Maleficia

Category: Films Comments: No comments

maleficiateaser

On l’a vu il y a quelques temps : le cabinet d’Antoine Pelissier est toujours ouvert, que ce soit pour soigner une vilaine toux ou pour y dérouler des kilomètres de saucisses, en vue de reproduire une éviscération en bonne et due forme. Et avec Maleficia, le bien nommé Dr. Gore rappelle que ses patients, il les préfère en très mauvaise santé…

 

 

Tout de même, quelle incroyable aventure humaine que celle du Dr. Gore, bon praticien condamné à prescrire cachetons et suppositoires la semaine, et chef d’orchestre de symphonies gorissimes made in France le week-end, dictant leurs faits meurtriers à ceux qui étaient encore ses malades quelques jours auparavant. Et ce alors qu’aucun d’eux n’est du genre à se caler devant Re-Animator, qu’aucun n’éprouve une attirance particulière pour les métiers des arts, tout ce beau monde gagnant bien évidemment sa croûte à l’écart des caméras. Mais par sympathie ou respect pour leur médecin-traitant, qui doit être sacrément doué pour arriver à les convaincre de se faire verser sur la gueule des litres entier de coulis de framboise, ces hordes d’acteurs d’un jour acceptent de se plier aux délires d’un Pelissier pour qui seule compte la tripaille. Inutile dès lors d’espérer de Maleficia (1998) autre-chose qu’une avalanche de bidoche malmenée, le propos n’étant certainement pas scénaristique, et encore moins poétique. Certes, une vague trame sert de base pour lancer les hostilités, sans doute inspirée des délices gothiques de la Hammer et consorts puisque située dans les années 1800. Mais c’est pas du Jimmy Sangster pour autant, la calèche transportant quelques notables vers un joli château s’arrêtant tout bêtement parce que, on nous le dit, les chevaux semblent bloqués par une force invisible et démoniaque. Pratique, tout comme le fait qu’une messe satanique où s’enchaînent les sacrifices a lieu à deux buissons de là, alors que les zombies sortent de terre et se mettent à croquer dans dans les mollets des vivants, dès lors retranchés dans leur castel.

 

maleficia1

maleficia2

 

De toute évidence, nous voilà enroulés dans les jupes du bis immédiat et à la violence gratuite façon Le Manoir de la Terreur, plutôt que dans la soie du cinéma gothique gracieux et au petit doigt levé façon L’Invasion des Morts-Vivants. Tout comme il saute aux yeux que les rares lignes de dialogues écrites par le docteur Pelissier ne sont jamais qu’un prétexte pour enquiller les supplices, les discussions entre les protagonistes se résumant le plus souvent à « Oh non, pitié, pas ça ! » ou « Mais que faites-vous ? ». Pas de grands débats ici bas : il n’y a de toute façon aucune histoire à faire avancer, même si le final se la joue twist audacieux. Six ou sept cons se retrouvent bloqués dans la forêt ou dans des cryptes avec des zombies, des vampires lucifériens et des satanistes cannibales, et se font estourbir des plus cruelles des manières. Point barre. Pas la peine d’échafauder des récits à tiroir lorsque l’on enfourche sa caméra pour la noyer dans les viscères de jeunes vierges crucifiées, Pelissier ne portant la casquette de réalisateur que pour rentrer dans le lard de dizaines de figurants. A ce niveau, il ne trompe pas sur la marchandise : dans Maleficia,  on repousse constamment les limites de l’extrême, du montrable, et on renvoie les Yuzna, Gordon et Romero au rang de simples faiseurs de téléfilms Disney. Le putride, le répugnant, l’intolérable, voilà ce que filme sans jamais faire de pause-pipi le Dr. Gore, parti inspecter les us et coutumes d’un club méphistophélique tentant de ramener Satan sur le plancher des vaches en collectant divers organes chez de pauvres jeunes filles : yeux, visage, cervelle, entrailles… Tout y passe et l’étalage de Pelissier n’a de toute évidence rien à envier à ceux des plus grandes boucheries, qui ne doivent sans doute pas proposer de sein découpé de jolie adolescentes, elles !

 

maleficia3

maleficia4

 

Ca ne blague donc pas des masses, et le soigneur de rhumes n’est de toute façon pas venu pour se gausser, son long-métrage (après plusieurs courts et moyen-métrages) ne versant jamais dans le second degré de Bad Taste ou Braindead : Maleficia, c’est une affaire très sérieuse et on ne plaisante pas avec le sanglant, ici repoussé dans ses derniers retranchements. Pilier sur lequel repose tout l’art de Pelissier, le gore est désormais une fin en soi, le moteur et le seul angle auquel se réfère l’auteur, qui ne se contente jamais de bref plans à la « Tu clignes d’un œil et tu manques tout le spectacle. » Antoine a au contraire très à coeur de faire durer le plaisir (ou le déplaisir, c’est selon), s’acharnant encore et encore sur le crâne d’une malheureuse, donc la matière grise, ou ce qu’il en reste, coulera sur son inanimé minois, au fil de plans interminables, de zooms extrêmes sur du cervelet scié, de plongées dans le pus échappé d’une plaie béante. Hardcore, pour le moins. Et il est dès lors encore plus étonnant de voir ces Monsieur et Madame Tout-Le-Monde se prêter à pareil jeu sadique : les petites lycéennes du patelin sont crucifiées avant qu’on ne leur crève les yeux au fer chauffé à blanc, le comptable se fait fracasser le crâne avec un morceau de bois, la boulangère se voit offrir une énucléation des familles tandis que le fiston Pelissier se fait trouer la nuque puis bouffer une guibolle. Le plus hallucinant ? Sans doute le dernier acte, situé dans l’antre de la secte vénérant le grand cornu, où s’enchaînent les supplices les plus innommables, conclus par l’arrivée de Satan en personne, venu cracher de l’hémoglobine et violer l’héroïne. Les talents de persuasion de Pelissier doivent être à leur plus haut niveau pour qu’il parvienne à pousser voisins, connaissances et confrères à mimer, dans une transe presque dérangeante lorsque le tout est replacé dans son contexte, l’avènement de l’antéchrist dans une véritable mer de sang. Pas commun… Et même intéressant pour tout dire.

 

maleficia5

maleficia6

 

Malheureusement il faut bien un mais, et il est ici de taille : Pelissier, en s’arrêtant sur le moindre bout de boyau ou en passant une minute sur chaque cadavre malmené, en fait tout simplement trop, son Maleficia atteignant tout de même les 100 minutes. Ce qui en fait 20 ou 30 de trop pour être honnête, l’abattage ininterrompu finissant par lasser au bout d’un moment, tandis que l’impression de faire du surplace (l’introduction dure tout de même près de 20 minutes) extermine toute tentative d’apporter un semblant de rythme. Il ne serait à ce sujet guère erroné de déclarer que Pelissier n’a pas réellement donné vie à un véritable film, mais plutôt à trois ou quatre très longues séquences, cousues les unes aux autres bon an mal an. C’est d’ailleurs toute l’ironie de la chose : si Maleficia doit souffrir (outre une interprétation et une équipe technique amateures, mais c’était entendu…), c’est sans doute d’une passion trop dévorante et trop déclamée pour le gore, au risque d’étouffer tout le reste. Etait-il par exemple nécessaire de perdre une ou deux minutes sur un supplice bien précis ? Multiplier les errances dans les bois apporte vraiment quelque-chose ? On comprendrait que Pelissier joue la montre si son œuvre atteignait péniblement une heure de métrage, mais avec 1h40 au compteur, il lui était au contraire permis (et conseillé) de ratiboiser un brin. D’autant plus frustrant que, les maladresses inhérentes au Système D mises de côté, le Dr. Gore a un bon œil et sait torcher de biens jolis plans, voire même utiliser à bon escient son très beau décorum. Avec une durée plus convenable, Maleficia aurait tout déchiqueté sur son passage. En l’état, il doit se contenter d’un statut de curiosité à voir au moins une fois, si possible en se passant un album de Cannibal Corpse ou Autopsy en fond sonore (la pilule passe mieux, croyez-moi). A réserver néanmoins aux carnassiers certains d’avoir le coeur bien accroché, cela va sans dire.

Rigs Mordo

 

maleficiaposter

 

  • Réalisation : Antoine Pellissier
  • Scénarisation : Antoine Pellissier
  • Production : Antoine Pellissier
  • Pays : France
  • Acteurs : Nelly Astaud, Claude Gatumel, Guy Cicorelli, Nicolas Pellissier
  • Année : 1998

 

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>