The Curse (Needle)

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Au pays des kangourous, le slasher n’est peut-être pas roi, mais l’horreur va bon train, même loin du bush sauvage et de l’outback désertique. En témoigne ce très comestible Needle – ou The Curse – shooté en 2010 par le méconnu John V. Soto, du moins sous nos latitudes. Oh, le mec ne fera ni la une de Première ni celle de Mad Movies, jeune artisan du fantastique australien dont le palmarès se résume pour l’instant à trois ou quatre thrillers. Dommage, car The Curse occupe le haut du panier question Aussie horror, du moins si l’on cause des années 2000, aux côtés des Wolf Creek, The Reef, Long Weekend (excellent remake du film de Colin Eggleston, signé Jamie Blanks) ou des forfaits de Sean Byrne (The Loved Ones et The Devil’s Candy). Bref, la nouvelle génération n’a pas à rougir aux antipodes, rendant même bel hommage à cette Ozsploitation des années 70 et 80.

 

 

 

Plus encore, The Curse peut même prétendre au prix spécial de l’originalité, mixe jubilatoire préparé dans les casseroles du whodunit basique et dans les marmites du thriller surnaturel. Qu’on en juge par son argument premier, sacrément incitatif : après la mort de son père marchand d’art, Ben Rutherford a hérité d’un drôle d’objet, une boîte fabriquée au XVIIIème siècle sur laquelle sont gravés en français  les mots de Vaudou Mort. Un écrin au mécanisme étrange, mélange d’horlogerie fine et de magie vaudou, curiosa pour collectionneur d’objets iconoclastes dont les rouages obéissent à une logique inconnue… Bientôt, notre jeune héros se fait piquer son bien et les morts violentes se multiplient dans son entourage : les victimes sont retrouvées tailladées et mutilées, sans que l’on sache précisément les circonstances de leur mort… Avec son frère Marcus – photographe de scènes de crime -,  Ben est bien décidé à découvrir l’identité du tueur, et la vérité sur cette boîte infernale…

 

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Dans cette manière de pitch, on pense évidemment à Hellraiser, qui convoque quelques motifs imaginés par Clive Barker depuis des lustres : l’objet maléfique au premier chef – à mi chemin entre sorcellerie et science dure -, qui libère ses ondes mauvaises sur le Monde… Hellraiser, oui, mais pas que. Nourri aux mamelles du néo slasher, John V. Soto fait aussi son marché chez Jamie Blanks (coupable ici d’une chouette BO), avec le très bon Urban Legends en point de mire. Le cadre ne fait donc pas surprise – un campus universitaire très américain dans les formes, malgré un tournage totalement australien -, non moins que le dessin des personnages : nanas canons que dragouillent vaguement les mâles, mecs portraiturés vite fait (le sportif sympa, l’intello quand même cool), héros en proie à d’insurmontables conflits familiaux (vs son frérot), flics dépassés et professeure étrange comme meilleure adjuvante de notre enquêteur en herbe… Et c’est peut-être bien là que le bât blesse dans The Curse, malgré l’ambition affichée de son réalisateur : des protagonistes en forme de coquilles vides, outrageusement stéréotypés, dont on peine à embrasser les souffrances et les desseins. Dommage, d’ailleurs, car le casting réuni ne lasse pas de réjouir : Ragnar Lothbrok lui-même dans la peau du frangin maudit – autrement dit le très expressif Travis Fimmel, avant qu’il ne distribue quelques coups de hache dans Vikings -, John – Wolf Creek – Jarratt dans la défroque du coroner (ironique !) et Jane Badler dans le tailleur de la professeure d’archéologie (la vénéneuse Diana de la série V). Oui, une histoire de kangourous, jusque dans son générique. Dommage encore que l’enquête patine un peu dans son déroulé, pataude et vite conclue de surcroît. Heureusement, l’identité du méchant surprendra quelque peu dans l’épilogue, et ne fait pas vraiment dans le politiquement correct : amateurs de final girls virilisées, passez votre chemin, vous en serez pour vos frais sinon… Mais no spoil.

 

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Ne cherchez pas non plus la paire de loches salvatrice ou le duo de fesses libérateur : ceinture de ce côté-là, si ce n’est quelques cuisses palpitantes et un petit couple de lesbiennes qui chauffe les gars du lieu. Non, la pruderie calculée de The Curse nous oblige à explorer d’autres reliefs dans le film, ceux du “slasher à distance” dirons-nous, sans contact physique entre le chat et la souris puisque la boîte diabolique est là pour faire le taf. Et l’on peut dire qu’en la matière, l’amateur sera aux anges : ça gicle dru sur l’écran, et ça saigne sévère sur le campus. Les chairs sont surnaturellement déchirées et l’un des malheureux se voit savamment démembré via une poupée vaudou que le tueur casse à distance. Le gore de The Curse ne repeint certes pas les murs en rouge (on a vu plus dégueu), mais les fulgurances sanglantes créent bel effet et font même assez mal à l’épiderme. Cerise sur le gâteau, John V. Soto adresse un beau clin d’œil à l’ancestral giallo, iconisant lui aussi la ganterie noire de l’assassin lorsqu’il manie l’objet maléfique, et citant même le nom d’Argento dans les dialogues… On vous laisse découvrir.

 

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Si The Curse n’évite pas quelques vieilles lunes (après l’orage, la concorde retrouvée entre les deux frères), le film de John V. Soto ajoute un beau supplément d’âme au genre très balisé du néo slasher, ce qui n’est pas le moindre de ses mérites. Bref, un film en forme de mariage (réussi), qui scelle l’union du thriller fantastique et de l’abattage en série.

David Didelot

 

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  • Réalisation : John V. Soto
  • Scénarisation : John V. Soto, Anthony Egan
  • Production : Deidre Kitcher
  • Pays : Australie
  • Acteurs : Marcus Rutherford, Ben Mendelshon, Jane Badler, Jessica Marais
  • Année : 2010

2 comments to The Curse (Needle)

  • Billy Quintaine  says:

    Le film est sympa mais effectivement on a du mal à avoir de l’empathie pour les persos principaux car eux-mêmes en sont dépourvus.
    Quand ils apprennent ce que leur père a fait ils ne se demandent même pas pourquoi il a fait ça, ils ne prennent même pas la peine d’en discuter 5 secondes alors que bon ils pourraient au moins balancer un petit “papa c’était une sacrée ordure quand même”, mais non.

  • David Didelot  says:

    Bien d’accord avec toi sur la vacuité des persos, et sur leur manque de crédibilité.

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