échappé et peut donc jouer la comédie, ce qui n’était pas possible dans le rôle précédent dans lequel il n’avait pour ainsi dire rien à faire. Le Dracula version Hammer est donc un être en apparence poli. En apparence seulement parce qu’une fois le masque tombé et dévoilant son vampirisme, l’aristocrate devient une véritable bête, qui ne s’exprime que par des grognements, les yeux aussi rouges que le sang qu’il a encore sur les lèvres. A partir de là, Sangster et Fisher vont réduire ses apparitions au strict minimum, préférant tabler sur l’attente du spectateur qui va dès lors appréhender la venue du sinistre personnage. Un peu comme ses victimes féminines, consentantes, qui ouvrent leurs fenêtres pour que le vampire leur rende visite, comme une adolescente attendant fébrilement son amant. Sous l’emprise de Dracula, elles ne se maitrisent plus et attendent l’amour et la mort. Par chance, il n’est pas contre. Mais Van Hellsing si. Incarné par le génial Peter Cushing, le docteur compte bien mettre son véto et terminer le travail de Jonathan Harker. Déterminé, il risque de surprendre ceux et celles pour qui Van Hellsing est synonyme de Hugh Jackman utilisant des armes hi-tech. Plus proche de Sherlock Holmes que de l’action-hero, le Van Hellsing version Cushing en impose par son calme et son analyse. Voire son courage, le bonhomme n’hésitant pas à foncer sur le chef des vampires, pourtant assez intimidant…

 

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Notons également la présence de Michael Gough, plus connu comme étant l’Alfred des Batman de Tim Burton. L’acteur est ici excellent, incarnant le frère de Mina, la cible toute désignée de Dracula. Au début hostile à la présence de Van Hellsing et allant jusqu’à le chasser, l’homme va finir par accepter l’inacceptable: l’existence de l’homme chauve-souris (Dracula hein, pas Batman). Il fera dès lors équipe avec le chasseur de vampires, quitte à devoir se servir de sa famille pour appâter la bête. Il n’y a donc pas grand-chose à reprocher au Cauchemar de Dracula… Peut-être quelques incohérences, comme le comportement d’Harker, qui a la possibilité de se débarrasser de Dracula et préfère s’occuper de sa compagne, nettement moins dangereuse, en premier. Peut-être aussi que certains reprocheront au film une certaine lenteur, typique du studio, voire de l’époque. Mais c’est ce qui est bon avec la Hammer, ses films sont classiques dans le bon sens du terme et prennent le temps de placer leurs pions, fignolent leurs ambiances et nous placent dans un petit nid douillet. C’est ça, un bon Hammer, c’est une position confortable que l’on retrouve de films en films. Ca ne change jamais beaucoup, mais qu’importe, c’est pour ça qu’on aime. Comme une recette de grand-mère que l’on mange tous les dimanches sans jamais se plaindre. Et la Hammer n’est-elle pas notre grand-mère à tous ?

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Terence Fisher
  • Scénario : Jimmy Sangster
  • Production : Hammer Film
  • Titre Original: Horror of Dracula
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Peter Cushing, Christopher Lee, Michael Gough, Melissa Stribling
  • Année: 1958

4 comments to Le Cauchemar de Dracula

  • Dirty Max  says:

    Je n’ai pas pu m’empêcher de relire ta fabuleuse chro sur cette œuvre séminale, fondatrice et décisive qu’est le « Cauchemar de Dracula ». Tu expliques tellement bien pourquoi ce film est un chef-d’œuvre…Perso, c’est ma version préférée du bouquin de Stoker, je trouve aussi que c’est la version la plus fidèle. Même s’il n’en reprend pas la même structure, le scénario de Sangster synthétise à merveille l’histoire du roman d’origine. Un exploit quand on songe que le livre est narrativement très dense (il fait plus de 500 pages) et que le long métrage de Fisher ne fait qu’1 h 20 !

  • Roggy  says:

    Grâce à Max et à tes « commentaires récents », j’ai pu me replonger dans une de tes premières chroniques. J’ai l’impression d’avoir ouvert l’arche d’alliance :). Je suis d’accord avec Max, on sent déjà les prémisses de ta cinéphilie pour cet excellent film digne de l’œuvre de Bram Stoker.

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