Blair Witch

Category: Films Comments: 2 comments

blairwitchteaser

De deux choses l’une : soit l’on estime que le found footage est fo(o)utage de gueule dans son minimalisme ostentatoire (en gros, le spectacle du non-spectacle) ; soit l’on pense que son succès public fut bienfaisant au genre, explorant l’essence de la peur sans colifichets ni artifices d’aucune sorte. Comme une démarche rustique et militante, qui extrairait des seules images la pulpe de la trouille dans ce qu’elle a de plus simple, de plus nue et de plus radicale. L’alternative est certes un peu abrupte, et elle souffre évidemment quelques nuances. D’ailleurs, cette suite directe au fameux Projet Blair Witch (1999) en fournit un bel exemple, de nuances.

 

 

On estime donc aujourd’hui que le film d’Eduardo Sánchez et de Daniel Myrick posa les bases esthétiques du rayon, cinéma purement sensitif tout entier fondé sur l’appel des sens et le vérisme – supposé – de son filmage, qui exploitait alors les potentialités anxiogènes d’univers traditionnellement connotés : la forêt bien sûr, éternellement liée aux ténèbres et au Mal, et lieu de villégiature préféré des sorcières de nos contes classiques… Traduction dans la tête de Myrick et de Sánchez : Burkittsville (Maryland), les bois de Black Hills, et des étudiants en cinéma qui s’aventurent sur le territoire de la sorcière… pour leur plus grand malheur. En réalité, de l’art de faire du neuf avec du très vieux, histoire de revenir à la source de nos primes angoisses en utilisant ces nouvelles manières de montrer et ces nouvelles façons de raconter… sans craquer plus que son argent de poche de surcroît ! N’empêche, le mariage fut heureux puisque Le Projet Blair Witch ramassa le gros lot, qui compte désormais parmi les films les plus rentables de l’histoire du cinéma. Cette alliance a priori incongrue du moderne et de l’antique plut carrément dans les chaumières, tant qu’à la fin cette blagounette de pelloche redéfinit les codes de la série B fantastique : une image évidemment dégueulasse, une caméra constamment branlante, des drops tous les deux mètres, des gros plans disgracieux, des cadrages bancals, des regards caméra respirant la peur, les râles et les halètements de héros aux abois, des mises au point atroces, des travellings bringuebalants sur un décor incroyablement ordinaire (oh, un arbre !), un montage brut de décoffrage, et puis des plans-séquences parfois vains.

 

 

blair1

 

Ignorant superbement le très moyen Blair Witch 2 : Le Livre des Ombres, Adam Wingard réemprunte donc les sentiers de Black Hills, dix-sept ans après le premier opus. Blair Witch prend alors les atours d’une suite directe puisque James Donahue part à la recherche de sa sœur Heather, disparue dans l’original. Avec lui, sa petite bande de potes – Peter, Ashley et Lisa -, plus un couple du cru pas très clair, Talia et Lane, qui semble en savoir des masses sur ces bois maudits… Bref, on prend (à peu près) les mêmes et on recommence, au point que ce Blair Witch est peut-être plus remake que sequel. Le film essuya d’ailleurs une volée de bois vert au moment de sa sortie, un peu injustement d’ailleurs, mais le parfum était depuis longtemps éventé, et le concept galvaudé. Malgré son habileté (You’re Next notamment), Adam Wingard n’impose que très rarement sa vision, collé qu’il est aux figures et aux codes du Projet Blair Witch, (trop) fidèle aux tics et aux tocs du filmage gonzo. Une telle loyauté est-elle due à la présence d’Eduardo Sánchez au poste de producteur exécutif ? Possible… Tout y passe donc, des signes étranges laissés sur le bivouac jusqu’aux bruits inquiétants de la forêt, des jump scares un peu gratos jusqu’aux visages terrifiés des personnages shootés plein écran. Sauf qu’en 2016, tout le monde connaît la musique et plus rien ne surprend vraiment dans cette chasse à la sorcière, Adam Wingard ne parvenant pas à renouveler le fond du propos, non moins que ses formes. En réalité, Blair Witch est un film un peu paresseux, pas mauvais pour être honnête, mais qui joue toujours la même ritournelle, sans surprises ni nouveautés, et sans approfondir le mythe… ou si peu.

 

blair2

 

Dans ces légers écarts de novation, l’amateur trouvera malgré tout sa petite dose de bonheur : peut-être un goût plus prononcé pour le plaisir du récit conté, de la légende urbaine narrée au coin du feu, au milieu d’une forêt enténébrée (l’histoire de l’ermite Rustin Parr, qui assassina plusieurs enfants dans ces bois). Les mots ont parfois plus de pouvoir que les images… ce qui permet aussi de sacrées économies ! Et puis Blair Witch est tout de même plus démonstratif que son modèle globalement, plus généreux visuellement : voir ce parasite bien atroce sous la chair d’Ashley, ces jolis plans aériens enregistrés grâce au drone de l’équipe, ou cette silhouette toute dégingandée qui traverse fugitivement l’écran à la fin, comme une réminiscence inavouée de la petite Medeiros ([Rec])… De même, les dernières séquences – sises dans la maison maudite du bois – nous valent quelques beaux moments de terreur brute, comme si Adam Wingard voulait extraire le suc absolument pur de la peur, imitation XXL des derniers plans du Projet Blair Witch

 

blair3

 

Bref, si Blair Witch ne donnait pas si souvent le tournis, s’il n’enquillait pas les clichés les plus attendus du rayon et s’il avait pris quelques distances avec son modèle (formellement ou thématiquement), le film aurait pu prétendre à meilleure place dans le cœur des amateurs : moins longuet que Le Projet Blair Witch, mais moins innovant également, du moins en 2016. La routine du found footage en un mot, pas plus naze qu’autre chose certes, mais pas meilleur non plus.

David Didelot

 

blairwitchposter

 

  • Réalisation : Adam Wingard
  • Scénarisation :  Keith Calder, Roy Lee,…
  • Production :  A.C. Croft, Margaret Walsh
  • Pays : USA
  • Acteurs : James Allen McNune, Callie Hernandez, Brandon Scott, Valorie Curry
  • Année : 2016

2 comments to Blair Witch

  • Nazku Nazku  says:

    Je regrette un peu de ne pas l’avoir vu au cinéma. Faudrait bien que je le regarde cette suite qui au début était bien mystérieuse. Le 1er film m’avait terrifiée à l’époque.

    Par contre, tu es bien gentil quand tu dis « le très moyen Blair Witch 2 : Le Livre des Ombres », j’aurais dit le très NUL Blair Witch 2.

  • David DIDELOT  says:

    Oui, j’aurais dû peut-être me montrer un peu plus sévère à la relecture !

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>