Frankenstein

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Certaines légendes du fantastique sont comme les monstres qu’elles mettent en scène, immortelles. Mais un peu de raccommodage est parfois nécessaire pour faire tenir ensembles certains bouts pourrissants. Mais le monstre de Frankenstein est habitué, depuis le temps…

 

Attention, ça spoile sévère ! La fin du film est révélée ! Mais vu que le film est nul, lisez quand même !

Certain sont capables du meilleur comme du pire, ou tout du moins du « bon » au « tout à fait affreux ». Marcus Nispel est clairement de ceux-là. Quand il se lance dans le film de barbares avec Pathfinder ou Conan, il foire lamentablement, mais quand il tape dans l’horreur avec les remakes de Massacre à la Tronçonneuse et Vendredi 13, il ne s’en sort pas mal du tout. A priori, ce Frankenstein, réalisé par ses soins, ne devrait pas contenir trop de combats à l’épée à la mode Cimmérienne, donc on a tendance à partir plutôt confiant. Puis c’est produit par Martin Scorsese et on imagine mal le réalisateur vénéré par à peu près tout le monde produire un truc au rabais et risquer de foutre sa réputation en l’air. Bon après, on a le casting, qui n’est pas du genre à rassurer des masses… Vincent Perez déjà. Le mec, les films les plus intéressants de sa filmo c’est The Crow, la Cité des Anges et La Reine des Damnés, deux daubes. Le reste c’est des films français dont vous n’avez probablement pas envie d’entendre parler. Ca tombe bien, je ne veux rien en dire. Viens ensuite Thomas Kretschmann, le mec qui peut se retrouver aussi facilement dans du bon (Blade II, le remake de King Kong) que dans du faisandé (Hostel III, Resident Evil Apocalyspe). D’ailleurs, on le remarque à peine dans l’un comme dans l’autre. Et enfin débarque Michael Madsen. Là, c’est presque une marque au fer rouge pour le film, un certificat d’authenticité de pourritude. S’il est pour beaucoup l’un des acteurs cultes de Tarantino, il est surtout devenu un je-m’en-foutiste de première qui accepte tout et n’importe quoi tant qu’il obtient son chèque facilement, surtout n’importe quoi d’ailleurs (Bloodrayne, Terror Trap, Piranhaconda,…). Un beau casting de winners donc…

 

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Quand on pense Frankenstein, on pense forcément aux films à l’ancienne, que ce soit les films de la Universal ou ceux de la Hammer avec Peter Cushing. Mais rien de tout cela ici, n’espérez pas voir de vieux château, de villageois en colère, de laboratoire qui marche à la foudre ou de monstre à boulons. Non, le Frankenstein made in Nispel se passe à notre époque et met en scène les inspecteurs O’Conner (Parker Posey, vue dans des suites pourries comme Scream 3 ou Blade Trinity) et Sloane (Adam « Il faut sauver le Soldat Ryan » Goldberg, qui doit se demander ce qu’il fout là) qui se penchent sur une séries de meurtres étranges. Ils vont recevoir l’aide de Deucalion (Perez), qui leur révèle qu’il est une espèce de monstre de Frankenstein, créé par le Dr Helios (Kretschmann). Car ouais, ici, en dépit du titre, personne ne s’appelle Frankenstein, c’est Helios et vous devrez faire avec. Les personnages connaissent Frankenstein, le roman et Mary Shelley, connaissent le mythe, mais n’en font pas partie. Bref on essaie tant bien que mal de vous faire gober qu’un gus fait comme dans le bouquin depuis des siècles et que Deucalion est sa toute première création, bien décidée à stopper son créateur. Et comme si c’était pas assez le bordel, le fameux tueur après lequel courent nos flics est aussi une création d’Helios, tout comme les victimes ! En gros, un monstre de Frankenstein cherche un autre monstre de Frankenstein qui tue d’autres monstres de Frankenstein. Ne vous en faites pas pour la manière dont on découvre tout cela, vous vous serez déjà assoupi trois fois pendant ce laps de temps et vous aurez abandonné tout espoir de vous raccrocher aux wagons, déjà bien lointains et irrattrapables.

 

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Car oui, on s’endort franchement devant ce Frankenstein dans lequel il ne se passe pas grand-chose. Et pourtant ça ne part pas trop mal à première vue. On sent bien l’ambition de placer le mythe dans un thriller à la Seven, avec son ambiance glauque, sa photographie sombre et ses décors cradingues. C’est particulièrement flagrant lorsque les flics découvrent une pièce remplie de lames de rasoir. Et l’idée n’est pas mauvaise par ailleurs, voir même plutôt bandante. Mais le problème, c’est que c’est fait n’importe comment. Il n’y a aucun rythme, on peine à suivre les découvertes de l’héroïne tant nos paupières sont lourdes comme des enclumes et on attend vainement que ça bouge un peu. Mais autant demander à une limace de te faire du kung-fu. Oh elle vous en fera ptet mais ça sera du kung-fu au ralenti (du catch quoi). Ben pareil ici, les quelques courses-poursuites ou séquences où ça zouke un minimum semblent être faites au réveil, avant la première tasse de café, voire la première pisse du matin !

 

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Il y a aussi un énorme problème à ce film: sa conclusion. Après enquête, on découvre que le méchant pas beau qui tue les autres créations d’Helios n’est autre que Michael Madsen (également collègue de l’héroïne, mais on s’en branle), qui est également en train d’attendre un enfant. Oui, il est enceinte, comme Schwarzy dans Junior. Je sais, ça semble con, mais le pire est à venir. Deucalion et les flics le pourchassent et après un passionnant (tu parles…)  jeu du chat et de la souris dans une magnifique (ironie) usine, Madsen crève d’une chute vertigineuse. Et quand on retrouve son corps, on remarque que le truc qu’il avait dans le bide n’est plus là ! Bon, le boitier du DVD nous indique que le film dure 1h24, on regarde le lecteur qui nous dit de son coté qu’il reste environ cinq minutes. Et c’est maintenant qu’un nouveau monstre apparaît, en liberté, alors que le cas d’Helios est toujours pas réglé (car c’est quand même ça le but des héros) ? Forcément, on se dit « putain, ça va être expédié en deux temps trois mouvements toutes ces conneries » vu le peu de temps qu’il reste pour faire tout ça. Mais j’étais loin du compte, les enfants. Car en fait, RIEN ne sera réglé. Deucalion et la fliquette se serrent la main et se disent qu’ils se feront Helios plus tard. Générique. C’est tout. Tu peux éjecter ton enculé de DVD, ya plus rien à voir. Ya pas de fin. Que dalle. Nada. Peau de couille. Génial hein ?

 

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Forcément, pareille fin laisse quelques questions au spectateur, qui va forcément aller se renseigner un peu sur ce que Nispel a foutu. Et c’est là qu’on découvre que cette connerie de Frankenstein n’était pas un film mais un putain de pilote de série télé ! Forcément, ça semble évident maintenant, on comprend mieux pourquoi rien ne se termine et que le cul d’Helios ne chauffe pas plus que ça ! Mais tout ça, le DVD se garde bien de le préciser, on te vend le truc comme un film classique, un parmi tant d’autres ! Bon, on est pas débiles, on se doute qu’ils vont pas te coller la mention « Ceci est le pilote d’une série télé qui n’a jamais été faite ». Car oui, la série n’a jamais eu lieu, ce pilote s’étant bien entendu planté comme il se doit. Bon dans un sens, je vais pas chialer, je me suis tapé le pilote et je n’aurais pas envie de me faire toute la série… Cela dit, il faut reconnaître que ce téléfilm a le mérite de prouver que de tous les mythes du fantastique, celui de Frankenstein est l’un des plus riches en thématiques. Car même si c’est mal traité ici, voir les créatures se questionner sur la foi, désirer créer à leur tour et le questionnement de leur propre créateur sur son immortalité à lui, devenu au fil du temps aussi monstrueux que ses expérimentations. De fascinantes idées qui ne sauvent pas le « film » du naufrage et nous laisse penser que ça ne serait peut-être pas mal de faire un remake, pour une fois. Mais je pense qu’on peut toujours courir.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Marcus Nispel
  • Scénario : John Shiban
  • Production : Martin Scorsese, Marcus Nispel
  • Pays: Etats-Unis
  • Acteurs: Parker Posey, Vincent Perez, Adam Goldberg, Thomas Kretschmann, Michael Madsen
  • Année: 2004

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