Blumhouse Productions – De Paranormal Activity à Get Out

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… Jason Blum, à l’origine du renouveau du cinéma d’horreur dit l’accroche du livre. C’est peut-être un peu beaucoup, mais Lucas Hesling eut une sacrée bonne idée en sacrifiant un petit ouvrage à la maison Blum, car il était bien temps de remettre les pendules à l’heure et de rendre justice à la boîte du père Jason. Et puis l’ouvrage ne pouvait mieux tomber dans nos boîtes aux lettres, quelques mois avant la sortie du très attendu Halloween de David Gordon Green… une coproduction Blumhouse.

 

 

Auteur du bien sympathique Les 1001 Visages de Dracula en 2017, Lucas Hesling explore cette fois le rêve américain de Jason Blum. OK, on pourra toujours dire qu’il manque le recul historique à un tel projet et qu’il siérait peut-être d’attendre un peu avant de gloser sur cette jeune société de production (née en 2000), mais l’initiative est belle, d’autant qu’on aime souvent détester les produits Blum dans le « milieu », par snobisme ou par paresse. Des films d’horreur shootés en cascade, qui rapportent gros au box office, tournés pour trois fifrelins et distribués très largement : vous n’y pensez pas… Le mec trahit la cause ! Ah bon ? C’est bien plutôt l’inverse à nos mirettes : le mec la sert tout au contraire, s’inscrivant dans cette tradition des « films de producteur », dans cette logique fiduciaire du studio indépendant qui enquille vaille que vaille de la série B au kilo. Et c’est justement tout l’intérêt de la structure Blumhouse, résumé en ce bel adage que rappelle notre auteur : low budget, high concept, et « combinaison idéale des films de studio et des petits budgets« , pour des pelloches distribuées à grande échelle via des contrats maousses, et sacrément viables économiquement parlant, grâce à des arguments scénaristiques qui causent à peu près à tout le monde… Ce fut bien le cas pour Paranormal Activity, dont on peut dire tout le mal qu’on pense, mais qui marqua l’auteur au fer rouge, comme les plus anciens lecteurs purent être émus par Amityville (pour rester dans le même rayon). Un très nostalgique avant-propos, en forme d’anecdote autobiographique, ouvre d’ailleurs le livre pour remonter à l’année 2009, quand Lucas Hesling avait 15 ans… et quand il tremblait devant le film d’Oren Peli au Grand Rex. On n’échappe pas à ses souvenirs.

 

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Dans Blumhouse Productions, l’auteur nous raconte d’abord l’épopée économique de la boîte, depuis cette poule aux œufs d’or que fut Paranormal Activity… mais avec l’indépendance de ses réalisateurs au cœur, et une ligne éditoriale précise, un sillon politique nous dit-on aussi, moulé dans des valeurs dites progressistes. Mouais, méfiance avec ça : ce n’est pas parce qu’on produit The Bay qu’on devient Al Gore, et ce n’est pas parce qu’on finance Get Out qu’on s’appelle Martin Luther King…  Deux films, d’ailleurs, sur lesquels l’auteur s’arrête assez longuement, comme sur The Green Inferno : on ne sait trop pourquoi en réalité, si ce n’est pour dézinguer littéralement le film d’Eli Roth (je peux comprendre ceci dit). Et puis sur American Nightmare 3 : Elections, manière cette fois de déclarer sa flamme au film de James DeMonaco (je comprends un peu moins cette fois). Dans ces pages, le stylo de l’auteur se perd un peu, grisé par son goût bien légitime pour les productions Blumhouse mais oublieux d’un sommaire plus construit, moins brouillon et moins spontané, ce qui n’enlève bien sûr rien à l’intérêt informatif du livre, notamment dans sa première partie : la genèse Blumhouse, les années Miramax de Jason, ses relations tendues avec le gros Harvey, puis la création de la société en 2000, avant la déferlante Paranormal Activity… Avec le petit recul du temps, l’histoire de la société prend déjà des airs de mythe et de légende sous la plume de Lucas Hesling. Passionnantes aussi ses pages sur les dogmes économiques de la société (le nettoyage en règle du concept de sequel, le peu d’appétit pour celui de remake, le système des coproductions, notamment avec Platinum Dunes…). Et puis les recettes du succès, au sens propre, donnent le tournis, via ces tableaux diagnostiques du box office – en dollars et en nombre d’entrées. Il y aurait quelque jalousie de la part des détracteurs de Blumhouse que cela ne m’étonnerait pas… Recettes du succès au sens figuré également, quand l’auteur souligne avec raison la fidélisation d’une véritable équipe autour de Saint-Jason (dont son ami Ethan Hawke), et puis cette liberté offerte aux réalisateurs, cette confiance qui leur est visiblement accordée : comme le signale l’auteur, et comme l’avoue lui-même Jason Blum dans une interview, notre nouveau magnat est peut-être plus européen qu’américain finalement, notamment dans ce privilège du final cut qu’il octroie à ses poulains. C’est vrai, le producteur n’hésite pas à donner sa chance aux jeunots (Jordan Peele), non moins qu’à ressusciter un M. Night Shyamalan parti dans le décor avant The Visit et Split. En feuilletant l’ouvrage, on s’aperçoit d’ailleurs que toutes les étoiles de l’horror moderne sont passées au moins une fois par la maison Blum, accrochée à la colline du succès critique et/ou public : Rob Zombie, Frank Khalfoun, M. Night Shyamalan, Mike Flanagan, James Wan… Il était tout de même bon de le rappeler, et Lucas Hesling – militant de la cause – le fait brillamment. Comme il rappelle que l’empire Jason Blum ne s’arrête pas aux frontières des salles obscures : c’est aussi la télévision par exemple, obligeant l’auteur à visiter la demeure de fond en comble, des programmes du web estampillés Blum aux maisons hantées des parcs d’attractions Universal Studios… Bref, la house est devenue château, et l’on ne s’en plaindra pas.

 

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Dans une deuxième partie, Lucas Hesling passe au crible quelques invariants thématiques et esthétiques de Blumhouse, quelques murs porteurs qui font la solidité du bâtiment : le choix found footage souvent, le féminisme du propos, l’inscription des intrigues dans l’espace familier de la maison, l’inclination vers le surnaturel… On aurait peut-être aimé que l’auteur développât un peu plus ce chapitre, essentiel pour comprendre le succès dingue des films. N’empêche qu’à la lecture du livre s’esquisse un portrait global des productions Blumhouse, une Blum’s touch en quelque sorte, et la photographie d’une entreprise assez unique, loin des représentations souvent erronées que l’on peut s’en faire, ou des avis tranchés que l’on peut lire sur la prétendue médiocrité de son catalogue.

 

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Bien sûr, Lucas Hesling clôt son ouvrage sur une filmographie détaillée – cinéma, télévision, courts-métrages – et ferme le couvercle avec une solide bibliographie. Blumhouse Productions est au final un très bon guide pour qui veut explorer ce bout de cinéma d’horreur américain, dont Jason Blum aura écrit l’un des plus chouettes chapitres. Plus tard, quand nous serons vieux et un peu gâteux, nous nous maudirons de ne pas avoir la collection complète des Blumhouse, j’en suis certain… un peu comme les Corman, les Troma, les Cannon ou les Filmirage. Nous regretterons alors d’avoir joué les pisse-froid en faisant si souvent la fine bouche, mais il sera trop tard. A bon entendeur donc !

David Didelot

 

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  • Auteur: Lucas Hesling
  • Editeur: Les Editions du Singe Savant
  • Pays: France
  • Année: 2018

One comment to Blumhouse Productions – De Paranormal Activity à Get Out

  • Roggy  says:

    Je ne connaissais pas ce livre, mais ça donne envie. Quant à la fin de ton texte, je suis d’accord avec toi sur le retour que l’on fera un jour sur la maison Blumhouse. Il n’y a pas que du bon, c’est vrai, mais certains petits budgets s’en sortent plutôt correctement, bien mieux en tout cas que beaucoup de grosses productions friquées.

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