Laserblast

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En cette période où Charles Band pédale dans la semoule et perd même ses plus fervents soutiens, généralement déçus des dernières productions aussi paresseuses que miséreuses du patron de Full Moon, il est peut-être bon pour nos âmes et nos petits cœurs de fantasticophiles de nous rappeler que Charlie fut, dans un autre vie, un producteur avisé. Avec ce Laserblast de la fin des seventies par exemple, version cinématographique d’une partie de Grand Theft Auto 5 avec munitions illimitées pour le bazooka…

 

Jeune homme un peu bizarre mais pas méchant pour un sou, Billy (Kim Milford) est de ces types avec lesquels personne ne veut traîner, y compris sa propre mère qui s’éloigne de lui dès qu’elle en a la possibilité. Et c’est sans compter sur les flics de ce petit patelin perdu au milieu du désert, fumeurs de weed invétérés toujours ravis de le harceler ou lui coller des prunes. Ou les autres ados locaux, jamais les derniers à se foutre de sa trogne ou à tenter de violer sa petite-amie Kathy (Cheryl Smith), unique rayon de soleil dans une vie nuageuse. Heureusement pour Billy, des extra-terrestres au physique de tortues sans carapaces ont perdu un tromblon crachant des lasers explosifs, et c’est bien évidemment lui qui met la main dessus. Certes, plus il l’utilise, plus il se transforme en un monstre rancunier et assoiffé de sang, mais cette pétoire from outer space est une bonne occasion de cramer quelques tronches qui ne lui reviennent pas… Laserblast (1978) ou la rencontre improbable entre le vigilante movie, genre particulièrement populaire dans les années 70, et la science-fiction, prisée depuis que Luke Skywalker dégaina son sabre laser quelques mois auparavant. Sabre laser… Laserblast… Charles Band aurait-il souhaité récupérer quelques miettes du gros gâteau La Guerre des Etoiles ? L’intéressé ne l’avoue pas, arguant plutôt que c’est l’envie de donner dans le film de vengeance que l’on trouve à l’origine du projet : « Il y avait beaucoup d’histoires de revanches à cette époque : Un justicier dans la Ville et tous ces films. L’idée était qu’un gamin un peu harcelé et maltraité à l’école pouvait trouver une arme alien totalement dingue et se mette à exploser tout sur son chemin, y compris ceux qui l’ont tourmenté. » De là à dire que Mister Band n’avait jamais entendu parler de Dark Vador et de Chewbacca…

 

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De l’avis général, c’est d’ailleurs cette infusion SF le problème majeur de Laserblast, et certains critiques de l’époque n’hésitaient pas à dire que si Spielberg avait fait avancer l’intelligence extra-terrestre avec Rencontres du Troisième Type (1977), Rayon Laser la fait reculer de vingt bonnes années. Un peu dur, même s’il est vrai que l’on est plus proche d’une mentalité 50’s que de celle, plus sucrée et family-friendly, du petit Steven. Vrai aussi que s’il n’avait regardé vers les cieux et qu’il était resté sur le plancher des vaches, l’unique film de l’homme-mystère Michael Rae aurait sans doute bénéficié du statut d’oeuvre en avance sur son temps, de chronique glauque d’une adolescence difficile réglant ses compte dans des massacres estudiantins que l’Amérique ne connaît que trop bien. Mais une production Band n’en serait plus vraiment une si elle bénéficiait d’une psychologie complexe, si un message autre que « les monstres ils font rien que pourchasser les nénettes et leur arracher leurs petites culottes » était trouvable entre deux dialogues écrits à la va-vite. Ces considérations, l’amateur de B-Movies s’en tamponne royalement, lui, trop heureux qu’il est de découvrir que les tortues pas ninjas venues d’on-ne-sait-où sont animées à la mode Harryhausen. Merci David Allen (Ghostbusters II, Hurlements, Dolls…), et merci surtout au non-crédité Randall William Cook, animateur sur le dinosaurien The Crate Lake Monster (1977) depuis passé sur des projets autrement plus fortunés comme la trilogie Le Seigneur des Anneaux. Si Laserblast a une qualité, c’est donc bien ces E.T. aussi mignons que bien foutus, dont la taille varie d’un plan à l’autre (un coup ils sont grands comme des humains, un coup ils nous dépassent de dix têtes). Et ce déluge de pyrotechnie, aussi, le maigre budget n’empêchant pas Michael Rae de faire tout sauter : carlingues, kiosque, boîte aux lettres, flipper, tout y passe maintenant que le jeune Billy est mieux armé qu’une rangée de panzers.

 

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Vu de loin, cette banderie semble donc on ne peut plus basse du front, et ferait figure de précurseur au cinoche lance-grenades de Michael Bay, dont on retrouve la furie destructrice et le plaisir de filmer la tôle cramée, au point que Rae se fend de quelques ralentis lors des explosions. Vrai que tout cela n’est pas bien finaud, mais Laserblast frise l’originalité en misant sur une horreur ayant remplacé les coulées de globules rouges par les flammes, la finalité n’étant plus de voir des jeunes gens dévorés ou décapités, mais bien d’assister à des désintégrations faisant voler en miettes mottes de terre et buissons peu feuillus. Et puis ce mood de feel bad movie étonne pour une prod. de cet acabit, le destin de Billy ne prêtant ni à sourire ni aux soirées chantantes, et si Band entame doucement mais sûrement son défilé de délires 80’s, il n’oublie pas d’ancrer Laserblast dans un quotidien dur et cru typiquement 70’s. S’il n’est pas d’un charisme débordant et peut même avoir l’air d’un con lorsqu’il se met à faire semblant de tirer dans tous les sens avec son laser, le plutôt androgyne Kim Milford, décédé depuis, a ce petit je-ne-sais-quoi qui fait la différence et rend Billy mémorable. Le reste du casting convoque d’ailleurs quelques têtes plus ou moins connues, comme Roddy McDowall (La Planète des Singes) et le nerd Eddie Deezen (Critters 2, les deux Grease), geek pas crédible pour un sou en tourmenteur/violeur. Malgré quelques défauts gênants, comme un script plus troué que le cul d’une pornstar russe (les aliens désintègrent un mec dans les premières minutes pour récupérer leur laser… mais repartent en l’oubliant sur place!), Laserblast est donc bien loin d’être aussi malodorant que ce que l’on veut bien en dire. A Bach Films de lui faire honneur chez nous en l’éditant en DVD, mais sans trop se fouler cependant : leur galette ou une VHS, c’est la même chose, et le son saute à certains endroits. Mais bon, on connaît l’éditeur… En bonus, Marc Toullec de Mad Movies fait le point en une dizaine de minutes.

Rigs Mordo

Big merci à David !

 

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  • Réalisation : Michael Rae
  • Scénarisation : Frank Ray Perilli, Franne Schacht
  • Production : Charles Band
  • Pays : USA
  • Acteurs : Kim Milford, Cheryl Smith, Gianni Russo, Eddie Deezen
  • Année : 1978

One comment to Laserblast

  • Roggy  says:

    Ce film est fait pour moi, j’avais récupéré le DVD pour mon plus grand bonheur 🙂

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