The Crazies – La Nuit des Fous Vivants

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Que l’on soit mort et déjà à moitié rongé par les vers, ou vivant et à peu près en bonne santé, ça ne change jamais grand-chose chez George A. Romero : on finit toujours par avoir envie d’aller becter dans la cuisse du voisin ou de lui enfoncer une fourche dans les narines. Pas de raison que La Nuit des Fous Vivants soit moins meurtrière que La Nuit des Morts-Vivants, dès lors…

 

 

Comme quoi, il faut toujours laisser une seconde chance, car un film vu et peu apprécié hier peut fort bien devenir votre nouveau coup de coeur demain : visionné lors de sa sortie en DVD chez Wild Side voilà plus de dix ans, The Crazies (1973) n’avait pas franchement laissé un souvenir impérissable à votre serviteur baveux, qui avait usé la touche « lecture accélérée » de sa télécommande sur ce qui est pourtant considéré comme un classique de Romero. A ma décharge, La Nuit des Fous Vivants n’est pas forcément l’oeuvre la plus facile d’accès de son auteur, ici tout content de prendre à revers sa célèbre Nuit des Morts-Vivants, qu’il retourne du salon à la chambre à coucher. S’il s’adonne toujours à quelques instants de pur cinéma, telle cette introduction creepy voyant une fillette s’inquiéter des jeux de la peur de son frère, avant que tous deux ne soient terrifiés par leur père, pris de démence ; Romero s’écarte rapidement du filmage « classique » pour épouser un point de vue naturaliste et documentaire. Coller aux basques de militaires, coupables d’avoir perdu le contrôle d’une arme bactériologique transformant un petit patelin en un asile en plein air – les « bouseux » comme ils les appellent devenant peu à peu cinglés – voilà ce qui intéresse le défunt George, ici on ne peut plus anti-militariste. Certes, The Crazies reste un vrai long-métrage de fiction, avec tout ce que cela comporte de sacrifices à un semblant de divertissement lorsque quelques braves gens échappent aux hommes aux masques à gaz et tentent de survivre dans la nature, le film se faisant alors survival. Mais le gros de l’affaire, ce qui poussait Romero à sortir de son hamac chaque matin, c’est de montrer le fonctionnement d’une armée avançant à l’aveugle et incapable de réparer correctement ses bévues.

 

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Moqueur autant que malin, Romero ne se prive d’ailleurs pas d’un running gag, voyant le seul personnage capable de trouver un remède au virus perdre un temps dingue au téléphone à tenter de s’identifier vocalement, condition sine qua non pour pouvoir s’entretenir avec les pontes casqués. De quoi énerver le savant, qui devient fou à force de devoir répéter son nom et ses codes à chaque fois qu’il fait une découverte. Le message est clair : même si le virus en question ne vous rend pas dingo, l’armée y parviendra par un autre moyen, capable qu’elle est de faire perdre les pédales à l’une des plus grosses têtes à sa disposition. Le gag se termine néanmoins on ne peut plus mal, puisque c’est précisément ces fameuses identifications vocales qui empêcheront le bon peuple de guérir, lors d’un retournement de situation ironique au possible… Acide à en trouer le plancher ce The Crazies tout en contrastes, capable de montrer les soldats en combinaison faire des rafles brutales dans la population, cramant au lance-flammes des mères de famille sous les yeux de leurs poupins, pour ensuite en faire des bonhommes comme les autres, s’emmerdant dans une cuisine en faisant des châteaux de cartes. Ou de dévoiler une Lynn Lowry au cerveau en train de fondre suite à la maladie, et agissant en total décalage avec le monde qui l’entoure, n’hésitant pas à tenter de faire amis-amie avec des troufions hésitant à lui loger du plomb dans le front. Etrange d’ailleurs que la fin de ce personnage, auparavant si à côté de la plaque qu’elle ne remarquera même pas qu’elle a été dépucelée par son père, qui la prenait pour sa propre femme… Pour le moins osé.

 

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Reste qu’il n’est pas toujours aisé d’entrer dans le délire Crazies, le parti-pris de donner une patine de reportage à ces discussions sans fins et volontairement répétitives entre les bidasses et leurs gradés amenant un rythme particulier. Ce n’est pas véritablement lent, et au montage Romero se démène pour apporter de l’énergie au tout, mais il peut être ardu de se sentir impliqué dans la majorité du film. Heureusement, les séquences voyant les quelques protagonistes pas encore attrapés par les hommes en blanc, tels les pompiers David et Clank (excellent Will MacMillan et très habité Harold Wayne Jones) et l’infirmière enceinte Judy (Lane Caroll, à la carrière éclair), permettent de créer un point d’ancrage avec le spectateur, dès lors plus concerné par la survie de ces braves gens. Braves gens qui, s’ils venaient à s’échapper, pourraient peut-être répandre le virus sur d’autres contrées jusque-là saines… Bonne idée de la part de Romero que celle de faire des premiers rôles de potentiels dangers pour autrui, car non seulement cela apporte une certaine incertitude quant au fondé d’un potentiel happy end, mais cela lui permet de jouer avec Harold Wayne Jones. Grand acteur souvent assis sur le banc des seconds rôles, il crève ici l’écran en Clank, mec pas très malin mais volontaire, peu à peu transformé en une boule de violence tentant, vainement, de garder toute sa clairvoyance.

 

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Œuvre unique mais bien de son époque de par sa crudité et des contours grindhouse (la bande-son, inexistante ou composée de sons étranges, rappelle certaines Série B cradingues de la même époque), Crazies mérite donc la redécouverte, et vaut bien que l’on insiste un peu sur son cas. Ne pas s’arrêter en tout cas à son échec initial, le statut de culte étant arrivé  par la suite, avec lauriers tardifs et remake en 2010. Mais ça, c’est une autre histoire… sur laquelle nous reviendrons bien un jour.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : George A. Romero
  • Scénarisation :  George A. Romero, Paul McCollough
  • Production :  A.C. Croft, Margaret Walsh
  • Pays : USA
  • Acteurs : Will MacMillan, Harold Wayne Jones, Lane Carroll, Lynn Lowry
  • Année : 1973

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