L’Amie Mortelle

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Wes Craven était un grand romantique incompris, et lorsque le pauvre tenta de se pencher sur la relation amoureuse entre un geek dont le QI crève le plafond et la bombe Kristy Swanson, voilà que public et producteurs le forcent à balancer de la cervelle de vache sur tout le monde. Elle est dure, la vie de Master of Horror

 

 

 

L’Amie Mortelle, c’est un peu le grand oublié de la large filmographie de Wes Craven, l’œuvre un peu timide et discrète effacée par les frasques des violeurs et sauvages des seventies, du grand brûlé au grand griffu ou d’un Ghostface faisant office de mec le plus populaire de la promotion 96. C’est vrai qu’en comparaison, Deadly Friend ne semble pas avoir le slip aussi bien rempli, et comme il ne fait ni partie des méga hits de son auteur, ni des giga bides à la Cursed, bah on n’en cause pas plus que cela. Pourtant, les jeunes ados des années 80, voire du début des nineties, se souviennent très probablement de la blonde Swanson, qui y incarne la girl next door dont nous serions tous tombés amoureux si nous l’avions eue comme voisine, le genre qui vous pousse à tondre la pelouse tous les deux jours dans l’espoir de la voir arroser ses pétunias dans son jardin. Evidemment, le nerd d’à côté qu’est le jeune Paul, véritable génie de la robotique, ne manque pas d’entendre le « Boum Clap, the sound of my heaaaart » de Charli XCX dans sa poitrine dès qu’il la croise. Heureusement, niveau drague le gaillard a un argument de taille en la personne de BB, robot de sa conception à la voix de Gremlin et auquel il a insufflé une intelligence artificielle des plus poussées. C’est pas avec ça que vous allez ramener Amber Heard dans votre plumard, la cocotte préférant les gros porte-monnaies aux gros cortex, mais la petite Sam (Swanson donc) n’est pas de ce bois-là et tombe elle aussi sous le charme du Paulo, et ce même si son horrible père n’aime pas trop la voir fricoter avec d’autres mâles. Comme rien ne va jamais vraiment bien dans le petit monde du cinéma fantastique, BB se prend une bastos par une voisine acariâtre (la toujours aussi bougonne Anne Ramsey, vieille bique constamment de mauvais poil dans Les Goonies) et voit son disque dur et toutes ses cartes mères griller d’un coup d’un seul. Et vu que les merdes, ça vole en escadrille, voilà que la pauvre Sam se prend la torgnole qu’il ne fallait pas de la part de son daron, la petite dégringolant dans les escaliers et perdant la vie peu après…

 

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Mais comme Paul a de la suite dans les idées et qu’il a un bon pote prêt à prendre des risques pour sa petite gueule, les deux ados s’infiltrent à l’hôpital, volent le cadavre de Kristy et vont l’enculer dans la cave. On blague, on blague, mais tout tristoune de ne pas avoir pu conclure avec Sam de son vivant, il lui refile quand même la puce électronique de BB, la collant sur sa matière grise et ramenant donc la beauté à la vie. Sauf qu’elle semble désormais vachement revancharde et lobotomisée, et que comme toutes les expériences contre-nature, tout ça finira fort mal lorsque la p’tite dame ira décimer tous ceux qui lui ont fait du mal auparavant. Pas la peine d’avoir trente piges d’expérience dans les milieux bis pour comprendre qu’en adaptant le livre Friend de Diana Henstell, le vieux Wes s’apprêtait à faire son petit Frankenstein à lui, mais à la mode des années 80 évidemment. Exit donc le gros cadavre au front plat et au teint verdâtre créé par un baron se rêvant divinité, et enter la fille parfaite revenue à la vie par le premier de classe bavant sur ses formes rebondies. Et puisque nous sommes en 86 et que la mode est plutôt aux délires bien gore à cette époque, bah forcément on va y aller franco en brisant une nuque et en tapant le corps du malheureux dans une chaudière. Ou encore, et attention scène culte, en éclatant une tête avec un ballon de basket.

 

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Craven aurait-il envie de retrouver le succès sanglant des Griffes de la Nuit en matraquant sa love story de séquences sentant bon le steak saignant ? On se le demande d’autant plus qu’il caviarde son œuvre de séquences oniriques, nos personnages souffrant de mauvais rêves où leurs proches les tourmentent, à la Freddy Krueger justement. Et pourtant, l’aspiration du Wes pour L’Amie Mortelle était à la base toute autre, notre homme souhaitant au contraire s’éloigner un tantinet de l’épouvante graphique pour mieux plonger dans le sinistre d’un quotidien, fait d’un paternel qui cogne sa fille ou d’une vieille dame si paranoïaque qu’elle en devient un danger public. En gros, son Deadly Friend (à la base seulement titré Friend mais sujet à de nombreux changements de patronymes), il le souhaitait plus sensible, plus humain, et plus centré sur la psychologie de ses personnages que la moyenne. Sauf qu’après des projections tests désastreuses, lors desquelles ses fans de la première heure se sont plaints du manque d’arguments trashouilles, la production a renvoyé Craven aux fourneaux en lui demandant de corser un poil l’affaire. En résulte un film schizophrène, avec côté Jekyll une première moitié plutôt gentille nous montrant un trio d’ados dépasser les problèmes du quotidien parce qu’ils sont ensemble et ont un beau tas de ferraille pour faire mumuse. Et côté Hyde, on a un horror movie en manque d’inspiration, puisant ses hauts faits dans la saga cauchemardesque créée par Craven lui-même, ici forcé d’insuffler des auto-parodies de son art dans un joli film qui n’en demandait pas tant…

 

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Trop forcés, tombant comme une moumoute dans le potage, les passages horrifiques peuvent convaincre en tant que simples gifs glanés sur Google Images (le coup de la balle de basket rend bien, faut l’admettre) mais ont tout le mal du monde à s’inscrire dans la logique du métrage tel qu’il fut construit à la base. Et du sérieux absolu des débuts, on glisse progressivement dans un délire auquel on peine à adhérer, la rupture de ton étant trop nette pour que l’on puisse s’y faire. De même, compliqué de prendre au sérieux la démarche d’une Swanson se prenant pour un ouvre-boite en mimant des pinces avec ses doigts, tout comme ses « BB » hurlés lors des ultimes minutes. Forcément triste, car on s’y était fait à cette petite chronique adolescente de gosses pas tout à fait comme les autres, toujours accompagnés de leur copain électrique, que l’on troque contre un cirque pas désagréable mais dans lequel on peine à retrouver le cœur des débuts. Et par ailleurs rendu inefficace par l’affection que l’on donnera forcément à la petite Sam, bien trop attachante pour être rendue effrayante… Bref, on comprend un peu que L’Amie Mortelle peine à se trouver une place de choix dans la galaxie Craven, trop tendre pour les petits mutants bercés par La Colline a des Yeux, et sans doute trop rude pour plaire à un public plus mainstream. Dommage, cent fois dommage, et l’on aimerait que sorte un beau jour le director’s cut des premières heures, que l’on imagine plus intéressant que cette ratatouille dans laquelle on a tenté de balancer trop d’ingrédients différents. Agréable et facilement regardable tout de même, et loin de faire partie des désastres du réalisateur.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Wes Craven
  • Scénarisation :  Bruce Joel Rubin
  • Production : Robert M. Sherman
  • Pays : USA
  • Titre Original : Deadly Friend
  • Acteurs : Matthew Laborteaux, Kristy Swanson, Michael Sharrett, Anne Ramsey
  • Année : 1986

 

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