Histoires d’Outre-tombe

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On ne refera pas l’histoire de la Amicus, société de production anglaise présentée comme la plus sérieuse concurrente de la Hammer Film au début des années 70. Les éditions ESC s’en chargent, en convoquant Marc Toullec – à la plume d’un très informatif livret -, et Laurent Aknin – au micro d’une petite présentation de la Amicus et d’un module précisément sacrifié à Histoires d’Outre-tombe.

 

 

Il faut dire que le film méritait bien des hôtes pareilles et une telle édition : édition Deluxe si l’on ose, et l’on ose carrément. L’emballage est costaud d’abord – format mediabook classieux – et le contenu au diapason : non dans la surenchère de suppléments ou de froufrous, mais dans le seul film gravé – version Blu-ray et DVD, VF et VOSTF de rigueur ; l’un des omnibus les plus fameux de la Amicus, cette manière de films dont la maison s’était fait une spécialité, et le plus rentable du rayon. Et dire qu’au même gabarit, ESC édite également Asylum, Le Caveau de la Terreur (my favourite one), Le Train des Epouvantes, La Maison qui Tue et – hors du territoire AmicusLes Contes aux Limites de la Folie… On a des étoiles plein les mirettes, et des frissons (d’Outre-tombe) tout le long de l’échine. Prions maintenant pour qu’ESC acquière les droits du Jardin des Tortures et de From Beyond the Grave, et le plaisir sera total. Millésimé 1972, Tales from the Crypt illustre à merveille le souci qualitatif des productions Amicus à cette période : Freddie Francis à la barre d’abord, réalisateur solide convoqué une fois par la Amicus une autre par la Hammer, parmi les meilleurs artisans de la british horror de l’époque. Et puis un panier de stars au générique, chaque segment du film comptant sa ou ses têtes d’affiche, à l’instar des autres productions de la firme : Joan Collins venue se refaire la cerise en Angleterre, Peter Cushing bien sûr, Ian Hendry, Richard Green, Nigel Patrick et le formidable Patrick Magee. En maître de cérémonie, la boîte parviendra même à harponner le grand comédien shakespearien Ralf Richardson, inégalable dans la bure du Crypt-Keeper… Ni grimaces effrayantes ni maquillage dégueu sur la tronche cependant : la solennité de son jeu et la diction géniale de son texte suffisent à faire frémir l’amateur, dans une approche toute anglaise de la peur et du frisson. Bref, une élégance foncièrement britannique gouverne l’ensemble, et rappelle à ceux qui l’auraient oublié qu’un bon film c’est aussi un bon casting.

 

 

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Tales From the Crypt, c’est donc l’histoire d’une superposition et d’une congruence, entre une façon de film à sketchs essentiellement anglaise et son archi-texte BD typiquement américain : les fameux EC Comics, via l’inventaire Tales From the Crypt justement, et la série Vault of Horror – autre titre repris mot à mot pour le deuxième opus de ce que l’on peut considérer comme un diptyque, Le Caveau de la Terreur. Ecrit par Milton Subotsky  – l’un des deux pontes de la Amicus -, le scénario revient à la source en quelque sorte et adapte cinq historiettes macabres empruntées aux célèbres BD : au programme, richesse des ambiances et horreur multipolaire si l’on peut dire, mais soumise à la seule obligation de la chute ironique et à l’absolue condition du sourire malin, quand pointe l’épilogue du segment en cours ou la conclusion du film entier. Bref, Robert Bloch a déménagé, mais l’esprit demeure, peut-être même sublimé par l’inspiration plus joyeuse et plus cruelle des Comics US. Horreur polymorphe certes (en cinq épisodes, ce serait un comble sinon…), sans que Milton Subostky et Freddie Francis n’en sacrifient pour autant l’homogénéité thématique de leur film : la même année, Asylum explorait moult facettes de la folie via ses quatre portions ; dans Histoires d’Outre-tombe, c’est la Faucheuse qui occupe tous les débats (l’assassinat, l’accident mortel, la résurrection, le deuil impossible, la vengeance), exemplifiée dès l’entame par un générique superbe tourné dans le cimetière venteux de Highgate, au son de la fameuse Toccata et Fugue en D Mineur de Jean-Sébastien Bach… Plus sinistre tu meurs, et plus gothique tu ne trouves pas, sauf dans les catacombes du lieu, cet espace dédalique qui s’avérera fatal à cinq visiteurs : ils y rencontreront en effet le fameux Gardien de la Crypte, en réalité leur conscience, qui rappellera à chacun son passé trouble avant de les précipiter en Enfer… Que le jeu commence donc, et que s’enchaînent alors les contes jusqu’à un épilogue pas très rose pour ce quintet du vice et du crime.

 

 

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D’un cadre absolument gothique et pierreux, le spectateur est alors projeté dans un univers  au décorum so british et extraordinairement ordinaire. Comme le souligne Laurent Aknin dans l’un des suppléments, les décors des cinq sketchs tranchent réellement avec le contexte principal du propos, volontairement banals, dont Freddie Francis et son décorateur  s’ingénient justement à exploiter les potentialités anxiogènes. En ces instants, on mesure combien la Amicus prit ses distances avec le folklore et le pittoresque de la Hammer, chaînon manquant entre le cinéma à papa et l’horreur toute moderne du nouvel âge. Plus encore, le réalisateur dérape facilement et s’en va flirter avec le gore (le cadavre “vivant” éviscéré à l’épée dans Wish You Were Here, le cœur encore battant arraché au salopard de Poetic Justice…), comme il visite déjà deux ou trois motifs qui feront florès un peu plus tard (home invasion et slasher version Santa Claus, dans And All Through The House). Mais qu’on ne s’y trompe pas : le film conserve ce petit air de fable et de conte moral, qui stigmatise les lâchetés de l’homo pas très sapiens, ses pires travers et ses plus laides turpitudes toutes rattachées aux sept péchés capitaux : la cupidité, la vanité, la luxure, l’envie… La gravité janséniste affleurerait presque dans le discours général, qui prévient le quidam qu’on ne déconne pas avec ces choses-là et qu’il y aura un prix un payer, même post mortem.

 

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Bien sûr, tous les segments ne sont pas d’égale valeur – c’est la règle du jeu -, mais l’ensemble reste de haute tenue. Au centre d’Histoires d’Outre-tombe, on retiendra surtout le formidable Poetic Justice, cette histoire d’un veuf pathétique et fragile (Peter Cushing), bientôt seul au monde et poussé au suicide par son voisin manipulateur. Le méchant le paiera très cher évidemment, homme sans cœur… au sens propre après le passage du zombie vengeur. Voilà presque un brouillon – meilleur et plus triste – du Father’s Day de Creepshow, dans lequel pointent d’ailleurs l’ironie et la malice des EC Comics. De même, la première section du film, And All Through The House, exemplifie de cruelle manière l’adage de l’arroseur arrosé… et du meurtrier meurtri. Et Blind Alleys – le dernier segment – prouve s’il en était besoin qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois… et les salopards tailladés au rasoir. Si les épisodes deux et trois – Reflection of Death et Wish You Were Here – sont peut-être moins jubilatoires et plus classiques dans leurs enjeux, ils n’en conservent pas moins quelques moments de pure audace : dans l’un, la focalisation interne en caméra subjective lors d’un cauchemar horriblement prémonitoire, et dans l’autre, les spasmes d’un cadavre ressuscité promis à la douleur éternelle… Terrible. Comme ces fulgurances visuelles qui concluent Poetic Justice, quand Peter Cushing revient d’entre les morts au milieu d’un cimetière enténébré, avant d’assouvir sa vengeance au domicile de son tourmenteur : le maquillage qui lui appliqué fait encore son effet…

 

 

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Situé entre Asylum et Le Caveau de la Terreur dans la chronologie de la firme, Histoires d’Outre-tombe n’est peut-être pas le meilleur des omnibus de la Amicus. Il faut dire qu’avec des rivaux pareils… Mais il reste l’un des exemples plus édifiants de la série, et l’un des plus cohérents thématiquement parlant. De toute façon, rien que pour Peter Cushing en père zombie, le jeu en vaut largement la chandelle.

David Didelot

 

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  • Réalisation : Freddie Francis
  • Scénarisation : Milton Subotsky
  • Production : Amicus
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Peter Cushing, Patrick Magee, Nigel Patrick, Joan Collins
  • Année : 1972

2 comments to Histoires d’Outre-tombe

  • jacques  says:

    Un de mes deux ou trois préférés de la Amicus, en tout cas : et il a plus que bien vieilli … Tout comme la toccata de Bach (pas films mais jean-Sébastien) qui met de suite dans l’ambiance adéquate.

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